Violences et confessions dans le Sahel

Des présumés djihadistes ont enlevé 9 nigériens, membres de l’ONG humanitaire Apis (Action et Programme d’Impact au Sahel), dans un village pas loin de la frontière avec le Faso, le mercredi passé.

 

Des présumés djihadistes ont enlevé 9 nigériens, membres de l’ONG humanitaire Apis (Action et Programme d’Impact au Sahel), dans un village pas loin de la frontière avec le Faso, le mercredi passé. Les ‘humanitaires’ opéraient un recensement ciblé des personnes vulnérables dans la zone, en vue de la distribution de nourriture pour le compte du PAM, le Programme Alimentaire Mondial. Le village en question, situé à quelque 80 kilomètres de celui où l’on a enlevé le P. Maccalli, se trouve dans une zone aurifère dans laquelle le control djihadiste c’est pour ainsi dire institutionnalisé. L’attaque, selon les témoignages recueillis, perpétré par 14 personnes arrivées en moto, à épargné deux membres de l’ONG en question car ils parlaient la langue locale peul. L’insécurité fait désormais partie du quotidien des habitants de la zone. Il est difficile de trouver un jour sans nouvelles attaques, chantages, abus ou mises en garde en particulier vis-à-vis des communautés chrétiennes surplace.

Malgré (ou grâce) aux nombreuses actions militaires la violence armée, dans la région des ‘trois frontières’ (Burkina, Mali et Niger), s’est accrue et a assumé des proportions chaque fois plus consistantes. Selon un rapport récent de l’Observatoire pour les Droits Humains du Faso, pendant ces deux ans, les militaires et civils tués par des attaques terroristes ont été environ 1750. Dans la même période de temps les civils tués par les militaires, les groupes d’auto-défense et règlements des comptes intercommunautaires, ont atteint le nombre de 600. Le risque de dérives identitaires mortelles ne semble pas trop loin et font le jeu des djihadistes, sans distinction d’affiliation, qui favorisent les divisions ethniques et religieuses. Tout est rendu plus facile, comme bien documenté par des études et des rapports, par l’abandon de la part des Etats de ces portions de territoire national. Par hasard ou pas, c’est juste dans ces zones-là, que les Etats sont en train de vendre des licences pour exploiter des gisements de minéraux tels que l’or !

Dans ce contexte violent on trouve néanmoins des espaces de dialogue et d’échange car la réalité est toujours plus têtue et obstinée de nos plans et projets pour la domestiquer à notre guise. Avec une quarantaine de jeunes migrants, par exemple, on a pu pratiquer une forme particulière de ‘confession’ : ils ont essayé de répondre, librement, aux questions qui leur ont été posées. La première, dans le contexte du voyage migratoire, consistait dans le partage de ce que plus les a marqués dans leur parcours. La deuxième question tournait autour des leçons que les migrants ont pu tires de leur aventure migratoire apparemment échouée. Dans un climat serein et ouvert les jeunes migrants ont partagé avec les autres leur vécu, leurs rêves et leurs frustrations. On a pu apprécier leur maturité, la sincérité et la lucidité de lecture. Ici nous avons, de manière informelle, quelques fragments de leurs ‘confessions migrantes’.

Pour ce qui est de la première question, le vécu du voyage au Maghreb pour la quasi-totalité, quelques femmes ont fait cas des souffrances liées aux problèmes de santé, pour elles et leurs enfants, négligés. Le manque de respect, les violences endurées, les tortures et les insultes racistes. Les garçons, de leur part, ont souligné l’exploitation sur le travail et le vol du fruit de ce qu’ils avaient mis à coté au fil des années au moment de la déportation. D’autres ont souligné l’esclavage souffert, l’emprisonnement et le manque absolu des droits en tant qu’étrangers. Concernant la deuxième question, centré sur ce qu’on a pu apprendre de la migration, les femmes ont répondu en disant qu’ils ont compris davantage l’importance de la foi en Dieu pour survivre au voyage et elles sont retournées plus matures de ce qu’elles étaient auparavant. Les hommes, à la même question, ont répondu qu’ils n’avaient jamais compris ce qu’était vraiment le ‘racisme’ jusqu’à ce qu’il ne l’on pas vu pratiqué contre eux par d’autres africains. Il y a qui a souligné comme le voyage l’avait rendu plus responsable de lui-même et plus conscient de ses possibilités. Un autre était fier d’avoir parcouru le désert du Sahara qu’il n’avait connu qu’à l’école.  Un d’entre eux, en conclusion, a confessé que, en voyageant en dehors de son Pays, ses yeux se sont ouverts sur le monde et que donc, rien que pour cela, il ne regrette pas d’être parti.

 

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