Encore un otage décapité. Un de plus. Une horreur injustifiable ! Unanimement, nous sommes tous, à la fois déconcertés, horrifiés, et prêts à répondre à cette violence par une autre volence.
Grave erreur ! La barbarie des uns ne doit, en aucun cas, justifier la barbarie des autres.
Et puis, que l'on se souvienne. Etaient déclarés barbares, dans la Grèce antique, tous ceux qui n'étaient pas grecs. Cela fait du monde.
Plus près de nous, en 1914 tiens !, les allemands envahissant la Belgique "neutre" et toujours "petite" dans ces cas-là, furent considérés comme des "barbares" ce qui justifia la décision de rentrer en guerre et de donner au monde entier un exemple de haute civilisation avec ce que d'aucuns appelèrent "la Grande Guerre", et que, personnellement, je nomme "la Première Grande Boucherie de l'Histoire de l'Humanité". Les humains étant dépourvus de mémoire, elle a étésuivie d'autres boucheries jusqu'à aujourd'hui. Les hommes ne peuvent s'empêcher de s'entretuer, avec des justifications fallacieuses.
J'aurais bien aimé rencontrer des tirailleurs sénégalais, des marocains, des annamites de retour de l'Enfer de Verdun ou du Chemin des Dames et recueillir leurs jugements sur la Civilisation (européenne et judéo-chrétienne) à laquelle ils avaient été invités de collaborer.
Ce qui nous bouleverse à juste raison, c'est que ces otages sont nos semblables, nous-mêmes. Ils ont un nom, un visage. Nous les connaissons un peu et nous nous sentons solidaires de leurs familles, puisque cela pourrait tout aussi bien nous arriver.
Mais les dizaines de milliers de victimes qui périssent sous nos bombes, écrabouillées, pulvérisées, ou lentement étouffées par le poids du bâti de l'immeuble dans lequel elles vivaient, demeurent anonymes. Pas de nom. Pas de photos. Pas de une. Victimes "collatérales" relevant de l'abstraction et transformées en nombres.
Les pilotes d'avions ou de drones, et ceux qui leur donnent l'ordre d'agir seraient des gens "respectables", civilisés, gentils, aimables, cultivés et ne possèdant aucune trace de barbarie dans leur comportement ?
Ah ! Qu'on m'explique ! Je suis un peu perdu. J'ai bien peur que, comme dans "La Peste", d'Albert Camus je craigne de contaminer les autres. C'est difficile de raison garder dans un monde où la folie règne en maîtresse impitoyable et triomphale.
Et à propos de "barbarie" qu'on me permette de rappeler l'excellent livre de Keith Lowe "L'Europe barbare (1945-1950" parue chez Perrin.