Hommage, oh désespoir !

Le culte de l’héroïsme à l’égard de nos soldats tombés au Sahel devient une spécialité typiquement macronienne. Comme si le cadre Grand Siècle des Invalides lui permettait d’adresser non seulement au peuple de France, mais à toutes les nations de la planète, l’image de sa grandeur.

Celle de M. Macron d’abord. Puis éventuellement, celle de la France qui n’hésite pas à sacrifier ses « enfants » dans la lutte contre le terrorisme international. Soit !

Je me mets à la place des familles et je compatis. Il n’y a pas pire pour des parents et des grands-parents que de devoir enterrer ses enfants. J’en ai. Je ne voudrai pour rien au monde en faire l’expérience. Je compatis.

Mais enfin, au-delà de l’émotion qu’il faut savoir apprivoiser, nous avons affaire à un accident du travail. Oui ! Ça en fiche un coup au cérémonial, au spectacle, à la communication nécessaire à la justification de l’injustifiable.
Mais, que je sache, il n’y a plus « d’appelés » soit des citoyens, des civils que l’on déguisait en militaires et que l’on envoyait au casse-pipe sans leur demander leur avis. Nos militaires, aujourd’hui, ont choisi ce métier en toute connaissance de cause. Ils savent qu’ils risquent leur peau. Comme les pompiers, comme les ouvriers des centrales nucléaires, comme ceux du BTP, comme les agriculteurs, comme tous ceux auxquels on achète la santé si ce n’est la vie et qui n’ont nullement le droit à la reconnaissance nationale. Et pourtant… Ils la mériteraient.
Eux s’activent à sauver des hommes et des femmes en péril, ils construisent, produisent pour que les autres vivent le mieux possible.

Comme dans la pièce de Molière : « Mais que faisaient-ils, ces militaires, dans cette galère ? » Réponse :
- préserver notre approvisionnement en uranium et autres produits du sous-sol présents dans la région ;
- rattraper la politique désastreuse de Sarkosy en Libye où il a fait la peau à son généreux « ami » Kadhafi, auquel il semble avoir dû une partie du financement de sa campagne si j’en crois les enquêtes de Médiapart ;
- essayer de maintenir un semblant d’équilibre dans des pays dont les frontières ont été dessinées à la règle par des colonisateurs se fichant pas mal des populations présentes sur les territoires déterminés après des pourparlers entre puissances européennes ;
- lutter contre un « terrorisme » financé au départ par la CIA lors de la guerre en Afghanistan pour faire reculer les soviétiques, ce qui a mis sur orbite les talibans et redonner des idées de conquête aux extrémistes musulmans du Moyen-Orient et maintenant de l’Afrique.

C’est qu’il y a des armes à vendre à un peu tout le monde.
Et puis, par principe, une guerre perpétuelle, rien de tel pour camoufler la lutte des classes.
Le 2 décembre, on enterre en grandes pompes, des militaires tombés au combat avec des larmes vraies pour les familles, et des grands mots, des belles paroles de la part des autorités en espérant que le 5 décembre sera le moins réussi possible. Comme si l’on pouvait équilibrer paix sociale et lutte contre le terrorisme.
Je pressens l’évolution sémantique. Les grévistes, déjà considérés comme des individus ne pensant qu’à leurs avantages acquis, parfois de haute lutte M. Le Président, seraient quasiment eux-mêmes des « terroristes » puisqu’ils vont prendre les passagers des transports en commun, « en otages ».
Très belle injure faite à ceux qui ont été, effectivement, pris en otages. Mais que ne faut-il pas faire et dire pour diviser le peuple afin de mieux l’exploiter ?
Comment peut-on galvauder les mots avec une telle ignominie ?
Bourrage de crâne ? Absolument !
C’est qu’il faut galvaniser les forces de l’ordre bourgeois, ces garants de nos institutions, sans qu’ils se posent la question de savoir si ces institutions sont les meilleures qui soient pour le bonheur de tous.
Pardon ?

Ah ! La Ve République, sa constitution, sa police, sa justice, son armée et la manière dont tout cela fonctionne pourraient être différentes.
Eh oui ! Et c’est bien de ça que l’appareil d’État, les fonctionnaires et les nantis, les vrais, ceux qui ne savent pas combien ils ont sur leurs comptes en banque, tremblent et s’oublient dans leurs chausses.

Une autre société est possible. Où les militaires se contenteraient de défendre la France sur son sol, voire l’Europe si nécessité, il y avait.
Tant que nous continuerons à envoyer des soldats défendre les grandes compagnies internationales qui pillent les ressources du sol et du sous-sol en Afrique et ailleurs, qu’on ne soit plus étonnés de devoir accueillir une jeunesse sans avenir chez elle, à laquelle s’ajoutent les conséquences du réchauffement climatique dont les pays riches sont essentiellement responsables.

Mais, qu’on ne compte pas sur moi pour me joindre à cette hypocrisie théâtralisée qui envahira nos écrans pour la cette après-midi et la soirée.
Je vais compter, dans les jours qui suivent, combien d’encre et d’heures d’antenne vont se déverser sur les pompiers qui ont laissé leur vie au cours des dernières inondations.

Ce qui ne m’empêche pas de présenter mes plus sincères condoléances à toutes les familles.

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