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Billet de blog 5 janvier 2022

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Les mondes de Raymond, fils d’un chauffeur

Il est né en 1977 à Freetown, la capitale de la Sierra Leone, dans l’Afrique occidentale. Un Pays totalement inventé par le destin et la nécessité du Royaume Uni d’un ‘pied-à-terre’ pour les esclaves libérés. En 1792 la Sierra Leone devient la première colonie de la couronne britannique de l’Afrique occidentale.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il est né en 1977 à Freetown, la capitale de la Sierra Leone, dans l’Afrique occidentale. Un Pays totalement inventé par le destin et la nécessité du Royaume Uni d’un ‘pied-à-terre’ pour les esclaves libérés. En 1792 la Sierra Leone devient la première colonie de la couronne britannique de l’Afrique occidentale. Avec des groupes de population indigène sur place, la croissance numérique s’enrichi avec quelques centaines de ex-esclaves transportés de Londres. Par la suite d’autres esclaves libérés de la Jamaïque pousseront davantage la démographie et, pour compléter, on fera débarquer sur le territoire les sauvés de la traite des noirs. Raymond, qui nait à Freetown, la ville de la liberté, ne sait que très peu de cette histoire et à 16 ans, tout seul, il fuit la guerre cruelle dans son Pays et commence une série interminable d’exodes. Il arrive à Conakry en Guinée en 1993 et il y reste trois ans avant de connaitre la Cote d’Ivoire où, en 2002, une autre guerre civile le surprend. Il se réfugie alors dans le voisin Ghana et l’année suivante il retourne dans sa patrie pour rester avec sa famille. Entre temps son papa, chauffeur de taxi, est décédé et sa mère a quitté la ville pour vivre dans son village d’origine assez lointain de la capitale. Raymond reprend alors le chemin de l’exile qui l’amènera en Mauritanie. Avec l’idée d’atteindre l’Espagne, avec d’autres, il paye un passeur qui devrait les amener et qui disparait avec l’argent. Nous sommes en 2009 et Raymond arrive au Mali l’année suivante.

Au Mali il obtient un faux passeport et, à la frontière avec l’Algérie qu’il voulait atteindre, il est refoulé. Raymond retourne au Pays en 2011 et y reste jusqu’au début de l’épidémie d’Ebola qui frappe sévèrement la Sierra Leone et le voisin Libéria en 2014. Injustement accusé de faux, il est hébergé dans la prison civile pendant trois mois et, pour changer de paysage, il retourne à Abidjan en Cotre d’Ivoire en 2016 et il y passe deux ans. Sans aucun travail fixe, il s’aventure alors au Ghana pour aller ensuite au Togo puis au Bénin pour arriver finalement au Nigéria. Il tente de nouveau, sans succès, de rejoindre l’Algérie en passant par le Niger et, une fois de plus, il est expulsé à la frontière et il se trouve, malgré lui, à Niamey, la capitale. A travers l’Organisation Internationale des Migrations, il retourne encore en Sierra Leone en 2019 avec un fond de réinsertion. Terminé ce fond il quitte à nouveau son Pays pour retourner au Niger dans la même année avec le mirage de l’Algérie dans ses yeux. Entre temps la mort de la maman le surprend et le force au retour pour ses funérailles. Désormais orphelin et avec un des frères décédé et l’autre déjà marié, il s’en va en Côte d’Ivoire avant de retourner une fois de plus au Niger en 2020. Il cherche à joindre les orpailleurs aux alentours de la ville de Maradi, vers l’est à côté du Nigéria mais il désiste, car ce métier est extrêmement dangereux. Raymond se trouve présentement à Niamey. Il assure que Dieu lui a dit de rester ici le temps d’avoir le permis de conduire et puis retourner au Pays pour faire le chauffeur, comme son père.

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