Tout d'abord, qu'il me soit permis, en priorité, de m'incliner respectueusement devant tous ceux qui sont venus abreuver de leur sang, le sol de cette vieille Europe déjà si bien irriguée du sang des humains depuis des millénaires. Nous leur devons respect et reconnaissance.
Mais néanmoins, il nous faut demeurer lucides et rechercher la vérité.
L'année 2014 est une mine d'or pour les éditeurs, les documentaristes, les historiens et le secteur touristique de la Côte Normande de Ouistreham à Cherbourg.
Que du bonheur ! 70e anniversaire oblige.
Si l'on ajoute à cet évènement le centième anniversaire du début de la Iére Guerre Mondiale, soit le début de ce "court XXe siècle" tel que nous l'a démontré Eric Hobsbawn, et c'est champagne pour tous ceux qui vont savoir en tirer profit.
Aujourd'hui, tout se vend. Tout fait recettes. Ce n'est pas "in God we trust" comme indiqué sur le billet vert, mais "In Gold we trust". Faute de frappe impardonnable.
Bon ! Histoire de remonter le moral des jeunes recrues anglo-saxonnes, états-uniennes et canadiennes, et pour les inciter à s'engager, on leur avait fait miroiter que les petites françaises étaient plus libérées du cul que les américaines toutes sous haute surveillance pastorale des sectes protestantes US et de l'Eglise Romaine québécoise. Ce qui donnera lieu à quelques malentendus, quelques viols, que quasiment, seuls les GI's noirs payèrent de leur vie, les blancs restant blancs, donc corrects. Nécessairement. ("Des GI et des femmes" par Mary Louise Roberts Seuil)
Avec cette tradition des Etats-Majors, depuis la Guerre de Sécession et celle de Crimée, la troupe fut considérée comme de la chair à canon.
Les Churchill, Montgomery, Eisenhower ont même envoyé à la mort quelques braves "cocus" de l'Histoire, transformés en héros, du côté de Dieppe pour faire croire à la Wehrmacht que la contre-offensive aurait lieu sur la Côte d'Albâtre. Gloire à la mémoire de ces sacrifiés et honte à ceux qui les sacrifièrent. Etait-ce vraiment indispensable ?
Honte au général De Gaulle, aussi, en dépit de tout ce qu'il représente pour la France, qui demeura tout de morgue et d'oubli quant à l'action du commando de Kieffer, seuls soldats français de ce fameux D-Day. Leur Légion d'Honneur, il a fallu qu'ils l'attendent quelques années après s'être battus un peu partout en Europe jusqu'à la victoire.
http://basse-normandie.france3.fr/2014/05/04/le-debarquement-en-10-questions-qui-etait-le-commando-kieffer-461229.html
Etrange oubli que celui des commentateurs quant aux titres de la presse anglo-saxonne qui, le 7 juin inscrivit à la une de : "The Great Invasion", que la légende gaullienne transforma en "Débarquement".
http://www.nytimes.com/learning/general/onthisday/big/0606.html
Petite revanche journalistique évoquant l'invasion d'Albion par Guillaume le Bastard, qui deviendra le Conquérant. Et annonce politique de ce qu'il allait advenir de cette Europe si instable, avec deux tentatives de suicide en moins de trente ans, et une mise à feu et à sang de la planète. Plus quelques millions de morts, civils pour la plus grande part, et cette découverte de "l'industrialisation de la mort" qui signe à jamais de quoi est réellement constituée l'espèce humaine.
D'ailleurs, des Oradour sur Glane, il y en eut des dizaines au cours des guerres coloniales suivantes. Quant aux camps d'extermination, on en revit à ciel ouvert, avec le Biafra, les Balkans, le Vietnam, le Cambodge. Et plus récemment, le recours systématique à la torture fut encouragé par Bush et se pratique à Guantanamo, cette zone de non-droit, sous pavillon US.
Ce formidable D-Day ne fut que la suite inéluctable de la Première Guerre Mondiale.
Une fois de plus, longtemps neutres, les USA ne furent intéressés et mondialisèrent ce qu'il se passait en Europe que lorsque les Japonais les attaquèrent à Pearl Harbour. Après la Grande Dépression, rien ne valait une guerre pour relancer la machine économique et l'on ne peut que demeurer absolument stupéfait devant les capacités de ce pays à mener de front deux théâtres d'opérations à l'échelle planétaire, à fabriquer des Liberty Ships à la pelle, des avions, des porte-avions, des tanks, des jeeps, des engins amphibies, des armes par dizaines de milliers.
Les guerres qui suivirent l'effondrement des deux puissances militaires impérialistes, le Reich et le Japon, furent autant des répliques politiques à l'expansion du communisme en Eurasie que l'incapacité des USA à revenir à une économie de paix.
Le plan Marshall, indispensable pour reconstruire une Europe de l'Ouest copieusement bombardée, mise à ras pour la "sauver" est à l'origine de ce qu'est l'UE, aujourd'hui. "L'american way of life" est vraiment arrivé avec les premiers parachutages sur le Cotentin.
Enfin, un nouveau front s'ouvrait. C'est ce que les russes attendaient depuis trois ans, seuls à supporter la politique de conquête et d'extermination de l'Allemagne nazie. Il n'y a pas si longtemps que les mariés de Léningrad, Saint Pétersbourg, ou de Stalingrad, Volgograd, allaient déposer le bouquet de la mariée au monument aux morts de la ville, dans la mesure où, obligatoirement, il y avait eu des victimes dans les deux familles durant ces deux batailles.
Pour avoir joué avec un pasteur militaire états-unien qui venait se détendre chez mes grands-parents au Havre, pour avoir appris à marcher dans les décombres de cette ville et de celles de Rouen, pour me souvenir de mes oncles en train de s'empifrer de tartines au beurre de cacahuètes après des années de disette, et les avoir vus fumer des cigarettes américaines, des Lucky Strike, pour me promener bien souvent le long de la Côte fleurie et de celle de la Manche, j'ai, ancrée en moi, la mémoire collective de ces années grises d'après-guerre.
Or, aujourd'hui, je ne peux que constater que nous sommes bien, plus que jamais, sous la domination de l'Impérialisme "doux" des Etats-Unis.
Les gouvernements de droite et de gauche français, sous les ordres du MEDEF, continuent de détricoter le programme du Conseil National de la Résistance pour "adapter notre économie" aux appétits de l'ogre insatiable de la finance internationale.
Des pourparlers sont en cours, pour aggraver nos échanges commerciaux, pour être encore plus intégrés que nous ne le sommes déjà à l'hégémonie US.
Ce même état qui se permet de taxer la BNP, pour avoir outrepassé les embargos décrétés, non par l'ONU, mais par lui-même.
Bien sûr qu'il fallait renverser ce IIIe Reich où la moitié de la population terrorisait et éliminait physiquement l'autre moitié. Ne jamais oublier que les camps de concentration ont d'abord été ouverts pour les citoyens allemands. Jamais. Et qu'ils ont été pourvus continuellement par tous ceux qui se mettaient en travers du système nazi.
L'on va nous faire de beaux discours, l'on va nous montrer de belles images, l'on va nous parler du "devoir de mémoire" et le Président de la République française n'expliquera pas comment, en 2014, 25% des suffrages exprimés aux dernières élections se sont portés sur un parti politique dont les origines et une partie de ses membres sont des nostalgiques de la notion de pureté de la race blanche, de sa supériorité, et que les immigrés sont les seuls responsables de tous nos malheurs.
Trois générations plus tard, c'est un peu partout en Europe, de Brest jusqu'à l'Oural, que "le bacille de la peste (brune) resssort des placards, des vieux draps, des caves", pour reprendre la démonstration d'A. Camus, où il était en train d'attendre un climat plus favorable qui lui a été offert par le système économico-politique en place, ce néo-conservatisme et ce libéralisme débridé générateur de crises à répétitions.
On va tenir à froid M. Poutine, représentant d'un pays qui, lui aussi, fut ravagé à la fois, par la folie meurtrière de son "petit père des peuples" et par les exactions des nazis. Or, le IIIe Reich n'a pu être vaincu que par la lutte et le sacrifice des forces alliées anglo-saxonnes, auxquelles se sont jointes quelques troupes de la France Libre venues d'Afrique et de Grande-Bretagne et de l'armée rouge soviétique.
Que cet anniversaire du D-Day soit un moment de vérité et de souvenir. Surtout quand on se remémore que si les alliés envahissent la Normandie le 6 juin, Rouen et Paris ne furent délivrées que fin août. Preuve que ce ne fut pas une promenade de santé.
Aujourd'hui, la Côte Fleurie est un but de week-ends générant des embouteillages.
Le golf d'Omaha Beach est un des plus beaux de la région. Cela valait bien un débarquement dans la confusion la plus totale et sous le feu de troupes allemandes aguerries qui avaient eu comme entraînement le front russe de triste mémoire.
Faisons claquer les drapeaux, afin que les riches puissent continuer à s'enrichir et les pauvres à rester tranquilles. D'autant qu'ils pourront bientôt goûter aux joies de l'obésité made in USA grâce au GMT qu'il faut vite bâcler avant que le peuple ne s'aperçoive qu'il a été roulé. Une fois de plus. Hypocrisie de ces cérémonies où les "plus jamais ça" ne résistent pas à la réalité de ce qu'il s'est passé sur la planète, ces 70 dernières années.
D-Day ! Tout ça pour ça !
Et le 4 août prochain, l'on ré-enterrera les millions de morts de la Ière Guerre Mondiale qui s'étaient persuadés d'avoir accompli "la der des der".
Fermez le ban !