La Nigérienne. Comment décoloniser l’hymne national

On ne parle pas, pour le moment, du drapeau. Le drapeau tricolore, déterminé par la Constitution du Niger, est celui de l’indépendance. Il s’agit de trois bandes horizontales, rectangulaires, de même taille qui, du haut en bas prévoient l’orange, le blanc et le vert. La bande blanche du milieu accueil en son sein un disque de couleur orage. La devise non plus est en discussion

On ne parle pas, pour le moment, du drapeau. Le drapeau tricolore, déterminé par la Constitution du Niger, est celui de l’indépendance. Il s’agit de trois bandes horizontales, rectangulaires, de même taille qui, du haut en bas prévoient l’orange, le blanc et le vert. La bande blanche du milieu accueil en son sein un disque de couleur orage. La devise non plus est en discussion. Elle est celle héritée par la Carte Constitutionnelle et s’articule virtuellement autour du bien connu triptyque post révolution française. La Fraternité oubliée, Le Travail disparu et Le Progrès que le sable fait tout pour déconcerter. On trouvera les fêtes ‘fixes’ et celles ‘mobiles’ qui varient selon la lune en considération de leur orientation religieuse. Dans la meilleure des hypothèses ces dernières sont annoncées par un communiqué à la dernière minute ou par des SMS. Ces derniers bien souvent ne négligent pas de rappeler les fidèles aux heures de la prière, pour le moment pas encore contemplées par la Constitution. Depuis l’indépendance, reconnue en 1960, comme une bonne partie des Pays africains, tous ces éléments n’ont pas souffert des remarquables changements. Le drapeau flotte sur les bâtiments publics y compris dans les écoles. Elèves et écoliers ont l’obligation morale de le saluer le matin et puis assister à sa mise en berne vers le soir. La couleur orange et blanche représente les types de désert qui meublent le Pays et la verte rappelle les zones fertiles tout au long du fleuve Niger ou dans les oasis. Quant au disque orange au beau milieu de la bande blanche dessine de toute évidence le soleil qui, avec le sable, assurent la continuité de l’histoire du pays.

L’hymne, par contre, oui. Ecrit par un musicien français l’année suivante à celle de l’indépendance, sera changé afin de le rendre plus en harmonie avec le nouvel esprit de la décolonisation. Maurice Thiriet, compositeur de musique classique et de film, auteur du texte, a disparu en 1972. Faute de temps il n’a pas eu l’honneur de fréquenter l’actuelle équipe gouvernementale composée de 41 ministres plus les conseillers et les attachés de mission. Il n’aurait jamais imaginé l’éclosion de la Renaissance Culturelle Nigérienne.  Comment aurait-il pu penser au nouvel aéroport international, les nouvelles routes, les nouveaux Hôtels 5 étoiles dans la capitale et le prochain centre Culturel dédié au mahatma Gandhi. Et que dire des nouveaux échangeurs, les universités, le troisième pont sur le fleuve et la prochaine ratification d’un accord de défense avec la Turquie ? Tout cela ne pouvait qu’amener au projet de changer le texte de l’hymne nationale. Il semble désormais inadapté et par moment gênant dans le contexte actuel qui est caractérisé par une lutte sans merci contre les groupes armés terroristes qui créent la désolation dans le Pays et la Région.’  On trouve des passages dans l’hymne qui font l’objet des critiques unanimes. Il est nécessaire avoir un hymne qui puisse galvaniser la population, qui se transforme en une sorte de cri de guerre capable de toucher nos fibres patriotiques’. Ainsi expliquait le ministre de la Renaissance Culturelle, Assoumana Malam Issa, dans la télévision d’Etat.

Vu comment marchent les choses dans ce domaine il semble difficile lui donner tort. Pour le moment, à l’occasion de la fête nationale de l’indépendance en aout, on plante des arbres au lieu d’organiser des défilés militaires. On verra si par la suite ce choix sera confirmé. En effet changer le texte de l’hymne devrait logiquement impliquer un retour aux valeurs de l’indépendance. Or il semble que le contraire est en train de se passer. Jamais comme maintenant le Pays est devenu un otage des aides humanitaires, des armées étrangères, des accords de libre et injuste échange, des intéressées présences occidentales, asiatiques, américaines et, pour comble, la sélection nationale de foot a perdu 6-2 à domicile contre le Madagascar…Bien sur il ne s’agit pas d’être ‘fiers et reconnaissants pour la nouvelle liberté’, comme récite l’actuel hymne national, quand la liberté a été conquise par des luttes et non par un cadeau du colon. Tout cela est vrai à condition que, comme l’affirme l’article 12 de la Constitution de la Septième République, ‘ chacun a droit à la vie, à l’intégrité physique et morale, à une alimentation saine et suffisante, à l’eau potable, à l’éducation et à l’instruction dans les conditions définies par la loi’. Changer les paroles, comme fera la commission nommée à ce propos, sans changer LA MUSIQUE dans la politique du Pays, ne sera rien de plus qu’une nouvelle arme di ‘distraction de masse’.

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