Nous sommes tous des assassins !

A la manière de Jacques Prévert, regards sur notre monde qui change si peu.

Nous sommes tous des assassins !

Ah !
Exagération, diront certains.
C’était valable lorsque la peine de mort existait et que la justice était rendue au nom du peuple français par un jury de citoyens tirés au sort.
Il n’y a plus de peine de mort.
La peine de mort est morte
Et Cayatte aussi

Et l’injustice est toujours rendue au nom du peuple.

 

Pendant des mois, des années,
Pour alerter les gens et les gouvernements
les services hospitaliers, les pompiers, les personnels des EHPAD
se sont mis en grève
sont descendus dans les rues
en dénonçant les conditions de travail qui leur étaient imposées
par les « phynanciers » qui les bâillonnaient à coups de « crocs à phynance »
pendant que le pouvoir en place les accueillait à coups de matraque,
de LBD
de grenades lacrymogènes
de désencerclement
Pour les prendre en nasse
Comme des sardines qui finiront
A l’huile et enrichiront d’autres huiles.
Gouvernants assassins !

On n’en peut plus !
On en a marre des couloirs encombrés aux urgences
où l’on est obligé de choisir duquel ou de laquelle
on va s’occuper en priorité
Comme en temps de guerre ou de catastrophe
D’attentat, de séisme, d’inondation, d’éruption volcanique
Et les responsables politiques depuis des années`
Ont eu la même réponse
Pas de fric, pas de dépenses supplémentaires
La santé ça doit rapporter de la tune
Faut supprimer des lits
Début du délit

Faut supprimer des postes
Travailler à flux tendu
Comme à la chaîne dans les usines à totomobiles
Les usines à fabriquer des boites de sardines
Les entrepôts à moitié robotisés
Où les humains obéissent aux machines

Les malades, les éclopés, les vieux, les accidentés
C’est de la matière première à façonner
C’est ça ! Gueulez ce que vous voulez
Le néo-libéralisme ne fait de l’humanitaire que
Si ça rapporte
Si ça peut servir de soupape de sécurité
De bouée de sauvetage pour le saint CAC 40
Santé à deux vitesses
Et même automatique pour les rupins
Fissa au privé
A la clinique d’à côté
Les foreuses du trou de la Sécu
Et belle vie aux spécialistes co-propriétaires de leur outil de travail
Belle bagnole
Belle maison
Belles résidences secondaires
Une à la montagne
L’autre à la mer
Avec vue sur la marina et le yacht

C’était tendu par petit temps normal
Alors avec une claque de gros temps
Une ch’tite épidémie carabinée
Mondialisée
Avec un Coco Rona vicelard comme un repenti mafioso
Un latitante
Capricieux comme une diva
Déconcertant comme une nana
Et osant s’attaquer aux minus comme aux grands de la terre
Il a fallu tailler dans l’urgence
Début du crime

Titanic ou grosse percée de l’adversaire
Le vocabulaire guerrier nous a parlé de front
De première vague d’assaut
De levée en masse
D’unité de la Nation
De rappel des anciens
Et d’appel à la mobilisation des plus jeunes
Tous au créneau crénom de Dieu
Et les femmes et les enfants d’abord
Et gare à la deuxième vague

Et ceux qui ont trinqué
Les vieux, les ancêtres,
Comme d’habitude
comme c’est toujours entendu
Chuchoté, admis, voulu,
Prévu

Crime contre l’humanité chevrotante
Crime contre les grands-pépés en couches culottes
et les grandes-mémés aux seins sur nombril
Juste une anticipation de ce qu’il leur adviendrait
Une suppression de quelques mois
Ou de quelques années
Certains ayant déjà oublié le petit bruit chuintant
Du sable du temps qui nous glisse tous entre les doigts

Responsables ?

Les politiques austéritaires imposées par l’UE
Réclamées par les banques
Encensées par les économistes Chicago’s boys
Valets du capital
Lèche-bottes, lèche-cul des milliardaires,

Et les marionnettes politiques mises sur orbite par les mêmes cumulards, accapareurs, pilleurs de tronc, exploiteurs, esclavagistes, patrons de mes deux, Medefiens dont il faut se méfier, capitalistes insatiables, affairistes, joueurs de bonneteau et de roulette à la bourse cybernétique, Picsou-pro, voleurs patentés, gangsters décorés, mafiosi du Jockey Club, escrocs dans l’immobilier, prêteurs sur gages, gâcheurs de vies, détrousseurs de veuves et d’or foldingue, rats, Harpagon d’Arpajon et locataires de Nanterre, détourneurs du fisc, optimiseurs de déclarations de revenus, bavards fiscalistes, employeurs de turbin à l’ultra noir, caresseurs de dessous de table, pourvoyeurs de rétro-commissions, enrichisseurs de dictateurs, saccageurs forestiers, empoisonneurs des champs, des rivières, de l’air et des océans, milliardaires décerveleurs collectionneurs de presse, meute des chiens de garde du système suicidaire, fustigeurs des pauvres, des petits, des habitués de la soupe popu amère comme chicotin, honte bue, calice puant le pastis frelaté et la fin de mois commençant le quinze, souteneurs de colle-gueurle, violeurs de starlettes

Il n’y a que six pieds sous terre que les premiers seraient les derniers
Belle histoire à agenouiller les imbéciles
Surtout, surtout, surtout
Que tout demeure comme avant

Avant quoi ?

A vent mauvais pour les masses,
à vent debout pour les dix pour cent,
à vent perpétuellement printanier pour le un pour cent des ultra-riches
Ceux qui font la une des magazines de papier glacé comme leur cœur
Ceux qui s’enfilent entre eux
Ceux qui habitent entre eux
Ceux qui vivent entre eux
Ceux qui se gardent jalousement leur paradis
Ceux qui sacrifient volontiers leur vie au-delà de la vie
Ceux qui savent qu’ils seront les derniers
En emménageant dans leur mausolée
Mais qui s’en foutent joyeusement
Dans le grand éclat de rire de
Ceux qui ont réussi
Et qui contiennent et méprisent
Avec leur police
Leur justice
Leurs lois
Ce populo abjecte
Tellement con qu’il en redemande
Qu’il est persuadé, un jour, de s’enrichir en gagnant au Loto
Et qui vote gentiment pour des politiciens corrompus
A leur botte taillée sur mesure

Assassins ! Ils sont tous des assassins.
Ils le savent et ils en jouissent

Le secteur militaro-industriel se porte à merveille
Même les syndicats font tout pour que les emplois des usines de mort soient maintenus
Ingénieurs en téléconnerie si Bébèrt ne tique, fondeurs de tôles blindées, assembleurs de chars, astiqueurs de canons, monteurs de mitrailleuses lourdes et légères, inventeurs de détecteurs en tous genres, créateurs de visionneuses de nuit comme de jour, stickers de drones à engluer n’importe qui, à bombarder n’importe quoi, n’importe où, escorteurs de porte-aéroplanes, mouilleurs de mines, sous-marins furtifs comme les zavions à grand rayon d’action
et la banlieue de la terre toute ensatellisée de machins de surveillance, de déchets qui tournent, qui tournent et qui commencent à se rentrer dedans,
Et l’on en vend à qui a les moyens de se les acheter
Les populations trinqueront
Et alors ?

Pas question qu’elles regimbent
Surveillance totale
Suivi du citoyen par ses achats
En carte bleue comme le ciel encombré
Du pleupleu reconnu facialement
Fiché systématiquement à la banque
A la police,
Au bureau,
A l’atelier,
Dans le métro,
Dans l’auto
Sur le vélo
Big-Brother te regarde « pour ton bien »
Suspects arrêtés sur leur mine
Qui leur explose à la face
De noir
De bronzé
de jaune
de mal blanchi
Leurs fringues,
Leur parler
Leur démarche

Suspects, suspects,
Nous sommes tous des assassins en puissance
Tous contaminés
cons et minables
Tous dangereux pour les autres et nous-mêmes
Tous devons être dressés et
Dresser les autres

Obéir, obéir, obéir
A genoux
Ah « Je » et « Nous »

Je préfère le « Nous » des hommes libres et responsables
Des assoiffés de liberté grande
Des errants amateurs de grand large
Des parcoureurs d’espaces
Mais aussi ces promeneurs des rues
Rêveurs au milieu du trafic
Contemplateurs des terrasses de café
Ces adultes buissonniers cultivant leur part d’enfance

Ah ! La belle époque que nous vivons !
C’est le temps des assassins
Et plus à la petite semaine
Pas de l’artisan londonien comme Jack l’Éventreur
Non, non, du pro du laser télécommandé
Avec en réserve, en attente, du nucléaire à faire péter le satellite
Pour peu qu’un des chefs d’état ait un pet de travers
Un lendemain de cuite mal alkaselzérisé
Une envie de marquer l’histoire
Ou une susceptibilité, un agacement d’un autre chef d’état
Mal compris, mal vu, mal en point, mal fringué, mal voyant, mal entendant, mal appris, mal tourné

Les espèces animales disparaissent tous les jours
Les humains en sont une
Pourquoi ne disparaîtrait-elle pas aussi
Victime de son incommensurable connerie de croissance infinie ?

Même les verts tirent vers le bleu diesel piqueté
de particules plus fines que celles des aristos
quand il s’agit de partir en vacances
C’est dire

Décidément nous sommes bien tous des assassins.

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