LE PAYS DONT LE PRINCE EST UN ENFANT (Conte courant)

En cadeau d'étrennes recevez ce petit conte malicieux dans la grande tradition rabelaisienne et jarryenne avec mes meilleurs vœux.

 

« Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes ont mangé dès le matin »

« L’Ecclésiaste »

 

Il était une fois un pays qui s’appelait la Frangaule.

C’était un vieux pays dont les habitants, les frangaulois, venaient d’un peu partout de sur la petite planète bleue qui tournait autour d’un petit soleil, quelque part dans l’univers.
Tous, sans exception, avaient de lointains ancêtres qui étaient venus, à cheval, à pieds, à genoux, en chariot, en camion, en bateaux à voile, à rames, à vapeur, et même les derniers, en aéroplane et en dinghy.

C’est pourquoi, les frangaulois possédaient toutes les couleurs de peau existant sur cette planète. Mais dès qu’ils se lutinaient, copulaient, s’emmêlaient, les orifices et les braquemards faisaient leur office. Ils pouvaient donner naissance à des enfants, eux aussi de toutes les couleurs, et les barbiers, les charcutiers, les chirurgiens, les réparateurs d’os brisés, les plombiers de la tripaille, les analyseurs de cervelle et d’inconscient, n’avaient aucun problème pour s’y retrouver de sous leurs peaux rosée, hâlée, brunie, café au lait, café au lit, noir clair, noir d’ébène, jaune pâle, jaune brun, rougeâtre, poilue, velue, imberbe, grise-mine, saumonée et j’en passe. Ils étaient tous, mais alors tous, absolument pareils et interchangeables.
Il fallait salement se remuer les méninges et avoir fait de sacrées longues études pour distinguer qui était de quelle couleur de peau quand on triait les charniers où là, paradoxalement ils étaient tous blanc sale.

Car cette espèce animale, qui s’appelait les « zumains », était une des rares à s’entretuer joyeusement pour des prétextes à la mords-moi le nœud papillon.

Il est vrai que ces zumains, n’y allaient pas non plus avec le dos de la cuiller quant aux autres espèces animales qu’elles éliminaient, bouffaient, mangeaient, mastiquaient, ingurgitaient parfois vivantes, transformaient, picousaient, élevaient dans des camps de concentration, et abattaient pour en faire des steks, des bouillons, des ragoûts, des bourgeois avec chise ou sans, de la chair à saucisse, du boudin, de la tripe de Caen ou de Bastia, du couscous royal à la chérifienne, du trou d’os de veau, des chapons, des poulets qu’ils grillaient, étuvaient, marinaient du moment que toute cette mangeaille accompagnée de légumineuses leur fasse péter la sous-ventrière, leur fasse graisse bien protectrice contre le froid, leur fasse silhouette de barrique à pattes, les fasse péter et roter à gaz que veux-tu et ainsi, comme tous les autres animaux, polluer l’atmosphère de leur planète.

Comble de la stupidité d’une partie de cette espèce animale, il y avait certains, plus pâlots, plus blondins, plus diminués du bulbe qui, sans se rendre compte qu’ils reprochaient aux autres qui n’étaient pas comme eux de n’avoir pas su choisir leurs parents, s’étaient déclarés supérieurs aux autres s’ils n’étaient pas aussi palotins qu’eux.

Même qu’ils parlaient de race blanche, ignorant que le blanc n’est pas une couleur ce qui aurait dû éveiller les soupçons. Mais, les minus, quand on leur dit qu’ils sont supérieurs aux autres, n’en peuvent mais. Ils se gonflent de leur sottise, enflent, montent sur leurs talonnettes, et pour les plus cossus, sur leurs grands chevaux.

Ces empêcheurs de vivre ensemble avaient défini des absurdités comme quoi l’enveloppe était supérieure au contenu, la couleur de la peau l’emportant sur la qualité du cerveau, comme si le paquet cadeau avait plus de valeur que le bijou qu’il enveloppe.

« Les blancs sont les plus intelligents, les plus civilisés, les plus gentils, donc supérieurs à tous les sangs mêlés, les moricauds, les nakoués, les chinetoks, les bronzés, les métis, les peaux rouges et je t’en passe. Na ! »

Ils ne se rendaient même pas compte qu’ils avaient à leur actif, en tant que prétendus blancs plus ou moins rosés voire blancs sales : deux tueries mondiales, la mise en esclavage de populations entières, l’extinction de quelques civilisations, l’industrialisation de la mort avec des camps d’extermination pour races prétendues inférieures, l’utilisation de l’atome à des fins militaires et civiles, la division du satellite en zones plus ou moins fermées par des frontières, l’épuisement des soutes de leur satellite par sur-exploitation des ressources du sol et du sous-sol, la pollution généralisée de l’air et des océans, tout cela par l’avidité suicidaire d’une minorité de riches et de super-riches complètement boulimiques de croissance infinie dans un monde fini.

Il faut reconnaître qu’ils possédaient vraiment une supériorité absolue dans le domaine de l’absurde et de la connerie pour ne pas dire bêtise.
Elle conduisait directement à la disparition prématurée de tous les zumains. Mais ceux qui tiraient les ficelles, les hyper-riches, préféraient cela à une diminution de la valeur de leur fortune.
Qu’est-ce qu’ils en avaient à foutre de leurs enfants, petits-enfants, arrière-arrière-salopiots, tous des petits connards qui dilapideraient la fortune durement acquise sur des millions de pauvres par leurs valeureux ancêtres ?

 

Or, en Frangaule, régnaient des rois élus par les frangaulois après des mois voire des années de campagne, où les candidats à la royauté s’écornaient en ch’tites phrases ironiques, le tout, repris par les médiaphonies à encre et à ondes, toutes ou presque entre les mains des princes de la tune qui faisaient la pluie et le beau temps dans la gouvernance de presque tous les pays dits démokratiks de la planète.

La démokracie consistait à permettre aux esclaves de se donner des maîtres quasiment en toute liberté comme l’écrivaient les folliculaires appointés des médiaphonies appartenant aux états et aux plus rupins milliardaires accapareurs exploiteurs cannibales.
Il y avait de quoi se donner des crampes aux zygomatiques, et des hoquets à grelots devant cette jean-foutrie astucieuse.

Bien entendu, le haut pignon public était dirigé de main de maître et les zigotos poussés vers les urnes comme des moutons vers l’abattoir allaient placer le nom de leur futur roi en croyant ce que l’impétrant leur avait carabousté dans la cervelle ou ce qu’il en restait, en jouant sur leurs désirs, leurs peurs et leurs affects.

La campagne électorale, c’était des promesses que les prometteurs savaient bien qu’ils ne tiendraient pas. Tous caressaient les votants éventuels dans le sens du poil à gratter, à chatouiller les burnes, à illustrer les aisselles et à foisonner les puvis, non seulement de Chabannes mais aussi d’ailleurs.

Les uns étaient conservateurs, pleurnichouilleurs d’un passé merveilleux et très à cheval sur la possibilité donnée à chacun de devenir milliardaire, comme si c’était possible, 7 milliards de milliardaires ! Les autres étaient pour le progrès infini, la liberté de penser, et la solidarité de tous pour un, et d’un pour tous.
Les premiers étaient de droite, les autres de gauche.
D’aucuns se démarquaient en se disant les plus forts, les plus supérieurs, les plus partisans d’une dictature policière, les autres promettaient des renversements de table, l’amour entre tous les humbles et aux chiottes les aristos de la phynance et de la banque ! Ils constituaient l’extrême-droite et l’extrême gauche.

Enfin, certains candidats, possédaient un fondement suffisant pour être assis le cul entre deux fauteuils Voltaire, penchant tantôt sur leur fesse droite, tantôt sur leur fesse gauche, et les mains jointes devant le Saigneur, leur Dieu, une entité imaginaire éternelle, omnisciente, omniprésente, omnipotente. Ils constituaient l’extrême centre.

Avant, dans les temps anciens, les rois appartenaient à des familles et se refilaient la cornegidouille royale de père en fils jusqu’à ce que le peuple, excité par la bourgeoisie qui ne supportait plus les privilèges des nobles et du clergé, coupât la tête du dernier des Bourbon, un certain citoyen Capet que l’on étêta sur la place de la Concorde. Bon ! elle ne s’appelait pas encore comme ça à l’époque, mais le nom fut choisi pour tenter d’effacer les traces de raisiné royal qui s’était infiltré entre les pavés.

Ayant pris la place des aristos, les bourges de Frangaule et de Navarrice, s’approprièrent de nouveaux privilèges en essayant de convaincre la valetaille que ça n’avait rien à voir avec ce qu’ils avaient connu. Vive la République, vive la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

Et petit à petit, s’inventa le système merveilleux de la démokracie bourgeoise.

Avec le temps, on s’aperçut que, à l’exception des extrêmes qui faisaient peur à presque tout le monde, que l’on vote pour un roi de droite, de gauche ou du centre, on avait toujours la même politique d’enrichissement des riches au détriment des pauvres, avec partage des miettes envers une catégorie de pleupleus, serviteurs zélés des rupins qui constituaient une mideulclasse, ronchonnant contre ceux-là mêmes qui les plaçaient au-dessus de la populace, mais toujours prêts à les défendre.

On les laissait renauder. S’ils allaient trop loin, un coup de cornegidouille et pan, on les placardisait, on leur coupait les primes vertes, on les rapetissait vers la canaille précarisée, ne sachant jamais ce qu’elle allait devenir dans le futur. Cela, c’était le pied. « Diviser pour régner ».

Dans le monde merveilleux de cette planète, la majorité de la population ne connaissait que la concurrence de tous CONTRE tous, l’avenir TOUJOURS menacé, ce qui amenait inéluctablement à la soumission devant le bon plaisir de ceux qui possédaient la tune, le pouvoir politique, l’armée, la police, et la justice.

**************

Et c’est ainsi, braves gens, qu’un jour, un jeune et fringant jeune homme, beau comme tout prince doit l’être, pas grand, mais jouant admirablement les « grands » car il avait appris l’art du spectacle vivant, fut choisi par les phynanciers où il avait servi avec déférence et stricte obéissance.

Il s’appelait Manu Maton, fleuretait avec la quarantaine et couchait avec la soixantaine.
Il avait épousé sa maîtresse d’école, l’amour aveuglant ceux qu’Eros touche de sa flèche.
Ils vivaient heureux, mais leur condition de haut du panier de la mideulclasse ne leur suffisait pas. Ils voulaient le sommet ! Le trône suprême, celui où l’on croit que l’on commande à tous.

Il avait été ministricule du dernier roi élu, qui se comporta à son égard en père spirituel, en conseiller avisé, en mentor amusé et amusant car, toujours facétieux en son privé, se moquant de tous et de lui-même. « Pouffe, pouffe, pouffe, pensait Manu Maton le sourire avenant, je vais t’en coller une à la fin de ton mandat qui ne se renouvèlera pas, crois-moi ! »

Le jeune coq avait été approché par les détenteurs de la tune qui voyaient en lui, un futur roi qu’ils sauraient tenir à bride courte.

Par ailleurs, les States, autrement appelée l’Amerloquie, qui régnaient sur une grande partie de la planète puisque possédant la plus grande armée du monde et infligeant à tous son « amerlocaine way of laife » se donnait un empereur orange, milliardaire par héritage, capricieux, comme le sont tous les enfants, mauvais joueur, raciste bon teint, défenseur du colt et du Jolibouc, avec toute une partie des pleupleus amerlocains bien décervelés par les médiaphonies et surtout les religions adoratrices de Jawoué et branchés sur une lecture primate du Jolibouc, un bouquin à ne surtout pas mettre entre toutes les mains.

Il s’appelait Mickey Pump. Son cri de guerre était « Amerloquie d’abord ! Les autres qu’ils se démerdent ! » Et, de jour en jour, on le vit renier les accords passés par ses prédécesseurs, conchier les quelques valeurs qui restaient aux Etatsdésunis qui constituaient l’Amerloquie, encourager Adolf Mets-ta-main-ou, le premier ministre de Hisse-rael-et-tu-verras-Montmartre, réduisant les Pâles-estiniens au statut de sous-hommes.

Manu Maton avait fait allégeance aux Unstates en adhérant à un club des Amis de l’Amerloquie, et comme il avait la confiance des tunistes, il n’eut aucun mal à réunir les sommes nécessaires aux mitinges à l’amerlocaine avec drapeaux, ticheurtes, casquettes, petit livre à décerveler, chœur des vierges, pompom gueurles et autres interviouves dans les médiaphonies, privées comme publiques.
Rien de tel que des chaînes télévisées pour enchaîner les pleupleus, les ploucs, les cons pas si toyens que cela, et surtout, tous unanimement considérés comme des cons sommateurs somatisés.

« Votez pour moi, je suis le meilleur ! Avec mézigue, ce sera le changement à toute berzingue ! On va se mettre tous en marche vers un avenir merveilleux ! Rejoignez vite, au trot, au galop, la République en Course ! »

La mode était au jogging pour la mideulclasse, la génération de vieillards était celle du jeunisme de la fin des années soixante. Un jeune roi pétant le feu, c’était du gâteau aux amphèt’.
Les autres prétendants au trône, furent roulés dans la farine et comme la règle du jeu de cons le prescrivait, quelle ne fut pas la surprise de voir arriver pour le second tour de chauffe, Manu Maton à ma droite, et en face, Ririne Lapeine pour l’extrême droite.

Ririne Lapeine était la fille d’un ancien puté des petits commerçants en colère et des rapatriés de Berbèrie cocufiés par un roi général. Il avait surfé sur les haineux, survivants du marché noir, maurrassiens, pétainistes, anti-gaullistes, kollabos, partisans de la « Berbérie Françoise", racistes anti-berbères, paras d’Indochine, de Corée et de Berbérie où lui-même avait pratiqué l’art de faire parler les hommes et les femmes selon les méthodes gestapistes avec électricité à manivelle.

Il avait fondé sa petite entreprise politique à laquelle il avait donné le titre de Front Haineux, le fameux FH qui faisait peur à tout le monde, mais qui avait l’avantage de diviser la droite au profit de la gauche. C’était rudement pratique, et le vieux Mythe-errant y avait fait son miel, avec ce slogan bien connu : « Front Haine je ne boirais pas de ton eau. »

Or, une fois de plus, mais c’était bien voulu, bien fait, même si ça faisait un peu déjà vu : Ririne Lapeine se retrouvait face au candidat de La République en Course qui n’avait récolté que 24% des suffrages exprimés au premier tour de chauffe, avec une abstention qui ne cessait d’augmenter, ce qui prouvait que les frangaulois commençaient sérieusement à en avoir marre d’être pris pour des billes.
Pouce ! On ne joue plus !

Cela sentait la demande de grands changements. Et cela alertait quant à l’extrême méfiance à l’égard du fringant contre la fille à papa, héritière de l’entreprise « Lapeine & filles ».

Car, en réalité, l’entreprise n’avait nullement les moyens de diriger la Frangaule qu’elle aurait sabordée comme jadis la marine pétainiste à Toulon qui refusa de servir la Frangaule Libre aux côtés des rosbifs et des amerlocains.
Seul comptait combien de tune elle pouvait engranger pour la famille.
Même les putés qu’elle présentait devaient rembourser leurs dépenses et emprunts largement distribués par papounet JiM Lapeine, qui lui-même empruntait à des taux inférieurs à ceux qu’il exigeait de ses futurs zélus.
Comme exploiteurs du populo, cette famille au sens mafia, était imbattable.
Très à l'aise dans le système qu’elle dénonçait en se pinçant pour ne pas trop rire de ce qu’elle discourait et assez persuasive pour convaincre les gogos de voter pour eux, le père comme la fille avec une petite-fille en embuscade pour les décennies à venir, l’entreprise vivotait tout en empruntant, les coûts de pub en vue des élections devenant de plus en plus élevés.

Comme prévu, au deuxième round, le gandin de la phynance remporta la cornegidouille royale les doigts dans le nez, et le vote des putés qui s’en suivit confirma l’implosion des partis tradi., et la mise au bercail national d’un peloton de coureurs.
En bons lévriers, ils obéissaient au doigt et à l’œil à leur gourou de la tune, qui, en bon petit garçon bien élevé, renvoya illico l’ascenseur à ceusses qui avaient financé sa campagne en supprimant des impôts sur leur fortune, en phynançant gratos les entreprises qui avaient vaguement promis d’embaucher des salariés. Il y eut bien quelques postes de créer, mais la plupart de la tune de l’État passa dans la poche des actionnaires.

Manuel Maton nomma un grand échalas pince sans rire, barbu bicolore, l’œil malin, boxeur pour la mise en forme, lui aussi adoubé par l’Empire Ricain, disciple d’un fusible de Chichiraquette ancien roi de Frangaule, appelé Jupon, et maire de Bordeaux la négrière.
Premier ministre du royaume, actif, souriant sans morgue, attentif aux humbles tout en pensant : « Cause toujours, tu m’intéresses ! », il était trois pas en arrière de sa Majesté dans les cérémonies officielles, et son ombre protégeait le roi de toute insolation, mais du coup le plaçait dans un état peu compatible à cette grandeur à laquelle l’enfant d’Amiens aspirait.

Le couple tint quelques mois où la Frangaule connut une série de catastrophes plus ou moins importantes.

La feuille de route attribuée par les parrains était simple : sous couvert de modernisation, ratiboiser tout ce qu’il restait encore de ce que le CNR avait mis en place. Privatisation à gogo. Mise au pas des syndicats de prolos ou ce qu’il en restait. Défense inconditionnelle des privilégiés de la fortune. Chasse modérée aux évasions fiscales plus souvent appelées optimisations fiscales et donc très légales. Suppression progressive des libertés fondamentales des citoyens, aidés en cela par la minorité de fous d’Allahsoupe, archi-haineux contre l’Oc-sixdents, et qui perpétuaient des attentats au couteau à pain, à la machette, au cure-dents, à la Kalach, à la voiture-bélier, à l’explosif, au cri de Allahbarre-toi !, ce qui choquait tout le monde, y compris les adorateurs d’Allahsoupe, dont la majorité était tout à fait pas pire que les adorateurs de Yawouéadonouille, ou de Jésucriedansledésert.

Ajoutant à cela la volonté de foutre en l’air le statut des cheminots de la Société des Trains Obligatoires pour Paris, la STOP, d’où grèves à répétitions, et bientôt une augmentation de l’huile à faire chauffer les moteurs et polluer l’atmosphère mit le feu au cul du populo qui descendit dans la rue, s’empara des ronds-points tous habillés du gilet jaune obligatoire pour tout tuturiste ou conducteur de véhicule à moteur.

Au lieu de comprendre le pourquoi du comment de la rogne populaire, niant le préambule de la Constitution en cours qui donne la « souveraineté au peuple français », le roi persuadé de sa souveraineté propre, son gouvernement, sa cour, firent appel à la police, à la gendarmerie aux Compagnies Royales d’Insécurité, les CRI qui matraquèrent, gazèrent, éborgnèrent, tuèrent, tranchèrent des mains, brisèrent des genoux après qu’ils eurent reçu quelques objets contondants, quelques cocktails molotovés, quelques jets de peinture, et quelques quolibets leur rappelant qu’il serait temps qu’ils se souviennent d’où ils venaient.

En fond de raillerie, il y avait eu l’affaire Trallala où l’on avait repéré un petit ouistiti gorille de sa majesté qui avait usurpé le statut de flicaillon et tapé comme un malade sur un couple innocent.

En même temps que les emmerdes sociales s’accumulaient tout à fait normalement à cause de la politique menée par le roi qui poursuivait ce qu’avaient osé ses prédécesseurs depuis des décennies, et malgré les promesses solennelles prises par les pays de freiner les pollutions en tous genres, le dérèglement climatique apportait son lot de tempêtes, d’ouragans, que ce soit en Frangaule ou dans ses îles d’Outre-Atlantique. Inondations, toits envoyés dans les champs, arbres écrasant les bagnoles, poteaux électriques à terre, des milliers de foyers condamnés au noir, des inondations par-ci, des incendies par-là. Les canicules se suivaient d’été en été, mais, pas question de prendre de fortes décisions !
Produire plus, toujours plus, pour que les actionnaires aient du rapport à deux chiffres. Tant et si bien que le Ministricule de l’Ecologie, un certain Hulotte, ex-reporteur globe-trotteur à Longchamps et un peu partout dans le monde, grand consommateur de milles en aéroplane, d’heures d’hélicoptère, mais converti au vert, jeta l’éponge et se cassa en disant « Merde ! Ils me prennent vraiment pour un c… ! »
On apprit quelques semaines plus tard que la Frangaule était bien lanterne rouge en matière de lutte contre le réchauffement climatique, et l’Heurehoplaboum dénonça les excès liberticides de la Frangaule dans son maintient de l’ordre bourgeois.

Le petit Manu Maton faisait taper sur le populo des ronds-points, sur les manifestants du samedi, sur les fous d’Allahsoupe qui sévissaient dans les pays Dafric où ils martyrisaient les populations.
Le Malivoire était une zone d’entraînement en réel pour nos soldats qui se faisaient aider par quelques armées amies et les satellites de surveillance des amerlocains.
Les fous d’Allahsoupe voulaient s’imposer sur cette partie Dafric pour justement se faire du fric, s’emparer des ressources minières dont la Frangaule avait un besoin vital et réduire les femmes en plus esclaves qu’elles étaient déjà.
Au nom d’Allahsoupe et de son porfête, qu’Allahsoupe le garde en sa cuiller, ils martyrisaient les humains qu’ils rencontraient, les violaient, les pillaient et les volaient. C’était toute racaille camouflée dans les versets d’Alcoran, et les trafics de drogue, d’armes et d’esclaves. Pour un peu, ils se seraient faits passer pour des libérateurs, mais personne ne les croyait.

Bien entendu, vue l’étendue du Malivoire et des pays voisins, déserts arides et pampas des turbans, nos mercenaires appointés tournaient en rond, faisaient ce qu’ils pouvaient, se payaient un petit assassinat de chef de gang de temps à autre à l’aide de drones, et perdaient des gars qui avaient droit à une médaille, à la reconnaissance nationale et à de très beaux discours du roi, avec belle cérémonie télévisée, où Manu Maton, seul devant les catafalques, se tenait raide comme une rame à haricots, les mains collés au corps, la tête droite et le regard perdu de reconnaissance.
Il y avait des ch’tits poutous aux veuves et aux enfants orphelins à cause de la politique gallafricaine perpétuée depuis les indépendances. La Nation coupable s’inclinait sur les défenseurs du CAC 40 tombés au champs d’horreur. Fermez le ban !

Parfois, Superphiphi, le grand vizir accompagnait sa Majesté, toujours en lui apportant son ombre.

L’année 2019 se termina par l’arrivée d’une grippe nouvelle, comme d’hab’ en cette saison.
En Italie, dans la région de Bergame, gare d’arrivée d’une des routes de la soie de Chinie, les grippés commencèrent à tomber comme des mouches. On fut contraint d’isoler, de fermer, d’arrêter de vivre comme d’hab’ Les hôpitaux étaient débordés. Même les personnels médicaux étaient contaminés.
Un nouveau virus s’abattit sur le monde, qu’on baptisa vite le Connardvirus, qui se foutait pas mal de l’appartenance sociale de ceux qu’il investissait, ne faisant aucune différence entre un manant et un prince de ce monde.

On s’aperçut assez vite que les pays les plus riches, les plus ouverts, les plus développés en prenaient plein les bronches. Et le Connardvirus servit de révélateur quant à la réalité du système mondial dans lequel vivaient les zumains.

Ainsi, les réserves de masques nécessaires pour se protéger les uns les autres étaient au plus bas et non disponibles pour les frangaulois. En conséquence, les plus hautes autorités sanitaires annoncèrent qu’ils étaient non seulement inutiles (sic) mais même dangereux (resic).

Faire comme les italiens, tout boucler, comme l’avaient fait les chintoks ? Pas question. Puis, après prise de conscience que dans les colonies des ultimes vacances des viocs, ça tombait comme à Gravelotte dont on allait fêter le 150e anniversaire, que les hôpitaux de Frangaulle que l’on avait allégés de milliers de lits, les espères désespérant, conseillèrent le gel de la vie ordinaire : confinement général.

Notre bien haïe majesté, démarra en chef de guerre avec des accents churchilliens, des coups de menton à la Clément-sot, et des accents gaulliens, oubliant que quelques semaines avant, il avait fait donner ses centurions contre les personnels hospitaliers qui dénonçaient les coupes budgétaires qui les empêchaient de soigner correctement les malades ordinaires.

Le premier confinement freina mais de guérit point. Les travailleurs purent retourner au boulot, sachant que des milliers d’indispensables smicards et de précaires avaient continué de nettoyer nos villes, d’assumer la nourriture, de faire les ménages dans les bureaux déserts ou presque, et de nous fournir en gaz et électricité. Ecoles, collèges, lycées, universités fermés. Petits commerces fermés. Et, comble de la trouille au plus haut sommet, fermeture des plages, des bois et des jardins publics.

Dans le même temps, les transports en commun demeuraient ouverts, les grandes et moyennes surfaces aussi.

Et c’est là, après l’été caniculaire comme de coutume à c’t’heure, qu’avec l’arrivée d’une deuxième vague épidémique, on comprit, ou plutôt on eut la confirmation extraordinaire des rapports qui existaient entre sa majesté Manu Maton et son peuple.

Alors qu’il faisait le matador, son échalas bicolore, lui, faisait son modeste, avouant qu’il était dépendant des personnalités scientifiques qui, elles-mêmes n’en savaient guère plus et s’embrouillaient grave avec en toile de fond les intérêts des labos qui s’en mettaient plein les fouilles.
Du coup, la cote de popularité du Maton s’inclinait vers les abysses tandis que celle de son vizir montait, montait… En juillet, dehors le faiseur d’ombre ! Il le remplaça par un extrême centriste, sans grand charisme, qui hérita de la merdouille dans laquelle était plongée la Frangaule et même la planète entière.
Ce Jeannot Cassetête ne risquait pas de briser les rayons du roi.
Il faisait ce que le château lui demandait qu’il fît, dût-il être la risée des putés de l’opposition.

Or, révélation des révélations, il appert que sa Majesté Maton possède une profonde haine à l’égard de son peuple, en dépit de ses discours sirupeux.

En effet, alors que ce deuxième confinement ne fut que rigolade par rapport au premier, il prit le parti des actionnaires, du patronat, du CAC 40, de la banque et des profiteurs.

D’abord, on ne ferma pas les écoles, les collèges et on entrouvrit les lycées afin que les parents puissent travailler à la fois en présentiel et en télétravail en toute tranquillité quand ils le pouvaient. Ensuite, les métros connurent à nouveau des entassements quotidiens qui furent déclarés « non nocifs ». Métro-boulot, dodo. Telle fut la trilogie implacable imposée aux frangaulois. Non mais !

En dépit de leurs espoirs, des milliers de petits commerces, les restaurants, les bars, les musées, les cinémas, les théâtres, les boites de nuit, les salles de sport, les stades, tout ce qui apporte du bonheur et une raison de vivre aux gens furent interdits en dépit de leurs efforts pour survivre tout en respectant les gestes barrière.

Travailler, bosser, créer de la valeur, oui !
Se distraire, s’entretenir, rire, se rencontrer, s’aimer, se marrer, s’émouvoir, non !

Telle est la conception de la vie par le roi de Frangaule et sa bande de coureurs de fonds, de pension.

On me dira que ce n’est guère mieux ailleurs et que même Mamie Bretzel la cheftaine de la Germanie n’est pas loin d’en faire autant. Sauf qu’en Germanie ce sont les régions qui décident vraiment de ce qu’il faut faire.

Au printemps, on avait interdit les plages. En hiver, on ferma les remonte-pentes, les tire-fesses et autres monte-couillons. Pas question de jouir de la vie au plein air !

Et, pour être cohérent avec les accents guerriers de mars, couvre-feu obligatoire.
Noël, en ce beau pays laïc, fut exempté de couvre-feu. Mais à la St Stallone, au pieu, à la niche ! Pas plus de six, vivement recommandé, soit, avec beuverie jusqu’à 6 plombes du mat’ pour revenir chez soi cuver et se préparer à cette belle année 2021 qui sera peut-être encore pire que la précédente. Qui sait ?

Mais un bon conte se doit d’avoir une note optimiste, se doit de se terminer par la joie et la bonne humeur.
Les rois, en Frangaule, ne font que passer. Les frangaulois restent. A eux de prendre leurs affaires en mains et de construire le nouveau monde.

Bien fol serait celui qui voudrait revenir au monde d’avant le Connardvirus.

Vive la Vie car comme l’a si bien filmé, il grandissimo signor Benigni : La vità è bella !

04/01/2021 Gérard Planterose
alias Max Angel

 

 

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