La pauvreté richesse des peuples

Le siècle passé on écrivait ainsi. Le livre qui porte ce titre a été publié en 1978 par Albert Tévoédjré. A ce moment l’auteur était le directeur de l’Institut International des Etudes Sociales et directeur adjoint du Bureau International du Travail, basé à Genève. Choses de l’autre siècle que peut être lui non plus oserai penser et moins encore écrire.

Le siècle passé on écrivait ainsi. Le livre qui porte ce titre a été publié en 1978 par Albert Tévoédjré. A ce moment l’auteur était le directeur de l’Institut International des Etudes Sociales et directeur adjoint du Bureau International du Travail, basé à Genève. Choses de l’autre siècle que peut être lui non plus oserai penser et moins encore écrire. Dans un article récent de l’Agence Ecofin, basée au Cameroun et à Genève rappelle, comme si s’était une évidence, que notre planète compte maintenant 34 Pays pauvres. En 2003 les Pays avec un revenu annuel par personne égal ou inférieur à 995 dollars, étaient 66.  Sur les 34 Pays en question 26 se trouvent dans l’Afrique subsaharienne. Entre autres le Mali, le Niger, l’Erythrée, le Madagascar et, malgré tout, la RDC. 32 Pays ont donc joint le groupe des économies définies ‘ de moyen revenu’ et cela grâce surtout à l’exportation des hydrocarbures et de des produits miniers. La Banque Mondiale, de sa part, soutient que, dans le prochain future, le nombre de Pays pauvres pourrait ne pas se réduire à cause des conflits, de la violence et le l’instabilité. Plusieurs d’entre eux dépendent de leur agriculture, soutient encore la Banque Mondiale et les risques de changement climatique pourraient avoir des influences négative sur l’économie. Aujourd’hui nos paysans, profitant de la pluie, semaient le mil.

995 par personne et par an : cela c’est moins de 3 dollars par jour. La pauvreté comme richesse des peuples justement contestait ce type d’approche uniquement financier. Nous savons que depuis, à côté de l’argent, d’autres paramètres d’évaluation ont été introduits pour évaluer la pauvreté. N’empêche que celui du revenu quotidien par personne, comme on peut le voir dans le rapport cité, reste central. Depuis le siècle passé le prof. Tévoédjrè, aujourd’hui âgé de 89 ans, contestait l’identification entre pauvreté et misère. C’est bien cette dernière qu’il faut combattre. La pauvreté, entendue comme sobriété dans l’essentiel, est plutôt proposée comme un chemin à suivre. Un Etat qui mérite ce nom devrait garantir l’essentiel à ses citoyens. La nourriture, l’éducation, la santé, les routes entre autres, devraient constituer le ‘minimum social commun’ qui implique solidarité dans la richesse. On cherche des visionnaires aussi dans notre siècle qui, au Sahel comme ailleurs, semblent perdus. Repartir de la pauvreté et non de la richesse pour reformuler les priorités qui aient le courage de la remettre en valeur. Retrouver le courage, hélas disparu, de revendiquer la dignité d’une vie cohérente avec le ‘minimun social commun’ et terminer d’une fois avec des modèles de société néo- coloniale recyclée sur place. Les visionnaires ont été marginalisés, déracinés et, parfois, se sont eux-mêmes vendus au système de rapine à ‘banque armée. Avec le mil nous devrions semer des utopies sahéliennes.

Comme bien le rappelait avec anticipation le penseur autrichien Ivan Illic sur la pauvreté ‘conviviale’ que le paramètre capitaliste d’abord culpabilise et ensuite amène à la misère, ainsi a raisonné Albert Tévoédjrè. Il rappelait qu’il fallait changer notre horizon interprétatif et que le premier pas étai celui de ‘déshonorer’ l’argent et, citant le philosophe Karl Marx, ‘plus le monde de choses augmente sa valeur, plus le monde des hommes perd sa valeur’. Albert ainsi continue…’Percevoir l’existence et concevoir le développement à travers la spirale sans fin de l’achat de biens de douteuse utilité, voici l’absurdité’. C’est une absurdité que l’on pays à un prix très élevé parce que… ‘ La richesse’, souligne l’auteur, ‘ à la longue devient toxique pour la société’. Seulement le retour choisi de la pauvreté pourra guérir le monde parce que…’la richesse qui ne mène nulle part pousse à découvrir la pauvreté qui redonne un sens à la vie…la misère nous persécute ou nous menace parce que nous n’avons pas choisi la pauvreté’. La pauvreté richesse des peuples est un livre écrit par Albert Tévoédjrè, originaire du Bénin, Pays qui passe une crise sociale et politique. Le défi qu’il a lancé le siècle passé est encore actuel et, dans le sable du Sahel, on trouve des paysans qui, sans le savoir, avec le mil sèment aussi un future différent.

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