Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus (suite)

Max Angel poursuit son "Journal" à la petite semaine... Et même Edwy Plenel s'aperçut que son Macron ne valait pas tripette et constituait un danger peut-être pire que la sabordeuse nationaliste en chef, la Marine Le Pen de l'entreprise Le Pen & Filles.

47e jour de confinement
Vendredi 1er mai

Pas d’article à poster.

Journée maussade comme un jour de confinement. Averses. Je sème quelques graines de capucines. Une balade à pied dans Saint Léger.

La densification horizontale de cet ancien village que j’ai connu avec quelques usines et des maraîchers en fait l’une des communes dortoirs de Rouen. Desservie par le bus, à 15 minutes du centre ancien à vélo, elle débouche sur l’entreprise la plus importante de l’agglomération : le CHU de Rouen.
Pas étonnant que chez nos nouveaux voisins, la femme soit infirmière. Beaucoup d’infirmiers, d’infirmières et de personnel d’entretien.

Les médecins restent en ville, les mandarins et les « clinicards » habitent le plateau nord, Boisguillaume, ou Saint Martin du Vivier (haut) voire Bihorel dans le Parc du Chapitre, une réserve naturelle de la bourgeoisie composée de maisons grandes comme des demi-manoirs genre fausse chaumière à toiture de chaume au milieu de vastes parcelles en mini-parcs, certaines avec petit bois privé.
On n’est pas dans un quartier privé sous haute surveillance à la brésilienne avec poste de police privée où l’on doit s’arrêter et où le gardien appelle le proprio pour l’avertir que Mamie arrive ou comme à Val de Reuil où il faut montrer patte blanche à l’entrée du golf qui a été cerné de fausses chaumières revues et corrigées par les magazines de décoration. Mais c’est tout comme.

Il y a de la caméra cachée dans les feuillages et les chaumines sont bardées d’anti-vol comme des bicyclettes électriques de luxe.

A St Léger, c’est modeste. J’avais pris soin, quand j’étais adjoint à l’urbanisme de mixer au maximum afin de conserver une population de locataires et d’accédants à la propriété. Mes successeurs ont continué.

Les usines s’en sont allées, il ne reste qu’un petit exploitant agricole maraîcher et un producteur de fleurs. Mais, ce prolongement de la ville, en fond de vallée et sur une collines situe dans un écrin de verdure couronné de bois. Ce qui fait son charme de ville à la campagne.

48e jour de confinement
Samedi 2 mai

Anniversaire

Il y a 77 ans une jeune femme de 21 ans, épuisée, venait de mettre au monde son premier enfant. Elle avait subi le châtiment du « Bon » Dieu en souffrant les mille trois cent cinquante et une douleurs de l’enfantement.
C’était son premier. On lui avait mis au sein le nouveau né et le goulu avait tiré dessus comme un affamé, en la blessant.
Elle-même, en ces temps de restrictions alimentaires elle avait maigri, et elle n’en pouvait plus. Le salopiot vagissait. Il ne tirait pas grand chose du sein meurtri qui allait s’envenimer et ce sera une voisine, qui en avait pondu un quelques mois auparavant qui me sauvera en partageant le lait qu’elle avait en abondance.

J’ai donc un frère de lait quelque part dans le coin, à moins qu’il ne soit mort et enterré.

Ça a été l’habituel festival des coups de fil, de mes enfants, de mes petits-enfants, de mes amis, avec en final une Visio-conférence via Zoom, où la famille était réunie, sans Dante… qui m’avait appelé le matin.

J’ai eu droit à des cadeaux : une bouteille de Barbera, une pot de Bruschietta et des petits bâtonnets italiens par Loulou et Fabrice ; une bouteille de single malt de la part d’Elsa et Andreas, et les cinq petits enfants se sont cotisés pour m’acheter des livres : le dernier Pennac, « La loi du rêveur », Sylvain Tesson «  La panthère des neiges » et « 1,2,3, bonheur » quelques extraits d’auteurs parlant du bonheur. Plus, made in France by Alice, une huile pour la barbe.

Complètement gâté le GG avant de devenir gâteux.

Beaucoup d’amour là-dedans. C’est cela le plus important. Et Reine a quasiment fini le pull de confinement qu’elle a tricoté depuis quinze jours à trois semaines.

Le beau temps est revenu : balade d’une heure dans le bois de Bonsecours. Bonheur absolu. Fuck le Virus !

 La démocrature

Après un Conseil des Ministres extraordinaire, prolongation de l’état d’exception sanitaire jusqu’au 24 juillet.

Techniquement pas prête, l’application sur smartphone de dénonciation de covidé en sursis n’aura pas lieu. Mais, les citoyens vont être tracés par les services de santé, poursuivis par les forces de l’ordre renforcées, et l’on fichera à tout va, l’enrhumé, le covidé, sa famille, ses amis, ses collègues.

Magasins ouverts mais à condition d’appliquer des règles strictes soit à la discrétion des kapos. On peut s’attendre, dans le cadre de la concurrence générale et faussée que le boucher ou le marchand de chaussures concurrent soit dénoncé auprès des forces de coercition. La délation va y aller son train express.

Les plages demeurent interdites, comme les balades en montagne. Manquerait plus qu’il y en ait qui se dorent la couenne ou se dégourdissent les gambettes, pendant que le gouvernement de criminels harmonise les privations de libertés « pour not’bien ».

C’est le même argument, ou plutôt le même schéma de pensée qui a animé la dictature du prolétariat, le fascisme mussolinien et le nazisme hitlérien.
C’était « pour le bien du peuple » qu’il fallait l’enrégimenter, le faire défiler au pas, supprimer les syndicats, et organiser sa vie de la naissance au tombeau. Soit, le totalitarisme.

Manu le Picard, et son compère Phiphi du Havre veulent congeler les français. Vive le SARS-CoV-2 ! Plus une seule manif de Gilets Jaunes depuis des mois.

Réussir un maintien à domicile de toute une population avec surveillance renforcée, mise au pas de toute la population, le MEDEF l’a rêvé, les macronards aidés par un virus l’ont fait.

« Oui ! Et alors ? Qu’est-ce que vous auriez fait vous ? Hein ! »

« Eh bien au lieu d’envoyer les CRS et la gendarmerie casser de l’infirmière, du toubib, du personnel d’EHPAD, du pompier, j’aurais écouté et donné les moyens à ces services mis en miettes par trente ans de politique austéritaire. Je ne me serais pas comporter en comptable froid, tenu par les c… bien serrées selon les diktats de l’UE.
Du coup, si j’avais mis aussi en place une période de confinement, je l’aurais accompagnée d’une mise en responsabilité des citoyens.
Je me serais adressé à eux comme à des adultes.

Je n’aurais pas laissé partir à vau-l’eau les réserves de masques qui auraient été disponibles dès l’arrivée de l’épidémie. Donc, cette autre politique n’aurait pas fait de moi un double criminel : criminel pour les morts prématurés touchés par le Corona, criminel pour les restrictions durables des libertés. »

Les épidémies montent en puissance, atteignent un sommet, puis redescendent. Toutes. C’est ce que nous apprend l’Histoire. Même quand la médecine était encore celle de Gallien et que les Diafoirus en étaient à la saignée, aux humeurs, aux tendances sèches et humides, et ignoraient qu’il y eût des microbes, des bactéries et des virus.

Par conséquent, les mesures disciplinaires mises en place, relèvent plus de la politique que de la thérapie.

Il apparaît que ce nouveau virus se montre facétieux, coquin, versatile, avec un comportement difficilement saisissable. Les chercheurs ont du mal à le cerner. Il attaque les poumons, mais pas seulement, il s’en prend aux intestins, et il encombrerait la tuyauterie sanguine qu’il ne faudrait pas être étonné.

On constate une recrudescence de gamins qui développeraient la maladie de Kawasaki, dont ils guérissent et qui montrent qu’ils ont lutté contre une agression virale sans pour autant qu’ils soient détectés porteurs du Corona-Virus, mais peut-être que si quand même sans qu’on sache vraiment comment ni pourquoi.

En Afrique, où l’on s’attend au pire, où l’on nous a promis l’équivalent d’une catastrophe nucléaire, l’épidémie s’étend en douceur. C’est que cette population a l’habitude de vivre au grand air, a développé des anti-corps contre tout un tas de maladies, n’a pas de transports en commun, et ne commence seulement, dans certaines régions, à travailler confinés dans de vastes ateliers.

Par contre, les USA, sans protection sociale généralisée, hautement urbanisés dans certaines régions comme la Côte Est, prend l’épidémie de plein fouet, bat tous les records de rapidité d’expansion et de décès. Essentiellement des pauvres, des obèses, des gens de couleur. Avec plus de 20 millions de chômeurs à la clé.

Du coup, Trump qui ne pense qu’à sa réélection essaie de détourner l’attention de ses concitoyens vers l’ennemi chinois en racontant qu’il est un produit chinois, certes, « échappé d’un laboratoire de Wuhan ». Aucune preuve, comme d’habitude. Comme si les chinois, premières victimes de cette épidémie, avaient voulu se suicider.
Meuh non ! Juste un accident.

Complot ! Fake-news comme il en a coutume, et plus c’est gros, plus ça marche ! En attendant, force est de constater que c’est dans les pays les plus « riches », les plus ultra-libéraux, les plus urbanisés, les plus efficaces, les plus arrogants puisqu’ils veulent imposer à tous leur modèle de globalisation concurrentielle au profit d’une minorité de la population que cette épidémie fait le plus de ravages.

La malnutrition qui en fait bien plus n’intéresse personne.

L’arrêt brutal de la frénésie globalisante va faire des millions de victimes d’inanition à cause du chômage. D’où la tentation de repartir au plus vite comme avant, quitte à sacrifier encore plus les droits des travailleurs, à piétiner le droit du travail et à revenir aux comportements patronaux du début du XIXe siècle.

A suivre !

 

49e jour de confinement
Dimanche 3 mai

Jour gris, pluvieux, matinée froide.
Le printemps subit la glaciation de Manu le Picard.

Mots croisés. Tentative cette après-midi de mettre en place un rideau anti-moustiques dans le camping-car acheté trois fois rien par Reine chez Lidl. Ça baille, ça se gondole, et ça n’a pourtant rien à voir avec les rideaux vénitiens. J’ai reculé. Cela nous apporterait plus de désagrément que de plaisir.

J’ai terminé de voir un documentaire en quatre parties sur l’Histoire du Monde ouvrier sur Arte.
Intéressant, bien fait, avec des documents inédits et des interviews d’ouvriers et d’historiens assez passionnants.

Bon ! Il y a des manques en particulier l’effondrement de la classe ouvrière qui commence avec les années Thatcher-Reagan-Mitterrand pour ce qui nous concerne, et qui se traduit par la fermeture de nos usines pour aller chercher une main d’œuvre peu rémunérée et obéissante en Afrique du Nord, en Extrême Orient, en Chine, et enfin dans l’est de l’UE après la chute du mur de Berlin.

Rien sur le rôle de cette UE qui maintient des salaires bas, à l’est, qui fait venir des travailleurs des ex-pays sous domination soviétique, entretient des taxes et des impôts à la carte et laisse faire quand elle ne l’organise pas, la fuite des bénéfices dans les paradis fiscaux à commencer par le Luxembourg, Londres, les Îles anglo-normandes; Monaco, Andorre et bien sûr, la Suisse, toujours la Suisse. Il y a aussi l’exotisme Barbades, Caïmans, etc

Et la classe ouvrière chinoise ? Rien ! Et la vietnamienne ? Rien ! Et le Bangladesh ? Rien. Des robots humains, prolongements de la machine et menacés par de vrais robots ?
Chez nous, il existe encore des ouvriers et des ouvrières, mais ils ont tellement été trahis, ils sont tellement méprisés, ils sont tant lobotomisés par les médias, les réclames, la consommation donc l’endettement, qu’ils ont perdu l’esprit de classe, puisqu’on a réussi à les persuader qu’ils étaient des « collaborateurs ».

Ils ont honte de leur situation et un ouvrier l’agro-alimentaire expliquait très bien que lorsqu’on leur demande qui ils sont, ils ne se disent pas ouvriers de l’agro-alimentaire mais « spécialistes" des crevettes, de l’équarrissage, des tripes, du filet pané.

 

Revu avec plaisir la deuxième partie de « Bullit » que Reine a regardé cette après-midi.

Puis ce soir, nous nous sommes régalés avec « Tant qu’il y aura des hommes ». Ce film, à la gloire de l’armée, véhicule le machisme de l’époque et avait fait scandale quand il est sorti.
Scène torride sur la plage entre Burt Lancaster et Deborah Kerr. En fait, bain de minuit en maillot et roulades dans le sable avec un des plus longs baisers de l’histoire d’Hollywood entre une femme mariée et le bel adjudant-chef qui fait cocu son capitaine lui-même volage.

Amour fleurette entre une entraîneuse et un militaire au grand cœur qui s’est juré de ne plus boxer parce qu’il a rendu aveugle l’un de ses copains de club. C’est un peu lent. C’est en noir et blanc. C’est bourré de bons sentiments. Tourné en studio et en extérieur avec souleries, bagarres, jalousies et considérations morales.

 Déconfinement

Les responsables des communes, des entreprises, des écoles préparent fébrilement le dé-confinement. Il risque d’être épique. Le Ministère de l’Intérieur et son illustre Casselesnerfs se renforce dans la répression en recrutant des volontaires, des réservistes, des casse-bonbons pour traquer le récalcitrant, infliger des amendes, empêcher les gens de vivre, « pour leur bien ».

Je sens les bavures arriver à grands pas.

 

50e jour de confinement
Lundi 4 mai

 

DMLA

Rendez-vous chez Mme Azouzi, mon Ophtalmo qui m’annonce que ma DMLA stagne et que je ne la reverrai que d’en deux mois. Youppie ! Prochaine visite programmée pour moi et Reine le 4 juillet prochain. Beau cadeau d’anniversaire de mariage. Le 56e… En ces temps de divorces et séparations à tout va, ça relèverait presque de l’indécence.
Pourtant, autour de nous, - est-ce un hasard ? - ne tourbillonnent au ralenti que de vieux couples blanchis sous les draps. A une ou deux exceptions près.

Ère personnelle d’aventure définie par le gouvernement

J’ai pris ma carte Michelin et mon compas et, à partir de Rouen, j’ai tracé un cercle de 100 km. Je peux aller de Cabourg au Crotoy, de Chartres à Beauvais, mais Pont d’Ouilly m’est interdit. La basse vallée de la Seine de Mantes au Havre est pour moi. Ne reste que la météo. Reine quelle qu’elle soit, même pour une nuit, a envie de partir. Pourquoi pas ?

 

Edwy Plenel

Le fondateur et rédac. chef de Médiapart vient de commettre un édito où il descend « courageusement » le Président de la République pour lequel il avait appelé à voter avec la peur au ventre.

Il reprend les arguments que j’ai développés dans ce journal et cite tous les articles de ses collaborateurs qui ont démontré combien la politique macronarde constituait un danger, que dis-je, un crime contre le peuple français.

Il ne va pas jusque là. Responsable de presse, il ne se mettra pas trop en danger. Propos mesuré.

Comme tant d’autres, il réclame un République plus démocratique. Soit ! Comment ? Avec qui ? Selon quels critères ? Imagine-t-il qu’un changement constitutionnel pourrait se réaliser dans le cadre des règles du jeu de l’actuelle constitution, ce « coup d’Etat permanent » ?

Il est vrai que Médiapart a multiplié, articles, enquêtes et que les commentaires des lecteurs ont rectifié, amélioré ce travail d’analyse et parfois de propositions. Et alors ?

Dans une démocrature, c’est « cause toujours tu m’intéresses ! » sans guère prendre en considération ce que les citoyens ont à dire et à proposer.

Le pouvoir en place a répondu aux demandes des personnels hospitaliers, des pompiers et des EHPAD à coups de gaz lacrymo de LBD. Donc il était au courant de la situation et qu’en cas de pandémie, on n’allait pas faire face. Politique mise en place par ses deux prédécesseurs, certes, mais qu’il n’a pas rectifiée. Donc en parfait accord avec les diktats de l’UE quant au maintien d’une politique d’austérité, de dégraissage systématique du secteur public.

On en vit les conséquences, et les cimetières se sont emplis prématurément de toute une population délibérément condamnée. Bravo ! Le libéralisme globalisé ! Bravo ! La rigueur bruxelloise si perméable aux lobbies.

Une fois de plus, après avoir bien privatisé les bénéfices, avec une rage et un fondamentalisme dignes des pires fous de Dieu, Allah, Yaweh, le système mutualise, socialise, nationalise les pertes qui seront payées par la majorité des citoyens, les plus pauvres étant à la fois les victimes de l’épidémie, ceux qui ont maintenu la société en ordre de marche confinée, ceux qui sombreront en priorité dans le chômage après avoir reçu sur le coin de la figure des louanges, des applaudissements sans compensation financière digne de leur utilité sociétale.

Idem pour les petites entreprises et ceux que l’on a « ubérisés ».
Une vague de faillites va déferler. Il n’y qu’à voir ce qu’il se passe aux USA, championne toutes catégories de l’expansion de l’épidémie, du nombre de morts, et du nombre de chômeurs déclarés.

C’est aussi ça l’ « american way of life » qui a été imposé à la planète.

Et l’APRES devrait être semblable à l’ AVANT, pour que rien ne change ? Jusqu’où peut aller la folie des hommes ?

Edwy Plenel tire ses citations de l’excellent livre de Marc Bloch « L’étrange défaite ». Oui ! Pourquoi pas ?
Mais à quoi sert l’Histoire lorsque les manettes sont tenues par des technocrates imbus d’eux-mêmes, psychopathes, persuadés d’être les seuls sachants et méprisant tout le reste de la société. L’élite !

Inimaginable pour eux que des gens de peu mais de bon sens puissent avoir des propositions, des solutions, des analyses différentes et plus efficaces. Non mais !

Peur et mépris sont les deux mamelles du « macronisme ».

D’où le rôle des médias en continu d’apeurer le peuple afin de le rendre docile et prêt à perdre ses droits et ses libertés pour le plus grand profit des 10% cousus d’or.

Oh ! Que vienne le temps de l’union des gens de progrès pour mettre à raison cette dictature de l’argent !

Le temps de la sobriété heureuse est arrivé !

 

 

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