Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus (suite)

53e et 54e jours de confinement Et l'on fêta très discrètement la victoire contre le nazisme...


Jeudi 7 mai

 

Retour du soleil. Ce matin, nettoyage et peinture d’une fenêtre.

 

Notre plus proche trou noir serait à un millier d’années-lumière.


Ça c’est autre chose qu’un petit virus de plus. Non ! Mais, un « trou noir » ! Ça bouffe tout.
Notre petit soleil et son système, allez zou ! Envoyés dans une autre dimension. D’ailleurs, on ne sait pas très bien ce qu’il se passe là-dedans. Même nos spécialistes, la tête dans les étoiles et les pieds bien sur terre, ne savent pas trop.

Ils supputent, ils imaginent, ils supposent, mais tant que t’es pas aller faire un aller et retour… Il faut se contenter des élucubrations des auteurs de S-F. qui parfois, sont dépassés par la réalité.

Comme ce que nous vivons en ce moment.

 

« …Ni Tribun » de Jean-Pierre Boudine avec préface de Jean, André Chérasse alias Vingtras.

Un essai revigorant paru aux Editions A plus d’un titre.

J-P Boudine, mathématicien émérite, possède une lucidité et une rigueur d’analyse qui manquent à la plupart des responsables politiques et économiques. Les faits, rien que les faits, pour pouvoir proposer des solutions.

Son essai a été écrit juste avant l’annonce du « choc » de la pandémie en cours qu’il évoque dans une post-face d’une page.

Et justement, comme je crois l’avoir écrit dans les jours précédents, il serait nécessaire, vital, que les peuples s’emparent de ce choc pour justement remettre en question radicalement un système ultra-libéral et hyper-productiviste qui nous mène à la disparition de l’espèce humaine aussi sûrement que le TGV en provenance de la province pourrait faucher des parisiens s’il oubliait de freiner avant le butoir des gares de la capitale.

J-L Mélenchon est analysé au microscope et avec une honnêteté intellectuelle que l’on ne trouve plus guère chez la plupart de nos folliculaires.

Qualités remarquables et défauts impitoyables en font un leader incontournable et en même temps dangereux pour le « mouvement » qu’il a mis en place et qui doit de se transformer en parti si l’on veut redonner de l’espoir aux citoyens et commencer à mettre en place le programme de « L’Avenir en commun » revu et corrigé.


Ce qui suppose une vie démocratique de ce parti-mouvement, soit la participation de tous, chacun pouvant s’exprimer librement.

Il n’y a pas de démocratie s’il n’y a pas de logos.

J’avais évoqué ces réunions des jeunes élus des différents partis des gauches et de l’écologie qui se parlent et envisagent l’avenir. Bon courage à eux ! Ils sont sur la bonne voie.

Restera à désigner, puisque nous serons toujours dans les règles de la Ve République, le candidat commun qui pourrait incarner cette indispensable Renaissance de la politique réclamée depuis des mois par les citoyens en GJ, sans qu’ils n’osent l’avouer, tellement ils ont été roulés dans la farine depuis une quarantaine d’années par des partis qui ont explosé pour le plus grand bonheur de l’oligarchie financière qui, un peu partout dans le monde, s’est emparée des postes de commandement.

Le fondé de pouvoir de chez Rothschild en France, et carrément le tycoon Trump passé de la Trump’s Tower de New-York à la White House de Washington.

Je recommande vivement cet essai. Avec un bémol : la gauche, la droite ? Hélas ! Pas aussi simple. La vérité, c’est qu’il existe des gauches et des droites, mais une seule lutte de classes, que l’école de Chicago a voulu enterrer et qui existe plus que jamais.

Encore faut-il que les « damnés de la terre » recouvrent leur fierté d’exploités en quête de plus de justice et d’équité, prennent conscience qu’ils sont le moteur de la société et que les capitalistes et autres agioteurs en sont leurs bourreaux et assassins.

La pandémie, annoncée, prévue, n’a nullement fait changer les « lois du marché » qui réclament de l’austérité, une privatisation des services publics, un désengagement de l’État. Ces lois scélérates et ceux qui les défendent constituent l’autre élément de la surmortalité due au Covid-19. Le système dominant serait donc passible des tribunaux si ceux-ci n’étaient, en partie, l’un des moyens pour ces oligarques de dominer la société.

Salariés de tous pays, unissez-vous pour mettre à raison les capitalistes de tous pays, bien unis dans leur recherche obsessionnelle du profit infini !

Ce qui suppose une prise de conscience et une démarche intellectuelle qui uniraient aussi bien les forces de coercition que les petits et grands cadres avec les petites mains et les exploités des services, du commerce, de l’industrie, des transports et des services publics.

Je doute que nous en soyons à la veille.

Mais je ne désespère pas !

Parce qu’il n’y a pas d’autre moyen de continuer à vivre. Debout !

Tendance à la dictature

 On aura remarqué qu’en ces temps de poumons menacés, de services sanitaires en manque de personnel et de moyens, en ces temps de peur sur la planète où la moitié de la population a été confinée, les gouvernements ont pris des mesures exceptionnelles bafouant les libertés fondamentales, s’insinuant dans les familles, donnant libre pouvoir aux polices de faire appliquer leurs oukases quand ce n’est faisant la loi.

Lire l’article M. Kempf en référence.

Les amendes, les enfermements préventifs, la fermeture des frontières, le repli sur soi, les Droits de l’Homme foulés aux pieds, la surveillance vétilleuse, soupçonneuse faisant de chacun un suspect, et bientôt la crécelle-smartphone pour tracer les porteurs, les guéris, leurs amis et connaissances, le tout « pour le bien de tous » comme dans toutes les dictatures.

Heureux les peuples de Scandinavie voire d’Allemagne, traités en adultes responsables.

En Macronie, le jeune Président a mis ses pas dans ceux du vieux Philippe P. « le Sauveur Collabo » de cet "État Français", donné à l’occupant nazi.
Tous les citoyens sont en attente de ses décisions et de celles de son gouvernement tenu de lui obéir quelles que soient les incohérences et les impossibilités que déclenchent son « bon vouloir », « ses caprices de monarque en herbe, folle », « son incarnation de l’État, Louis XIV au petit pied ».

Et le chœur des folliculaires appointés à la radio d’État, à la télévision d’ État et à la presse de ses « amis » milliardaires de vanter, de louer, de chanter sa Gloïre, dans l’orthographie de Boris Vian.

Il y a des moments où j’ai honte d’être français. Et je n’aime pas ça du tout.

 

54e jour de confinement
Vendredi 8 mai

 

Les cérémonies commémoratives de la fin de la Seconde Guerre mondiale se feront dans la plus stricte intimité.
Rappelons quelques chiffres qui mettent en lumière la supériorité incontestable des occidentaux sur le reste des terriens :
Le nombre de victimes fluctuent entre 50 M et 85 M selon que l’on considère les disparus, les morts de faim, les morts prématurés des conséquences de leurs blessures ou non…

Parmi ces victimes ce sont les civils qui ont le plus soufferts entre 40 et 52 M, sachant qu’après 1945, des famines sévissent dans certaines régions de l’URSS, dans les Balkans et même dans les pays occidentaux, les camps de prisonniers de soldats allemands sont trop nombreux pour être traités humainement. (« L’Europe barbare 1945-1950 » de Keith Lowe)

 

 

Allez voir le tableau tiré des nombres collationnés par Wikipédia. Pour plus de détails et d’autres pays allez ici.

Les chiffres parlent. L'URSS a payé le prix fort. Les soldats US morts au combat sont à la fois ceux tombés en Afrique du Nord, en Europe et dans le Pacifique.

On comprend mieux pourquoi cela a été un déchirement pour Moscou de ne pouvoir parader aujourd’hui.

On comprend mal pourquoi la majorité des petits français de 2020 sont tous persuadés que ce sont les troupes américaines qui ont remporté la Guerre contre le nazisme. On comprend bien que cette partie du globe a une propension à se suicider assez peu commune puisqu’elle a réussi l’exploit de mettre le satellite à feu et à sang deux fois en un demi-siècle.

L’autre partie du siècle, ce sera la Guerre Froide, et les guerres coloniales en tous genres jusqu’à aujourd’hui.

Tableau à comparer avec celui des pertes humaines dues au Covid-19 qui sont très provisoires.

La grande différence, c’est qu’en 1945, de Moscou et Léningrad à Brest via Londres et Coventry, ce sont des centaines de villes écroulées, des ponts, des infrastructures ferroviaires et des routes à reconstruire.
Aujourd’hui, certes, l’économie est à l’arrêt, mais sans destruction, si ce ne sont celles commises par les investisseurs qui ont rayé de la carte une partie de leurs zones industrielles, pour aller les investir à l’autre bout de la planète afin de gonfler les dividendes et multiplier les transports qui asphyxient l’air indispensable aux passagers du satellite Terre.

Enfin, un peu partout, le nationalisme refait surface. Le suprémacisme blanc se refait une couleur. La haine de l’étranger, du pas comme nous, se porte bien, que ce soit en France, en Allemagne, en Italie, en Russie, aux USA, ou en Inde. Tout cela pour ça ?

« Il faut toujours recommencer. » déclare le docteur Rieux dans La Peste. Hélas ! Oui.

 

Déconfinement

Un peu partout on s’y prépare avec prudence, mère de sûreté.

On se souvient que Macron était parti « en guerre » contre le Corona Virus.

Donc, en ce 8 mai, trois jours avant la date de retour à la presque normale, il y a un air de Libération. Un petit air, un filet d’air, un entrefilet.

 

On aurait pu fêter par la même occasion l’anniversaire du programme de la Résistance intitulé « Les jours heureux » et s’en inspirer. Soit revenir à une intervention de l’État, à une mise à laisse courte du marché-tyran, à une remise en question de cette politique de croissance infinie dans un monde fini. Que nenni ! Cela ferait pleurer le Medef qui, avec une patience remarquable, a réussi à remettre en question année après année ce qui faisait la raison d’être de ce programme de reconstruction et d’une société un peu plus équitable.

Pas question de cela. Bien au contraire. En vue, vacances raccourcies, horaires de boulot rallongés, du sang et des larmes pour les salariés afin de réserver du dividende à deux chiffres aux actionnaires de tous les pays.

Nom de Dieu ! Est-ce que les travailleurs de toutes les catégories vont se laisser faire ?
Réussiront-ils à vaincre leurs peurs ? Celle du virus, toujours non maitrisé, celle du chômage et des faillites à venir, celle des dettes à rembourser coûte que coûte. Trois bonnes raisons pour vivre à genou. A plat ventre. Et à se faire marcher dessus par les tenants du « Saint Marché ».

« Debout ! Les damnés de la terre ! Debout ! »

Calme-toi Max et donne de la voix aux poètes qui « ont toujours raison », ainsi Louis Aragon :

POUR DEMAIN

Vous que le printemps opéra
Miracles ponctuez ma stance
Mon esprit épris du départ
Dans un rayon soudain se perd
Perpétué par la cadence

La Seine au soleil d’Avril danse
Comme Cécile au premier bal
Ou plutôt roule des pépites
Vers les ponts de pierre ou les cribles
Charme sûr La ville est le val

Les quais gais comme en carnaval
Vont au-devant de la lumière
Elle visite les palais
Surgis selon ses jeux ou lois
Moi je l’honore à ma manière

La seule école buissonnière
Et non Silène m’enseigna
Cette ivresse couleur de lèvres
Et les roses du jour aux vitres
Comme des filles d’Opéra.

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