« Décolonisation : du sang et des larmes » et aussi de l’amour.

Je m’étonne que, suite à l’émission assez réussie de France Télévision de mardi dernier, aucun commentaire n’ait été écrit à propos de ce documentaire en deux parties, ni en bien, ni en mal. Dois-je en conclure que tous les lecteurs de Médiapart l’ont regardé ? Que tout a été dit ? Ou bien, qu’il faudrait ne pas trop lui faire de publicité ?

Personnellement, il y avait longtemps qu’une production historique du service public m’avait appris quelque chose. Ce qui signifie que la presse de l’époque, je parle de celle de l’après-guerre, a su occulter les horreurs des gouvernements de la Quatrième République.

Comme ce massacre d’anciens combattants sénégalais pour la Libération de la France, à Thiaroye à côté de Dakar, auxquels on refusait de payer les arriérés de solde.

Aux documents inédits, s’ajoute les propos tenus lors du débat suivant la vision de ces documentaires, et qui mérite, lui aussi d’être vu et écouté.

On y rappelle que tous ces résistants au colonialisme s’appuient sur les valeurs fondamentales de la Révolution Française, de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, et luttent, plus contre l’impérialisme français qui se poursuit encore aujourd’hui, que contre le peuple français, tenu à l’écart et qui avait d’autres soucis dans les années 44 et 50.

Si nos intérêts économiques sont évoqués, ils le sont à mon avis un peu trop rapidement. Comment, des assemblées de députés qui viennent de vivre l’Occupation, peuvent voter des lois d’exception, se lancer dans les guerres d’Indochine et d’Algérie, couvrir les massacres de Madagascar, et ne pas se désolidariser du comportement exécrable des colons un peu partout dans l’Empire, puis l’Union Française ? Qui les ont payés ?

Qu’en est-il, aujourd’hui, de la « Françafrique » ? L’opération Barkhane est toujours en cours et encore pour quelques années. Pourquoi ? Chut ! Silence. L’ange Areva et les intérêts de Total et Bolloré volent au-dessus des étendues arides sub-sahariennes.

Même au cours du débat, on n’évoquera pas trop le sort de ces pays africains aux mains, le plus souvent de « dictateurs » corrompus « amis », qui enrichissent nos grandes sociétés minières en maintenant dans la misère leur peuple qu’ils condamnent à prendre le chemin de l’exil, donc avec notre complicité.

J’aurais aussi aimé que l’on insistât plus sur la trahison des mouvements de Libération, comme en Algérie, ou sur les politiques des rois du Maroc pas foutus de sortir de la misère une partie de leur peuple, voire l’évolution tragique de la Tunisie où les droits des femmes ne cessent de reculer sous les coups de l’impérialisme islamiste et non islamique.

En dépit de cette décolonisation, les liens culturels et sentimentaux demeurent. Soit ! La francophonie n’est pas un vain mot.

Mais le racisme aussi, qui pourrit une partie de la population française. Certes, « la France n’est pas un pays raciste » rappelle M. Kofi Yamgnane, mais CNews voit son audimat augmenter en ayant choisi une ligne politique d’extrême droite, dont le barde est le triste Zemmour que l’on laisse pérorer et instiller la haine à chacune de ses prestations.

L’Histoire de la colonisation repose sur le racisme qui permet de déshumaniser une population et de la réduire en esclavage. Ce racisme génère le mépris, le dégoût de l’autre et, pour peu qu’il se rebelle et agisse en être humain libre, il donne libre cours à la haine.

Dans le même temps, peuvent éclore des histoires d’amour, des métissages voulus ou…non ce qui donne naissance à des populations métisses comme il en a toujours existé. Et les jeunes intervenantes du débats incarnent magnifiquement l'espoir et l'avenir.

Je ne saurais trop recommander la vision de cette émission, belle et passionnante leçon d’Histoire que l’on peut prolonger avec des romans, des films et des spectacles.

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