Ce qui me manque. Absences non programmées du Sahel

Je partais et déjà ils commençaient à me manquer. Non encore entré dans le nouvel aéroport de Niamey que j’ai commencé à en sentir l’absence.

Je partais et déjà ils commençaient à me manquer. Non encore entré dans le nouvel aéroport de Niamey que j’ai commencé à en sentir l’absence. Le policier qui m’avait laissé entrer dans la salle d’attente de l’aéroport parce que l’avion que j’attendais était en retard il y a un mois de cela. Il m’a demandé si je me souvenais de lui et j’ai répondu affirmativement parce qu’il avait été frappé par ma montre de poche démodée. Je lui ai promis que, si possible, j’allais lui en amener une pour lui. Puis, une fois au plan supérieur, le policier qui contrôlait les documents m’a justement fait observer que mon permis de séjour était périmé depuis 7 mois. A ma promesse de prolonger mon visa avant mon retour au Pays il m’a laissé passer sans rien demander en échange. Une fois dans l’avion j’ai pris place auprès d’un jeune érythréen qui, avec une cinquantaine de compatriotes, voyageaient à destination de Paris, après avoir passé quelques 8 mois de séjour à Niamey. Évacués de la Libye ils étaient restés patiemment dans l’attente d’un Pays d’accueil en tant que réfugiés en vue de recommencer une nouvelle vie. Assis coude à coude nous avons fait les deux le signe de la croix avant de manger ce que la compagnie Air France a mis à notre disposition. Comme boisson il a pris une coca et il m’a montré la croix de bois qu’il avait attachée au cou. Au moment de nous séparer il m’a retiré le sac qui était rangé sur le porte-bagages en haut du siège 23 J du vol AF 0339, comme destination  aéroport Charles de Gaulle.

A la sortie me manquais la confusion de nos aéroports. Les mains qui insistent pour saisir et amener les bagages jusqu’au car. Quand tout semble prêt tout d’un cou une autre main apparaît afin de vous aider à ranger la valise dans le coffre de la voiture. C’est une simple manière de créer de l’occupation. Et puis me manquent les feux rouges qui ne fonctionnent pas, les vigiles qui ne font que parler au portable et saluent les chauffer de taxi qu’ils connaissent. Je ressens le manque aussi de la dame sourde-muette qui a l’habitude de mendier ‘par l’amour de Dieu’ près du Palais des Sports de Niamey. C’est elle-même qui, parfois, réagit si le montant donné n’est pas à la hauteur de ses attentes. Elle ne respecte pas l’ordonnance qui interdit la mendicité dans la rue mais il n’y a aucun problème. Le grand spectacle du sommet des chefs d’état c’est terminé et il a laissé en héritage des nouvelles routes, des nouveaux hôtels et la ratification de l’accord sur le libre- échange commercial en Afrique qui ne rentrera jamais en vigueur. Me manquent les enfants qui crient dans la rue et poussent les vieux pneumatiques en pensant de courir le Grand Prix de Formule 1. Sont absents ceux qui se saluent dans la rue sans se connaitre et qui courent plus vite si la pluie s’annonce. J’ai la nostalgie des dromadaires qui côtoient les voitures sans faire du bruit et les ânes avec leurs chars, en vrais seigneurs de la route, essaient de rester fidèles à la route qui leur a été réservée. Me manquent les appels à la prière qui sillonnent le jour et la nuit.

Mais surtout c’est bien lui qui me manque. Séduisant sans le savoir et toujours présent. Protagoniste incontournable de la vie sociale, de la politique internationale, de l’économie et du gouvernement actuel. C’est lui qui me manque, le sable, qui a passé sa nuit avec peu de clients avant que les nettoyeurs de route n’arrivent, avec leurs gilets verts, pour le déplacer de l’autre côté de la route. Il n’a pas une fixe demeure, fort dans sa faiblesse, il s’infiltre partout et tout il couvre de son manteau un peu négligé. Me manque sa précarité, son sens des proportions, la capacité d’assumer ses limites et son imbattable humilité. Le ciel et la terre passeront, les chantiers qui renouvellent la ville finiront, comme passerons les régimes en place, les républiques tropicalisées, les armées venue pour défendre (leurs intérêts), les mercenaires, les grands commerçants d’esclaves, les prédicateurs de Dieu et les dictateurs. Tous passeront sans aucun bruit. Seulement lui, le sable, restera pour construire des ponts pour la saison des pluies.

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