Lutter contre la violence ? Bon courage M. Philippe !

Ainsi, vous vous attaquez à la violence, qui constituerait une menace vitale pour la République, en voulant «ficher» les casseurs «professionnels». Diable ! Dois-je en conclure que la France, un des principaux pays producteurs d’armes serait devenue pacifiste et non violente ?

Dois-je vous rappeler que la chute de l’Ancien Régime ne s’est pas faite dans la douceur ? La prise de la Bastille, ce populisme chéri par la bourgeoisie qui réussit à s’accaparer les privilèges des deux ordres en faisant semblant de les supprimer, violence barbare avec promenade de la tête de ce pauvre de Launay, responsable de cette prison où séjournèrent quelques nobles et plusieurs de nos meilleurs auteurs ?

Quant aux violences policières dont vous êtes politiquement responsable, continuerez-vous à les «couvrir» ? Je ne peux pas croire qu’Edouard Philippe, petit-fils d’ouvrier du port du Havre, ait la même mentalité que l’ignoble Thiers, qui fut à la Commune de Paris ce que Bachar Al Assad est à son peuple.

Donc, des ordres fermes, vont être donnés, pour que les forces de l’ordre, deviennent des forces de paix, et les garantes de la démocratie, en aidant les manifestants à défiler pacifiquement dans les rues de nos villes, sans danger de se faire gazer, matraquer, pulvériser à coups de flash-ball et les contrevenants seront aussi lourdement sanctionnés que les pilleurs de magasins et autres brûleurs de voitures. Merci par avance de cette décision, sage, responsable et républicaine.

Vous avez toute mon admiration, mon soutien et mon amitié si vous définissez une réelle politique de non-violence. Et cela devra commencer par vous attaquer à la violence quotidienne de ceux et de celles qui connaissent des fins de mois commençant le 16 ou le 20 de chaque mois. J’ai connu cela dans ma jeunesse. Les angoisses de ma mère pour essayer de nous procurer deux repas par jour avec peu, avec du pas cher, avec du cache-faim. Même si en votre jeunesse, vos parents n’étaient que deux enseignants en début de carrière, vous n’avez jamais connu cette situation que vivent bien trop de nos concitoyens.

Il va falloir, aussi, lutter contre la précarité des salariés, vous savez ceux qui ne savent pas combien de temps on va les garder. Ceux qui vivent sans futur assuré. Ceux qui doivent se faire violence pour aller s’inscrire auprès des associations caritatives. Violence honteuse, qui ne fait guère de buzz, qui n’intéresse pas les médias télévisés ou si peu.

N’est-ce point votre patron, M. Macron qui, comme ses prédécesseurs, avait promis un toit pour chaque humain vivant en France ? Dormir à la belle étoile, en plein hiver, n’est-ce point la pire des violences que l’on puisse infliger à un être humain, qu’il soit adulte ou enfant ?

Vous voulez ficher les auteurs des violences ? Nous pouvons vous y aider. Mais cela risque de faire du monde. A commencer par ce que l’on appelle le «beau monde» qui profite d’un système économique ultra-libéral qui constitue l’origine de la violence spectaculaire que vous tentez d’utiliser en fichant la trouille aux couches moyennes-supérieures, en jouant sur les images, triées et qui n’offrent qu’un aspect mineur de la réalité.

Je sais ! Il va falloir que vous vous fassiez violence, pour réviser votre façon de voir le monde. Intelligemment, vous savez bien, qu’il va falloir que les possédants dont vous êtes le fondé de pouvoir avec le Président de la République, entament quelque peu leurs revenus, partagent, arrêtent de spéculer et investissent, créent des entreprises, construisent des logements, se lancent dans des grands chantiers comme le transport fluvial, le fret ferroviaire, la multiplication des barrages, des éoliennes, des parcs de panneaux solaires, dans la recherche.

Le MEDEF n’a de cesse de vouloir enterrer définitivement les valeurs portées par le CNR. Oserez-vous rompre avec ce qui constitue une violence intolérable puisqu’elle est à l’origine du délitement de la cohésion sociale, à l’égoïsme exacerbé des «élites», à la concurrence de chacun contre tous, alors qu’il faudrait que nous soyons unis et solidaires. Non, M. Philippe la privatisation du secteur public n’est pas une bonne politique pour que les citoyens vivent mieux. Réformer doit avoir pour but d’améliorer le système économico-politique dans l’intérêt du plus grand nombre.

Comme le dit M. Onfray, si un transpalettes qui défonce une porte d’une administration républicaine met en danger la République, c’est que cette République, la vôtre, est à la ramasse.

Ma République, ma France, est celle qui respecte ses citoyens, qui les unit, qui freine la voracité de certains, et redistribue aux plus éprouvés ce dont ils ont besoin pour recouvrer une dignité que la violence du système ultra-libéral leur a volée.

Alors luttons, en effet, contre la violence, ou plutôt, contre toutes les violences.

Chiche ! Ce sera cela ou l’effondrement de notre démocratie, de notre République, dont nous vous tiendrons pour responsables avec celui auquel vous vous dévouez.

Bon courage donc dans votre volonté de mettre fin aux violences.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.