Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es. Déclination sahéliennes

Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, c’est ainsi que la sentence assume toute sa dangerosité. Ce dit-on il faudrait l’écrire comme le préambule de toute Constitution des Pays du Sahel qui, avec bien d’autres pays africains, célèbrent les soixante ans depuis leur indépendance.

C’est un renommé religieux de Gênes, en Italie, qui avait fait sienne cette phrase crée par le responsable de la Caritas de Rome, le feu Luigi Di Liegro. Ce dernier avait repris à son compte un dit-on assez repandu : dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es, en le paraphrasant dans l’autre qui se présente comme dans le titre ci-dessus. Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, c’est ainsi que la sentence assume toute sa dangerosité. Ce dit-on il faudrait l’écrire comme le préambule de toute Constitution des Pays du Sahel qui, avec bien d’autres pays africains, célèbrent les soixante ans depuis leur indépendance. Le Niger est parmi eux et la dernière Constitution, celle de la septième République, a été rédigée après le coup d’Etat de Salou Djibo de 2010. L’article trois de ladite Constitution en rappelle les principes fondamentaux. Dans l’ordre on trouvera que…le gouvernement est du peuple, par le peuple et pour le peuple…qu’il y a séparation entre l’Etat et la religion avec la justice sociale dans la solidarité nationale. Aucun de ces principes n’est appliqué ou pris au sérieux et alors la suggestion de résumer les principes avec la phrase dont ci-dessus trouve tout son sens. A savoir : Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, préambule de la Constitution du Niger.

Nous nous trouvons à quelque mois des élections locales, présidentielles et politiques au Niger et dans bien d’autres pays de la Région, qui s’annoncent porteuses de problèmes et possibles déstabilisations sociales. C’est encore plus urgent prendre comme principe l’affirmation citée… Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es. Cela aiderait les électeurs et surtout les élus à redonner un sens à cette parole qui a fait l’objet d’innombrables abus et que nous appelons POLITIQUE. Les divisions entre majorité et opposition sur les modalités et la forme du processus électoral au Niger ne permettent pas d’être trop optimistes. Les recommandations ‘financières’ de la soit-disant Communauté Internationale n’auront peut-être pas le pouvoir de changer le lourd climat qui expérimente le Pays. Radio trottoir soutient, plus ou moins à raison, que les distributions préventives d’argent aux futurs électeurs n’ont pas attendu le début de la campagne électorale pour débuter, surtout dans les zones rurales, loin des yeux. Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, c’est un dit-on qui peut résumer une vie, une orientation, une politique, une histoire et cela soit à niveau personnel qu’au niveau collectif et institutionnel. Cela vaut pour ceux qui se professent croyants et pour ceux qui fréquentent par habitude ou pour affiliation culturelle. Toute mosquée, église, temple, lieu publique, bureau ministériel, Assemblée Nationale, syndicats vendus ou cohérents, ministres de la République et conseillers présidentiels…tous devraient afficher cette phrase à l’entrée de leur service.

Juste le passé samedi au centre culturel franco-nigérien de Niamey, le Collectif des Organisations de Défense des Droits Humains et de la Démocratie, ont présenté un rapport sur la situation des droits humains en milieu carcéral au Niger. Parmi les points saillants du rapport on a rappelé que, présentement, pour chaque détenu l’Etat destine un montant de 300 CFA par jour, pour la nourriture et d’autres besoins essentiels. On assiste à des violences sexuelles et à celles en relation avec des ‘mafias’ internes, et que le droit à la santé, en conditions de saturation des cellules, est impossible. En effet dans la maison d’Arrêt de Niamey, par exemple sur un total de 1077 détenus les condamnés sont au nombre de 125. Cela signifie que les autres 952 se trouvent détenus dans l’attente d’être jugés et donc, en théorie, présumés innocent.

Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, se réfère aussi à bon nombre de paysans et plus en général à la population rurale du pays. Tout comme avec les éleveurs, ils recommencent à exister en proximité des élections et pourtant ils représentent la plupart de la population du Niger. Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es, vaux aussi pour les migrants et les réfugiés qui se trouvent par milliers dans le Pays. Les lois et les externalisations des frontières et les refoulements dans la mer Méditerranée (sans parler des déserts où le sable sert à couvrir la honte), se traduisent sur place avec la progressive ‘criminalisation’ des migrants et l’invisibilité des réfugiés. Gardés dignement ou pris en otage par les Institutions Internationales, ils traversent sans bruit l’espace sahélien et ils sont acceptés tant qu’ils se taisent. On devrait l’écrire chaque jour dans le sable : Dis-moi qui tu écartes et je te dirais qui tu es.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.