8 mars : une fête ? Non ! La lutte des femmes est plus que jamais d'actualité !

Seule la pensée libertaire, attention ! je dis bien libertaire. Pas anarchiste. Ne pas confondre SVP ! Seule la pensée libertaire a vraiment mis les femmes à égalité avec les hommes.

Cela commence avec Rabelais dans son abbaye de Thélème où hommes et femmes vivent en harmonie et à égalité avec pour devise : " Faye ce que voudras !"

Cela se prolonge ultérieurement avec Olympe de Gouges qui, en 1791, écrit sa "Déclaration des Droits de la Femme et de la citoyenne" même s'il ne faut pas placer Olympe dans le courant libertaire mais féministe. La Révolution mettra femmes et hommes à égalité dans l'héritage et instituera le divorce. Na poléon Ier et la Restauration revenant bien entendu sur ces "avancées". En bons méditerranéens patriarchaux le Code civil donnera aux femmes le même statut juridique qu'aux enfants et aux malades mentaux.

Evoquons les soeurs Mahé, Anna (1881-1960), Emilie Lamotte (1877-1909), Rirette Maîtrejean (1887-1968), Jeanne Humbert, Lucienne Gervais, May Picqueray, Madeleine Vernet, Nelly Roussel, Marguerite Desprès, Sophie Zaïkowska et tant d'autres... Pas de danger qu'elles apparaissent dans les livres d'Histoire du collège ou du lycée.

 

Une grande figure du féminisme libertaire est Madeleine Pelletier (1874-1939) Bachelière avec un 18/20 en philosophie, à une époque où le bac était le fait d'une élite,  elle entama des études universitaires en physique, chimie, sciences naturelles puis entra en médecine. A partir de 1900, elle publie ses premières études dénonçant la théorie selon laquelle "les femmes sont moins intelligentes que les hommes puisque leur crâne est plus petit" (sic) Première femme à se présenter au concours en psychiâtrie, elle fut bien entendu recalée (vengeance mesquine de ces messieurs). Elle revendiqua le droit de vote pour les femmes, le droit à utiliser des contraceptifs, le droit d'avorter, le droit de disposer de son corps. Pour elle-même elle exigea de se coiffer et de s'habiller comme un homme, le droit à la virginité ; elle écrivit d'ailleurs un roman, autobiographique titré  La femme vierge.

Dans "Le Libertaire 22 avril 1921" elle écrit : "L'esclavage patronal est beaucoup moins grand que l'esclavage sexuel : il ne dure que huit heures par jour, alors que l'esclavage marital est de tous les instants. Il est plus facile de lâcher un patron exigeant qu'un mari autoritaire et brutal. Dans la société capitaliste, le fondement de la liberté, c'est l'argent. Quand la femme gagne sa vie, elle se sent beaucoup moins en la puissance de l'homme que lorsqu'elle doit attendre du bon vouloir de cet homme, le bifteck quotidien. La femme est un individu qui a le droit de vivre sa vie. C'est à elle et non à l'homme de décider ce qu'elle doit faire, comment elle doit se coiffer, s'habiller, si elle veut ou non travailler. Les ouvriers sont punis par où ils pèchent : ils demandent la liberté pour eux-mêmes dans la société et ils veulent maintenir la femme en esclavage dans la famille. La femme popote est bornée, opposée à la révolution, aux grèves. C'est son action doucereuse, lente mais certaine qui maintient les masses dans la veulerie et la lâcheté présentes. Il n'y avait qu'à écouter les propos des ménagères au marché, lors des grands mouvements grévistes de 1919, pour être fixé à cet égard. Quand le souvriers comprendront-ils que la femme esclave est le plus grand obstacle à leur affranchissement ? "

C'est dans le prolongement de ceux de Voltairine de Cleyre contre le mariage.

Elles précèdent donc Simone de Beauvoir.

Quant aux propos des femmes râlant contre les grèves, mon épouse les entendit en mai 68, dans le jardin public où elle surveillait les jeux de nos deux aînés. Cela ne s'est pas amélioré avec l'endettement des foyers, le consumérisme, le poids des loyers, des remboursements de la voiture ou de la maison, le coût des études et les impôts plus les vacances éventuelles, le tout dans une atmosphère de précarité et de mise en concurrence perpétuelle des citoyens entre eux.

Je suis toujours attristé lorsque je vois des femmes participer activement à la perpétuation de leur statut de "soumises" lorsqu'elles succombent aux préceptes des coutumes (excision, mariages forcés, acceptation des coups, ensachage de leur corps, honte de leur beauté, criminilisation de leurs droits sur leur personne avec les mouvements anti-avortement...), à leur statut d'êtres maléfiques dans les religions abrahamiques ( éternelles descendantes de Lilith et d'Eve ayant subi les tentations du diable au détriment de ce benêt d'Adam dans ce mythe merveilleux où passer de l'état d'animal à celui d'humain, d'être inconscient à celui de conscient en accédant à la Connaissance serait LE péché originel alors qu'il est le triomphe du savoir sur l'ignorance).

Décidément, combien faudra-t-il de 8 mars pour qu'enfin les femmes soient à égalité de droits et de devoirs avec les hommes ?

Que le 8 mars fasse "leur fête aux hommes" en condamnant leur machisme de terreurs de bacs à sable qui continuent à victimiser la moitié de l'humanité. Honte à eux !

Ce billet n'aurait pu être écrit sans la lecture passionnante du livre de Michel Perraudeau, paru chez Autrement " Eloge des Libertaires" sous-titré Les 100 mots du libertarisme, à mettre entre toutes les mains.

 

Et en cadeau à mes lectrices :

 Connaissez-vous la rose-lune

Connaissez-vous la rose-temps

L'autre ressemble autant à l'une

Que le miroir de l'étang

L'une à l'autre se reflétant (...)

 

 Connaissez-vous la rose-crainte

Connaissez-vous la rose-nuit

 Toutes les deux qui semblent peintes

Comme à la lèvre est peint le bruit

Comme à l'arbre est pendu le fruit

 

 Toutes les roses que je chante

Toutes les roses de mon choix

Toutes les roses que j'invente

Je les vante en vain de ma voix

Devant la Rose que je vois

                           ARAGON ( Elsa)

 

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