La Grande-Bretagne en feu

 Oh ! Les belles images !Quels merveilleux moments d’illustration de la peur qui entre dans les cottages, et les chaumines du monde entier ! Mr Cameron, M. Sarkosy, Frau Merkel, Signore Berlusconi et le Saint Marché, protégez-nous !

 

Oh ! Les belles images !

Quels merveilleux moments d’illustration de la peur qui entre dans les cottages, et les chaumines du monde entier ! Mr Cameron, M. Sarkosy, Frau Merkel, Signore Berlusconi et le Saint Marché, protégez-nous !

 

La politique sécuritaire repose sur la peur. Et quand on surmonte sa peur, qu’on laisse de côté sa sécurité personnelle, parce qu’on est jeune et sans savoir, mais avec beaucoup de ressenti, alors, la peur change de camp.

 

Souvenez-vous des canuts. « Vivre ou mourir » que leurs canutes avaient brodé sur le drapeau noir. A l’époque, c’est l’armée, composée de bouseux mal dégrossis et ne parlant même pas le français qui rentrait dans le tas et massacrait à la baïonnette, si ce n’est au canon.

Et la commune de Paris ? 20 OOO morts au cours de la Semaine Sanglante. A la mitrailleuse qu’il a réglé le problème le nabot de l’époque, ce bon M. Thiers. Le Bel Hassad à côté, c’est de la petite bière, de la roupie de sansonnet, du petit bras. D’ailleurs en hommage à ce bienfaiteur de la bourgeoisie, il y a eu et il y a encore des places, des avenues, des rues Thiers un peu partout en France.

 

La droite décomplexée et ses valeurs traditionnelles, la voilà son histoire, ses racines.

 

Le capitalisme de la séduction a inscrit, formaté, formé, les cerveaux son principe fondamental « Il n’y a que l’argent qui compte et il faut qu’il fasse des petits à l’infini », plus sa morale TPMG, Tout Pour Ma Gueule.

 

Le plus gros paradis fiscal de la planète s’épanouit à Londres. C’est ici que l’argent sale se recycle. C’est le casino. On y vend du vent, de la dette, de la matière première, on y joue sur la nourriture, l’électronique. Et puis, le marché de l’art se porte bien, merci.

Depuis Thatcher, sur la tombe de laquelle tout individu sain d’esprit a le devoir d’aller cracher, l’on a cassé les valeurs de la classe ouvrière.

Le fric, le fric, le fric.

Les pauvres ? Qu’ils crèvent ! Quand le casino commence à être en danger, quand il « krach » un chouïa, courageusement, les pantins politiques qui n’ont de comptes à rendre qu’à ceux qui ont financé leur campagne, s’en prennent en priorité aux aides attribuées aux chômeurs, ces paresseux, qui n’ont rien de commun avec ces types en sueur qui s’épuisent sur les courts de tennis ou sur les parcours de golf tandis que leurs employés font fructifier leurs fortunes.

On sucre les aides aux associations, on augmente le coût des frais d’études, on supprime des postes de fonctionnaires à tout va, on pressure le populo que l’on précipite dans la misère en ne lui offrant pour s’en sortir que l’économie parallèle. Les petits trafics, la drogue.

C’est super la drogue. Cela fidélise la clientèle, ça empêche de penser, ça éloigne de la politique, ça vous fait des générations à la botte que l’on surveille du coin de l’œil… Electronique, l’œil.

La Grande Bretagne est championne du monde de la caméra. On voit le résultat, l’efficacité. Cela ne dissuade pas. C’est comme la veuve, la guillotine qui n’a jamais empêché un seul assassinat, mais qui satisfait l’immense bonté des pétochards, des foireux, des chiasseux. Là, on va passer les bandes enregistrées et on va demander aux moutons d’aller bêler auprès des bobbies le nom de ceux qui sont allés se servir dans les magasins des choses dont ils avaient envie depuis des mois, des années, qu’ils ne pouvaient pas se payer mais « si à 40 balais t’as pas une Rolex, c’est que t’as raté ta vie ». J’ignore si cette merveilleuse phrase de morale sarkosyenne a été traduite en english, mais ce que je sais, c’est qu’ils doivent avoir des fils de pub. Qui valent les nôtres.

 

On va me dire, « comment ? Vous n’êtes pas solidaires des petits commerçants qui ont perdu… » .

« Vos gueules les mouettes ! Les ch’tits commerçants, ils ont oublié de payer une assurance ? Alors, les frères Raptout, ce ne serait pas ceux qui prennent leur pied devant leur écran de cotation ? Les responsables, ce ne serait pas les politiques réactionnaires, conservateurs, défenseurs du paquet d’actions et de la rente à gogo ? Bien sûr, que c’est de la racaille qui pille et qui brûle, mais ce n’est jamais que les enfants de la racaille en cols blancs qui les gouvernent et les inspirent.

« Cela n’a rien de politique », pleurnichent les chiasseux qui craignent que l’on vienne s’en prendre à leurs résidences principales voire secondaires, leurs yachts et autres collections de bolides et de tableaux de maîtres. Tu parles ! Ce sont vos disciples. C’est vous qui les avez convaincus avec vos pubs, votre presse pipeule, votre manière d’agir et de penser. TPMG. Que le meilleur gagne ! Darwinisme social à tous les étages. Message reçu 5/5, que la force soit avec moi et avec mon pavé. Et que je te casse la vitrine, allez-y les gars, aujourd’hui, c’est gratis. C’est qu’on est les plus forts. No future ! Let’s go kids ! Ca ne va pas durer. C’est jour de soldes. Prenez tout et courez, courez, courez vite, sinon, le vieux monde va vous rattraper et vous manger. »

 

C’est donc avec calme et sérénité que l’on va attendre l’extension de la grande braderie estivale.

Une élévation de température. Une énième interpellation au faciès qui tourne mal. La petite provoc policière de trop. Et ça part, parce que ça mijotait depuis des années, parce que rien n’a été fait depuis les dernières émeutes, parce que ce sont toujours les mêmes qui gagnent, parce que ce que l’on voit à la téloche, ça inspire.

Parce que Momo a envoyé un twitt à ses potes, pour se marrer et qu’ils y ont cru et que tout le monde s’est retrouvé devant le magasin Apple ou Lacoste ou Addidas, est-ce que je sais ?

Peut-être qu’il ne se passera rien. Parce qu’ils sont fatigués, parce que c’est ramadan et qu’on va attendre bien sagement la fin. Les diurnistes vont nous parler d’une rentrée chaude. Eh bien, ça nous changera de l’été.

 

Mais sûr, que ça va péter, un de ces quatre. Et ce ne sont pas les bavards de gauche, les politiciens qui vont les mobiliser, les canaliser. Des bouffons. Ils nous chient dessus depuis des générations. Ils vont voir notre colère accumulée. Même si on doit y rester.

Vivre ou mourir.

 

 

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