max angel (avatar)

max angel

Vieux lucide, donc sans illusions, mais toujours pas encore sans espoir quoi qu'il écrive.

Abonné·e de Mediapart

739 Billets

3 Éditions

Billet de blog 6 septembre 2013

max angel (avatar)

max angel

Vieux lucide, donc sans illusions, mais toujours pas encore sans espoir quoi qu'il écrive.

Abonné·e de Mediapart

Une cure d'humanisme.

max angel (avatar)

max angel

Vieux lucide, donc sans illusions, mais toujours pas encore sans espoir quoi qu'il écrive.

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Elisée RECLUS : "Histoire d'une montagne" (Babel)

Publié en 1880, cette histoire d'une montagne fait suite à "L'Histoire d'un ruisseau" paru en 1869.

Entre ces deux ouvrages, l'auteur, l'un des pères de la géographie et de l'anarchie, voyageur infatigable de par le monde, s'est engagé auprès des communards et a donc dû s'exiler en Suisse.

Alors que la télévision nous abreuve régulièrement de documentaires sur Arte et la Cinq, alors que National Geographic a fait les beaux jours du reportage avec belles photos, copié par Géo, on peut se demander, pourquoi perdre son temps à lire un bouquin écrit à la fin du XIXe siècle.

D'abord, pour le style simple, poétique, accessible afin de mieux partager avec le maximum de lecteurs les joies, les réflexions, les sensations et les descriptions de ce que l'auteur a vécu.

Certes, la photographie en est alors à ses débuts et commence à montrer le monde tel que le voient les voyageurs de l'époque. Ils prennent la suite des illustrateurs aux dessins et croquis de voyage rehaussés d'aquarelles mais que l'on ne savait guère reproduire en couleurs.

Mais lisons : "La cime sur laquelle j'aimais le mieux à m'asseoir, ce n'est point la hauteur souveraine où l'on s'installe comme un roi sur un trône pour contempler à ses pieds les royaumes étendus. Je me sentais plus heureux sur le sommet secondaire dont mon regard pouvait à la fois descendre sur des pentes plus basses, puis remonter, d'arête en arête, vers les parois supérieures et à la pointe baignée dans le ciel bleu. Là, sans avoir à réprimer ce mouvement d'orgueil que j'aurais ressenti malgré moi sur le point culminant de la montagne, je savourais le plaisir de satisfaire complètement mes regards à la vue de ce que neiges, rochers, forêts et pâturages m'offraient de beau. Je planais à mi-hauteur, entre les deux zones de la terre et du ciel, et je me sentais libre sans être isolé. Nulle part plus doux sentiment de paix ne pénétrait mon coeur". p.22

La lecture d'E. Reclus nous permet de mieux comprendre le ressenti du réel, ce que peu de documentaristes arrivent à transmettre.

Les chapitres, comme pour le ruisseau nous parlent des éboulis, des neiges, des prairies, des séracs, des hommes et même des crétins, si courants en ce temps-là, victimes autant des conditions d'hygiène déplorables que de la consanguinité endémique, conséquence de mariages entre cousins si ce n'est d'incestes dus à la promiscuité de l'habitat.

Si Reclus est sensible au spectacle des nappes de charriage, à ces synclinaux et anticlinaux qui prouvent l'élévation des calcaires sub-océaniques, il se pose des questions parfois naïves que résoudront Franck B. Taylor en 1910 puis Alfred Wegemer en 1915 en découvrant la dérive des continents, la longue histoire de la terre, de cette Pangée qui se sépare et voyage à la surface du globe en exhaussant des fonds marins les roches sédimentaires jusqu'à des hauteurs vertigineuses, tandis que des bourrelés s'effondrent inexorablement sous l'usure conjuguée des eaux et des vents.

E. Reclus appartient à ces scientifiques optimistes qui croient au progrès de l'humanité, tout en reconnaissant, déjà, sans trop s'en émouvoir que des espèces animales sont en voie de disparition comme le loup et l'ours, ces nuisibles qui appauvrissent les pauvres bergers.

Que voilà une lecture qui nous réconcilie avec la vie, en une communion avec la Nature dans ce qu'elle possède de plus majestueux, les montagnes. Si impressionnantes que les hommes depuis les temps anciens, les ont déifiées, ou en ont fait le séjour des dieux, des esprits.

Au lieu de s'enfermer dans les salons luxueux des palais de St Pétersbourg, il eut été plus judicieux que les chefs de nos états, se chaussent et aillent gravir quelque sommet de l'Oural ou du Caucase.

En éliminant leurs toxines, en regardant le spectacle des montagnes, peut-être auraient-ils mieux sentis que, ce que désirent les homoncules que nous sommes, c'est la paix.

Rien de tel pour ramener notre ego à sa juste valeur que de le faire se confronter avec les pentes, les précipices, les pierriers, les parois, les torrents ou les glaciers.

Jadis, au cours des manoeuvres de ma section de chasseurs alpins, j'avais déjà expérimenté, qu'à partir d'une certaine altitude, les galons et les barrettes perdaient de leur valeur au profit exclusif de l'individu, capable de surmonter ses propres peurs et de faire preuve de don de soi face aux difficultés de l'environnement à la fois hostile et régénérant. Hypocrisie, charlatanisme, mensonge, poses avantageuses, tchatche, disparaissent au profit du vrai.

La montagne comme l'océan ne tolèrent pas les tricheurs.

PS du 8 septembre : Gloire au documentaire à la Mostra : le réel dépasse la fiction, et l'humanité a besoin de se regarder vivre. Nous sommes tous d'étranges étrangers.

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/09/08/un-lion-d-or-venitien-pour-un-documentaire-romain_3473005_3246.html

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.