Insinuations révolutionnaires du Sahel en mémoire de Sankara

Sankara n’est pas mort. C’est le titre du film-documentaire/fiction, réalisé par Lucie Vivier et présenté de manière virtuelle et clandestine pendant le confinement qui a frappé aussi le Burkina Faso en son temps. Le passé 15 d’octobre, dans un centre culturel informel, bâti sur la route et dédié à Thomas Sankara, l’entrée était libre.

Sankara n’est pas mort. C’est le titre du film-documentaire/fiction, réalisé par Lucie Vivier et présenté de manière virtuelle et clandestine pendant le confinement qui a frappé aussi le Burkina Faso en son temps. Le passé 15 d’octobre, dans un centre culturel informel, bâti sur la route et dédié à Thomas Sankara, l’entrée était libre. Quelques enfants qui dormaient avant la fin du film, des jeunes et peu d’adultes, ont célébré ainsi l’anniversaire numéro 33 de l’assassinat du Capitaine Sankara. Son visage imprimé sur des affiches, quelque tricot avec ses citations plus connues et surtout la ‘folie’ de sa mémoire, effacée et écrite chaque jour, depuis son tragique épilogue au ‘Pays de Hommes Intègres’. C’est bien cela, en effet, le sens du nom du Pays que les colons avaient appelé, par facilité géographique, la Haute Volta. Le fleuve Volta, probablement baptisé ainsi pas des marchands d’or portugais, signifie ‘tourner, faire des détours’, il est en effet plein de tournants et il nait dans le Burkina. Le fleuve en question est formé par le Volta Blanc et le Volta Noir qui s’unissent au Ghana voisin pour aboutir à la mer. Le véritable ‘tournant’ est arrivé par Sankara qui a su transformer la géographie en politique : le nom Burkina Faso a remplacé pour toujours celui de la Haute Volta. ‘Pays des hommes intègres’ est en effet une affirmation plus politique que ‘éthique’ qui, avec Sankara, serait aussitôt devenue révolutionnaire, insurrectionnelle.

L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère … C’était Sankara qui l’affirmait dans un mémorable discours à l’Assemblée des Nations Unies le 4 octobre de 1984. Trois ans après, au cours du même mois, il aurait été assassiné, avec la probable complicité d’un ami intime, comme souvent cela se passe dans l’histoire humaine. Les trahisons de quelqu’un sont possibles parce que à trahir sont les plus proches, par moment tout un peuple, quand celui –ci oublie ce qui l’a engendré un jour. Sankara savait bien qu’il ne serait pas vécu longtemps et, comme les véritables prophètes, il avait ouvertement déclaré que ces jours étaient comptés. Il se sentait comme un cycliste, sur une montagne, avec des précipices des deux côtés, obligés de pédaler et pédaler en avant pour éviter de s’écraser. Les personnes meurent, mais pas les idées, il disait. Ne meurent pas ceux qui, malgré les ambiguïtés de l’histoire humaine, mettent en échec leur vie pour quelque chose de plus grand que leur vie. Pour eux les raisons pour vivre sont plus importantes que la vie même, lorsque cette dernière est obligée à s’humilier pour exister, à se renier pour survivre et à trahir pour se perpétuer. Seulement la lutte libère, à condition de mettre son propre peuple, les pauvres, comme ses rois.

’Ex Africa semper aliquid novi’, affirmait l’historien romain Pline le Vieux. De l’Afrique il arrive toujours du nouveau. Pline reconnait que l’Afrique, à l’époque un continent inconnu à part les cotes de la Méditerranée, réservait aux chercheur des nouvelles découvertes et surprises. Il y a du nouveau qui nous arrive du Continent africain, du Sahel avec son sable, les otages récemment libérés et ceux qui se trouvent encore en captivité. L’Afrique minoritaire mais significative des naufragés de la mer et du désert. L’Afrique, avec le partiel déclin idéologique de l’Amérique Latine et le crépuscule de l’Europe est présentement le Continent le plus révolutionnaire, à conditions d’en assumer le cri et le cheminement. Sans d’ailleurs oublier que ce n’est pas les autres, les colons ou les néo-colons ou les impérialistes ou les marchands qui font problème en Afrique. Chacun fait son métier et joue son rôle, exactement comme les groupes armée terroristes, les insurgés ou les bandits communs tant les différences entre eux sont minimes. Ils ne constituent pas un problème. Le principal ennemi de l’Afrique, cela peut surprendre…sont les africains. Ils sont leurs premiers ennemis et ils le savent. Pour cela ils ne se fient de personne et ils s’engagent pour étouffer dans l’œuf toute tentative de transformation révolutionnaire…’D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche.’ (Thomas Sankara) 

 

 

 

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