Edouard, mon pote de droite

Edouard Philippe possède son chroniqueur, comme jadis l’avaient les rois de France avec Villehardouin, Joinville, Froissard ou Comines pour ne citer que ceux du Moyen-âge.

                                        

    (à voir en streaming sur la 5)

  
    La caméra a remplacé la plume d’oie. L’interviouve s’est substitué au panégyrique. Le chroniqueur se fait documentariste, mais en réalité, il n’est qu’un agent communiquant qui sert à fabriquer « le roman d’Edouard Philippe ». On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

    Travail de « potes ». Tous deux ne sont pas dupes et se marrent bien. Les films sont remarquablement bien ficelés, et le « héros » très bien mis en valeur, avec ses qualités et ses défauts. Pas de problème, Edouard Philippe est l’un des meilleurs représentants de la droite : intelligent, faux modeste, rieur, bosseur, taquin, respectueux du personnel et de son entourage où les copains et amis constituent une garde rapprochée. Il a compris qu’aujourd’hui, une personnalité politique d’envergure se doit d’avoir une équipe sur laquelle il peut compter.

    Ce qu’il faut toutefois avoir à l’esprit, c’est que chaque entretien dure entre 20 minutes et une heure, et constitue « une oasis » dans l’emploi du temps de « dingue » d’un premier ministre. Or, nous n’en voyons que trois minutes. Cela suppose un très beau travail de choix, de tri, de complicité. On ne me fera pas croire que M. Laurent Cibien aurait carte blanche pour réaliser ce qu’il a envie de réaliser en toute liberté. Ne serait-ce que par amitié, il doit montrer son travail à son « pote » AVANT de le diffuser. 
    
    Personnellement, j’aimerais bien avoir accès aux rushes. Non pas qu’il y ait du croustillant, quoique… L’ironie d’Edouard aurait tôt fait de ses propos des « philippiques » quant aux collaborateurs et collaboratrices qu’on lui a imposés. 
    
    L’image qui en ressort, c’est celle d’un homme anxieux, désireux de faire au mieux pour… la France. Mais quelle France ? On ne pantoufle pas chez Areva et ailleurs impunément. 
    Son attachement au Havre est sincère, c’est le berceau de sa famille paternelle. Et un ancrage en province est indispensable à qui se construit une carrière politique à long terme. 
    
    Le Havre-Rouen les deux ports de Paris, ouverts sur le monde. Quel symbole !

    On aura remarqué la division entre vie publique et vie privée. Cloisonnement. On voit que cet anxieux digère le stress et les couleuvres à coups de poing après s’être rongé les ongles. 

    Cet intellectuel, fils d’intellectuels, tente d’expliquer, non sans raison qu’à la place où il est, il se trouve les mains dans le cambouis et qu’il doit sans cesse donner des ordres, choisir, orienter, décider à un rythme fou et qu’il n’a guère le temps de penser, ce qu’il regrette. Donc, il demeure sur ses convictions et celles que lui ordonne le Président de la République, bébé-Rothschild.
    
    J’ai peur que nos dirigeants ne soient aliénés par la vitesse à laquelle leur arrivent les événements qu’ils ne peuvent plus maîtriser. La tyrannie du smartphone est en train de tuer la politique, tout comme celle de la communication. 
    A quoi riment ces déplacements perpétuels, ces dépôts de gerbes à l’autre bout de la France, à ce Tour de France des villes moyennes au moment des campagnes électorales si ce n’est à donner l’illusion que l’on est partout, compatissants, proches du peuple MAIS souvent un peuple trié sur le volet, ou tenu éloigné par les forces de répression ? Il faut donner de l’image. 
    « Combien d’ouvriers à l’Assemblée Nationale ? » Eh oui ! La majorité de « godillots » ne représente pas la réalité du peuple français. Résultat d’une Constitution qu’il serait urgent de changer. Mais le pote de gauche n’a guère eu l’autorisation d’évoquer ce problème. A-t-il été abordé ?

     Donner de l’image, c’est ce que révèle cette « série » de Laurent Cibien. Du coup, on attend le prochain épisode, qui devrait être tournée à l’Elysée. 
    On est près de "House of Cards" et pour le moment loin de "Games of Throne". 
    Quoique… Nul ne connaît l’avenir et E. Philippe le sait, ce qui rassure. 
    
    Tout en avouant qu’il craint l’ennui. Mais, si le freluquet se représente, il attendra cinq ans de plus. Il est jeune. Mais, en dix ans, il peut se passer tant d'évènements !

    A SUIVRE !

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