Récurrences néocoloniales dans le Sahel

Le président français Emmanuel Macron a convoqué les chefs d’Etat du Sahel engagés dans l’opération Barkhane en France. Après le décès accidentel de 13 militaires français au Mali et d’un croissant sentiment anti-français dans la région, il s’agirait de faire une mise à point de la ‘fidélité’ de ces Pays face à l’intervention occidentale armée

 

 

Le président français Emmanuel Macron a convoqué les chefs d’Etat du Sahel engagés dans l’opération Barkhane en France. Après le décès accidentel de 13 militaires français au Mali et d’un croissant sentiment anti-français dans la région, il s’agirait de faire une mise à point de la ‘fidélité’ de ces Pays face à l’intervention occidentale armée. Les chancelleries occidentales pintent en rouge le Sahel définissant ainsi la zone comme hautement déconseillée voir même interdite pour les touristes et les voyageurs en général (plus souples par contre vis-à-vis des multinationales qu’y travaillent…). Pleuvent de partout au Sahel les aides en millions d’euro pour développer, stabiliser, former, fortifier les démocraties et à la bonne gouvernance des institutions. L’occident n’est pas non plus le seul bailleur des fonds : la liste des bienfaiteurs s’est considérablement allongée. La Chine, le Japon, l’Inde, la Russie, la Turquie, le Maroc, les Pays du Golfe et aussi certaine Pays latinoaméricains s’approchent au chevet du grand malade du moment, le Sahel. Chacun arrive avec son bagage et la liste des ses priorités, exactement comme en 2011 en Libye ou ailleurs. A chacun le sien, ainsi l’on définissait antan la justice. Rien ne fut aussi bien vécu comme au Sahel !

La gestion proposée et imposée des frontières, qui voit en première ligne l’effort de l’OIM et de EUCAP Niger (L’Organisation Internationale des Migrations et l’Union Européenne pour le renforcement des capacités), sont les bras faussement humanitaires de l’Europe, une des pièces maitresses de la stratégie de control de la mobilité humaine par le capitalisme globalisé. Comme si bien le rappelle le spécialiste et chercheur William Robinson de l’université de Santa Barbara en Californie, le système nécessite de main d’œuvre docile et soumise, c’est-à-dire des nouveaux esclaves, afin de se perpétuer sans fin. L’occupation et la redéfinition de la fonction des frontières, lieux de transit vital au Sahel comme partout ailleurs, a été offerte en sous-traitance en échange d’argent au pays du Sahel intéressés par l’opération. Que cela soit justifié voir même exigé pour lutter contre le terrorisme, les commerces illégaux et les migrations ‘irrégulières’ n’est rien d’autre que l’application sur le terrain de la recolonisation du territoire sahélien. Le ‘Discours sur la servitude volontaire’, écrit par Etienne de la Boétie déjà en 1549, contient certaines vérités encore bien utiles aujourd’hui pour comprendre notre temps présent. Les tyrans, afin de continuer à être tels, ont besoin de l’heureuse et libre soumission des citoyens. Ils passeront comme des bienfaiteurs ou des gens dignes d’être obéies et remerciés pour la bonne et salutaire dictature du système.

Il y a quelques jours de cela on a signé un accord entre le gouvernement du Niger et les Etats Unis qui prévoit le financement d’un projet de collaboration entre les unités militaires et la justice afin de mieux lutter contre le terrorisme. Cela pourra se matérialiser, une fois de plus, avec la formation des forces de défense du Pays qui sont engagées chaque jour contre le terrorisme. Selon l’ambassadeur américain au Niger, Eric P. Whitaker, il s’agit ‘ d’introduire des techniques efficaces pour interroger les suspects et témoins dans le but de constituer des dossiers crédibles pour les procédures judiciaires conséquentes des terroristes’. On comprend bien ce qui se trouve derrière ce langage propre et politiquent correct de l’ambassadeur des Etats Unis. Il s’agit d’une expertise bien reconnue dont ce Pays, qui insiste à croire d’avoir un destin manifeste de shérif global, même s’il n’en possède pas le monopole. Il s’agit bien entendu de la TORTURE qui traduit de manière directe la phrase’ les techniques efficaces pour interroger les suspects et les témoins’. Qui n’a pas une courte mémoire se rappellera de ce qui s’est passé avec les habitants indigènes de l’Amérique, au Vietnam, dans la prison de Abou Ghraib près de Bagdad en Irak, ou alors celle du camp militaire de Guantanamo à Cuba ou pendant des années on a gardé et torturé des suspects terroristes amenés de l’Afghanistan. Cela sans mentionner les présences militaires autour du globe et les écoles de formation des militaires en fonction des coups d’états en Amérique Latine.

Mais rien de tout cela ne serait vraiment efficace et en mesure d’assurer la moindre récurrence néocoloniale si le système n’avait pas à disposition les agences pour les aides humanitaires. Ce sont ces institutions onusiennes et les grandes NGO qui, avec la gestion de la monnaie contrôlée, l’économie expropriée, l’agriculture négligée et la souveraineté limitée, constituent les dispositifs de control et de réorientation coloniale du Sahel. Néanmoins notre certitude de victoire ordinaire se base, comme tout le monde bien reconnait, sur la capacité illimitée de résilience du sable.    

 

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