Vérités de sable dans le Sahel

Afin de présenter l’attendu rapport sur les massacres de civils ils ont choisi l’hôtel Radisson Blu de Niamey qui se trouve près du palais des Congrès, pas loin du fleuve Niger ces jours-ci débordant d’eau.

Afin de présenter l’attendu rapport sur les massacres de civils ils ont choisi l’hôtel Radisson Blu de Niamey qui se trouve près du palais des Congrès, pas loin du fleuve Niger ces jours-ci débordant d’eau.  Dans le bâtiment on trouve 189 chambres conçues dans un style moderne et confortable. Une nuit coute 209 euro, c’est-à-dire 137 mille cfa, avec des réductions selon les saisons, dans un Pays, le Niger dans lequel le salaire minimum (le SMIG) est de 30 mille cfa. Dans la Salle des Conférences dudit hôtel, la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), a rendu publique le résultat des enquêtes effectuées dans l’ouest du Pays, à la frontière avec le Mali. La Commission, autorité indépendante chargée de protéger les Droits Humains dans le Pays, a conclu que les massacres ont été perpétrés par des éléments des Forces de Défense et de Sécurité (FDS). Cette conclusion contraste avec ce qui avait été affirmé en son temps par le ministre de la défense et des affaires étrangères. Au moins 71 personnes ont été assassinées dans la commune rurale d’ Inatès, zone dans laquelle, rien qu’en 2020 on a tué plus de 90 chefs coutumiers, considérés par les groupes armées terroristes comme des symboles de l’Etat. Les populations locales, en proie à la panique, ont déserté les lieux pour se réfugier dans des régions estimées plus sures. Une copie de ce rapport complet de 500 pages a été livrée au Président de la République et au président de l’Assemblée Nationale. Il sera rendu public dans une semaine et l’administration ou les auteurs mis en cause, ont un mois de temps pour répondre aux conclusions du document en question. Ils pourront être convoqués en Justice.

Il s’agit, à ce point de l’histoire, de féliciter la CNDH pour avoir mené au bout un difficile et délicat travail d’enquête menée sur place et pour le courage d’avoir décliné des conclusions qui ‘dérangent’ le pouvoir et mettent pour la première fois des doutes sur la manière opératives des FDS. D’ailleurs il était bien connu que des journalistes étrangers et un rapport récent des Nations Unies, avaient déjà accusé les militaires du Mali, Burkina Faso et Niger, d’avoir perpétré des crimes contre les civiles. Le fait que la CNDH ait pu reconnaitre et dénoncer les crimes c’est, dans notre contexte, un fait assez relevant. La vérité d’habitude maltraitée, trahie, confuse, assouplie, couverte, manipulée, usée et blessée, arrive toutefois à émerger du sable duquel elle sort et auquel elle retournera. Il existe, en effet, une relation tout à fait particulière entre elle, la vérité et le sable, d’habitude incommode, tenace, patient, obstiné, cru, sincère, flexible et inévitable. Certainement entre les deux toute l’histoire terminera ainsi. Ils se mettront d’accord avant d’arriver au Palais de Justice, lui-même bâti sur le sable. Vérité et sable font bon ménage.

On avait eu un grand coup d’éclat, dans la capitale Niamey, lorsqu’on avait ‘découvert’ et dénoncé un secret connu par tout le monde mais pas encore confessé. Dans le domaine des achats des armes et équipement pour le compte du Ministère de la Défense et Sécurité du Pays, on a constaté la disparition dans la nature de plusieurs milliards de francs cfa. Peut-être l’enquête fera son petit bonhomme de chemin et d’autres noms sortirons en pleine lumière pendant quelque temps et certains juristes ‘militants’ ont promis d’arriver jusqu’au bout de l’affaire. Mais tous, au fond, savent bien comment terminera l’histoire car il y aura des arrangements, des réparations, des remboursements et des justifications. Tout cela parce qu’il s’agit des ‘grands’ commerçants et des contrats facilités grâce aux connexions politiques et institutionnelles. Dans tous les cas l’amnistie est là, pour compléter le ‘job’, s’il le faut. 

Le sable reviendra une fois de plus, sournois et habitué aux scandales perpétuels sans solution si les ‘grands’ sont compromis. C’est en effet, des engrenages et des connexions avec le pouvoir et des moyens de communication que ces ‘grands’ vivent et prospèrent. Ainsi que les dizaines des paris ‘satellite’ qui tournent autour de qui gères le pouvoir du moment.  Tout le monde sait qu’aussi les prochaines élections seront de sable tout comme le louable enrôlement biométrique des futurs électeurs. Au fond l’opposition et la majorité ont besoin l’un de l’autre pour se perpétuer, un peu comme le terrorisme sans fin au Sahel. Seulement si les ‘sables’ et les ‘vérités’ de tout le monde s’unissent on aurait peut-être un future différent. A Niamey l’on pourrait donner le bon exemple par commencer à inviter à l’hôtel Radisson Blu les parents des victimes des massacres.

 

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