Afrique Adieu. Les inégalités et les résistances au Sahel

Le capitalisme a gagné partout. Aussi l’Afrique, dans son ensemble, a choisi de s’adapter à la dictature du capital. Ceci à une semaine de la douzième session extraordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine célébrée à Niamey.

Le capitalisme a gagné partout. Aussi l’Afrique, dans son ensemble, a choisi de s’adapter à la dictature du capital. Ceci à une semaine de la douzième session extraordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de l’Union Africaine célébrée à Niamey. Ce jour-là on a ratifié l’accord et le lancement des instruments opératifs de la Zone de Libre Echange et Commerce (ZLEC) qu’on avait déjà adopté à Kigali le 21 mars 2018. Pratiquement tous les états du continent ont signé l’accord moins Érythrée qui a néanmoins laissé entendre qu’elle le fera aussitôt. Une grande zone commerciale, le plus grand marché du monde selon les dernières projections. En Afrique, avec l’actuelle poussée démographique, on pourrait passer de un milliard et 270 millions à deux milliards de personnes en 2050. Les citoyens ont été d’un coup transformés en consommateurs, le continent africain en une grande foire commerciale et le décanté panafricanisme de l’émancipation politique en une société par actions. Le tout sous les réflecteurs indifférents des peuples du continent, depuis le début exclus de tout débat et participation. Afrique Adieu.

Le tout dernier rapport d’Oxfam, bien connue ONG humanitaire qui travaille en 90 Pays, ne laisse aucun doute. En Afrique Occidentale et en particulier au Sahel, les inégalités ont atteint un niveau critique. Pendant qu’un exiguë et croissant nombre de personnes s’enrichi de manière inouïe, la grande majorité de la population est privée des éléments essentiels d’une vie digne de ce nom. La nourriture, l’eau, les services comme l’éducation, la santé, le travail et donc l’absence de la vie politique, ont été pris en otage par un système qui d’abord exclue et puis efface les indésirable. L’index choisi par Oxfam afin de déterminer le degré d’inégalité des Pays en questions se base sur trois éléments : les dépenses publiques, la fiscalité et le marché du travail. Le Nigéria, la Sierra Leone et le Niger figurent les derniers du classement. Au Nigéria, par exemple, 5 personnes possèdent une fortune combinée plus importante que le budget de l’état. L’Afrique, un continent parmi le plus pauvres est aussi parmi les continents avec le plus d’inégalités. Afrique Adieu.

Dommage. On pourra toujours trouver l’excuse du colonialisme, du néolibéralisme et pour finir la ZLEC pour l’Afrique afin de compléter le cercle et embrasser le choix capitaliste. Ce n’est pas l’inclusion mais l’exclusion qui en montrent la philosophie portante qui, grâce à la globalisation transforme les citoyens en marchandise et les marchandises en les seules ‘citoyens’ qui ont le droit de circuler librement partout. En revanche on bloque les peux migrants qui désirent légitimement aller vers le nord du continent et en même temps on ouvre les marchés pour les gagnants de l’accord. Les perdants, à qui on a confisqué la parole et la visibilité, se trouveront confinés en réserves gérées par la Banque Mondiale, le Fond Monétaire International et confiés aux mains prodigues des Agences Humanitaires, véritables ‘ambulances’ du système. La ZLECAF, une libre zone du type ‘libres renards en libres poulaillers’, ne fera qu’appliquer ce qui depuis le début a caractérisé l’histoire du capitalisme basée sur l’exploitation. Dans ce type de système il n’y a aucune fatalité ou destinée manifeste mais seulement des petits ou grands choix de la part d’une classe organisée pour écraser les pauvres. La ZLECAF n’est qu’une étape en plus de la guerre contre les pauvres. Le capitalisme a gagné partout. Pas encore en Afrique.

C’est bien elle qui s’est positionnée à l’avant-garde des résistances. A Niamey, malgré les nouveaux hôtels 5 étoiles les feux dans les rues ne marchent pas et on arrive ponctuellement en retard aux rendez-vous le plus importants. Tout s’arrête pour les funérailles et pour les baptêmes du samedi matin les ordonnances de la municipalité sont inutiles. On mettra les bâches au beau milieu de la route et à l’heure de la prière le chauffeur du bus fera descendre tous les voyageurs. Les contrats de travail ne sont pas écrit et dans le cas de réclamations il est inutile d’aller chez les syndicalistes, ils sont en voyage ou en congé. Quand il pleut le seule sous- passage du Pays est inondé et malgré les interdits les gens construisent près du fleuve. On pourra détruire les boutiques au long des routes et après une semaine vous les verrez de nouveau à côté de la place interdite. Essayez enfin de nettoyer les routes du sable et retournez après une demi-heure. Le sable vous regardera et se moquera de vous.

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