Vies grégaires, précaires et résistantes au Niger

Le mot grégaire vient tout droit du latin et il signifie’ troupeau’ et par là, donc, la tendance à vivre en groupe. L’Instinct grégaire est la ce qui pousse des individus d'une même espèce à se rassembler et à adopter un même comportement. Ce dernier, le comportement grégaire, décrit comment les individus d'un groupe peuvent agir ensemble sans direction prédéterminée.

Le mot grégaire vient tout droit du latin et il signifie’ troupeau’ et par là, donc, la tendance à vivre en groupe. L’Instinct grégaire est la ce qui pousse des individus d'une même espèce à se rassembler et à adopter un même comportement. Ce dernier, le comportement grégaire, décrit comment les individus d'un groupe peuvent agir ensemble sans direction prédéterminée. Nous vivons dans une époque qui conspire pour que les tendances grégaires soient assumées, justifiées et, bien souvent, primées. On fait montre de promouvoir la créativité populaire pour, par la suite, tout réduire au Grand Marché divin de la consommation. Ce qui permet de révéler l’état de grégarité ce sont les paroles. Paroles grégaires qui, comme des étiquettes, slogans ou vendues comme des évidences, sont comme les clés d’entrée dans l’esprit du temps présent. Toutes les trahisons commencent par l’usage et l’abus des paroles, des verbes, des substantifs et conjonctions…On ‘neutralise’ les terroristes, ‘on ‘pilonne’ une ville et on appelle ‘partenaires’ les bailleurs de fond…le gouvernement s’appelle ‘gouvernance’, le peuple ‘société civile’, la justice ‘efficacité’, le travailleurs du ‘capital humain’ et les chômeurs des ‘demandeurs d’emplois’. Qui s’arroge le pouvoir de décider de l’interprétation des paroles et en impose la signification assoit les prémisses pour gouverner le monde. A des paroles grégaires correspondront des vies grégaires qui se greffent au vainqueur et au puissant du moment. Il s’agit de vies vécues par imitation ou pour opportunisme. Il semble plus opportun éviter de se faire trop remarquer et d’agir comme la majorité !

Si les vies grégaires se trouvent partout il semble que leur capacité de développement soit plus puissante en Occident. Ici, en revanche, on trouvera partout des vies précaires. La précarité est l’amie fidèle et permanente de tout ce qui constitue l’architecture de la vie. Le travail, la maison, le courent, l’eau, la nourriture, l’école, le mariage, la politique, les amitiés, le jour suivant et, parfois, la foi en Dieu que l’on précarise aussi. Une des raisons par lesquelles, ici, l’on ne prévoit pas trop en avance est à attribuer à la fragile précarité du temps présent. Parfois, quand on reçoit quelqu’un, on prépare l’accueil à la dernière minute car on ne sait jamais ce qui lui pourrait arriver. Peut- être le taxi n’est pas passé ou alors il a suivi un autre parcours, un accident entre deux motos a bloqué le trafic, un étranger vient d’arriver sans avoir prévenu et il fallait l’accueillir. Parfois c’est un coup de palu qui arrive ou alors un voyage planifié depuis longtemps qui a pu se réaliser. La vie est précaire et il suffit peu, très peu pour la perdre ou l’égarer par exemple lorsqu’on est malades. Dans ce cas vous devrez prévoir tout le nécessaire pour vos soins, les médicaments et la nourriture inclue. Pour trouver un lit il vaut mieux connaitre quelqu’un. Ainsi pour fixer la date de l’opération éventuelle. Il faudra acheter les gants, l’aiguille, le fil, les antibiotiques, les pansements, l’alcool, le sang et les perfusions.  Il s’agit de vies précaires qui se collent aux évènements qui surprennent comme s’ils n’étaient jamais arrivés auparavant.

Le vies résistantes existent. Ils portent les noms de ceux qui attendent pendant des années que leur demande pour être reconnus comme des ‘réfugiés’ soit acceptée. La vie est vraiment étrange. Nous tous nous arrivons au monde comme des ‘demandeurs d’asile’ et cela restera notre statut permanent. Chercheurs d’asile, protection, reconnaissance, attention, respect, dignité, miséricorde et pardon. Celle-ci est notre condition primaire qui, de fait, ne nous quittera jamais plus, malgré les tentatives de détournement. Fréderic retourne en Côte d’Ivoire après 11 ans passés au Niger comme demandeur et ‘receveur’ d’asile. Jean et Hyppolite qui, un encore sous la tutelle de l’institution et l’autre abandonné à son destin, ne veulent plus retourner au Pays natal, le Cameroun qui les a trahis. Il s’agit de vies résistantes comme celles des paysans et des éleveurs, la majorité de la population nigérienne, ou comme celle des migrants qui ne se contentent pas du destin qu’on leur a attribué, comme ceux des déplacés qui se reconstruisent chaque jour un peu plus après avoir souffert l’impérialisme de la violence armée. Résistent les femmes qui, sur leur dos, portent le fardeau de la vie quotidienne que, du rien, ils arrivent à inventer ce qu’il faut pour demain. Une d’entre elles, appelée Samira, journaliste, redonne un sens et la dangerosité à la vérité des faits. D’autres résistent et existent malgré la persécution du pouvoir. Ils cherchent paix, justice et dignité pour tous et n’ont pas peur d’en payer le prix. C’est à eux et à ceux qui leur ressemblent qu’appartiennent les paroles qui sauveront le monde.

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