Les frontières COVID au Sahel et ailleurs

Elles sont bonnes dernières. Comme s’il n’était pas assez avec les frontières de sable, barbelés, électroniques, d’eau salée, pierres, papier, classe, race et de porte- monnaie. Celle de la COVID sont tout à fait spéciales et fonctionnent à merveille depuis quelque mois sans provoquer aucun soupçon.

Elles sont bonnes dernières. Comme s’il n’était pas assez avec les frontières de sable, barbelés, électroniques, d’eau salée, pierres, papier, classe, race et de porte- monnaie.  Celle de la COVID sont tout à fait spéciales et fonctionnent à merveille depuis quelque mois sans provoquer aucun soupçon. Bloquées les frontières aériennes et terrestres depuis le début de l’épidémie puis transformée en pandémie et finalement en endémique qui justifie les régimes les plus corrompus, en Occident comme in Afrique. Les manifestations publiques des oppositions interdites, l’amende si l’on est surpris sans le masque, les millions de dollars qui pleuvent à dizaines pour combattre le virus…tout cela et bien d’autres choses enrichissent la panoplie répressive déjà bien rodée dans nos sociétés au Sahel. Ne manqueront pas, ensuite, les légitimes demandes pour effacer les dettes des Pays africains, contractées souvent par des gestions calamiteuses des affaires économiques. Les frontières terrestres de la sous-région sont particulières car, malgré elles soient toujours fermées, en réalité elles sont bien ‘traversables’. Il suffira de payer cash les douanes, les policiers, les militaires et certains coupeurs de route qui contrôlent le territoire, pour passer, amende après amende, le territoire.  La COVID-business engage et engloutis, dans son parcours si étrange, la participation démocratique, les insurrections, les marches des opposants, les rassemblements suspects et surtout elle défie dangereusement la mobilité humaine.

Il fallait y penser bien avant. Bloquer les migrants, les réfugiés, les petits commerçants et les communs voyageurs, était en définitive une simple formalité. Grace surtout à l’Occident, depuis des mois en proie à une communication COVID anxiogène et avec l’aval de l’ineffable et vendue Organisation Mondiale de la Sante, on justifie la prolongation des mandats présidentiels, on modifie la constitution et on domestique les oppositions. Il arrive, il est vrai, quelque coup d’état comme au Mali mais dans l’ensemble le système tient assez bien. Les migrants sont expulsés, détenus, contrôlés, examinés et finalement gardés dans des camps spécialement confectionnés pour eux en attendant leur retour au bercail. Bienvenue donc à la COVID, fidèle alliée des régimes fascistes et de ceux qui leur ressemblent. Malgré elle prise en otage par le nouveau désordre mondial si semblable à celui que nous pensions avoir laissé derrière nous. Dans l’histoire et la politique rien de se crée et rien ne se détruit mais seulement se transforme dans la mesure où on laisse l’espace à la participation des pauvres à l’unique révolution qui mérite ce nom. On justifie l’injustifiable et, avec l’excuse de la menace COVID, on contribue à accentuer la pauvreté, la perte de milliers de postes de travail et l’étouffement de toute velléité de libération, considéré incompatible avec le système. C’est en ce jour-ci que l’Eglise Catholique a proclamé la journée mondiale des migrants et des réfugiés, que nous avons fait mémoire des migrants décédés.

Amanda, Memé, Emmanuel, Toé, Zerzer, Benjamin, Junior, Bobby, Fabulus, Johnson, Prince, Sunny Boy, Camara et un second Prince, ont étés presque tous ensevelis dans le cimetière de Niamey. Ils ont passé la dernière des frontières sans l’accompagnement sournois de la COVID. Un digne ensevelissement dans le sable du Niger mais non pour tous. Un d’entre eux, Camara, est mort noyé dans l’océan Atlantique le mois passé en cherchant d’atteindre l’Espagne. L’autre, Prince, a été tué et en partie brulé dans la voiture pendant qu’il retournait du Soudan où il était parti en quête de chance. Il faudrait appeler avec leur noms les quelques vingt mille migrants disparus dans la Méditerranée depuis 2014. Il s’agit d’une liste ouverte car chaque jour on enregistre des nouvelles entrées et qui, par-dessus le marché, ne prend nullement en compte les disparus dans le désert ou les routes qui se ferment pour ceux qui tracent les sentiers moins parcourus. La dernière des frontières a été la plus fidèle de toutes. Au cimetière il n’y avait que quelques amis d’aventure, oubliés par leur patrie et ensevelis pour toujours dans la capitale du Niger. Juste une croix de fer et le nom écrit à la main avec du vernis blanc sur une plaque pintée de noir. En revanche les frontières aériennes COVID sont ouvertes. Les riches peuvent voyager et les pauvres se débrouillent, comme toujours d’ailleurs.

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