Comme tous les ans depuis un peu moins de cent ans, les citoyens sont appelés à aller se réunir autour des monuments aux morts pour la Patrie.
La Civilisation Occidentale, chrétienne et impérialiste, venait de quasiment se suicider en réussissant à se lancer dans une Première Guerre MONDIALE. Chef-d'oeuvre incontesté de sa supériorité morale, voire du triomphe de la race blanche sur les races de couleurs, à l'époque, considérées comme inférieures et composées de "sauvages". Les expo coloniales ultérieures illustreront sans rougir cette approche de la réalité du moment.
Mon grand-père participa à cette guerre. Attention ! Pas planqué dans les bureaux d'Etat-Major, mais dans les tranchées. Il y perdit son frère aîné. Il fut blessé trois fois. Et on le libéra en 1919 après l'avoir enrégimenté en 1915.
(Voir "Mémoires croisées d'un poilu de 64 ans et de son petit-fils de 70 ans" par Gérard Planterose, à commander à Thebookedition.)
<img src="http://www.thebookedition.com/images/bannieres/banniere-v-106484.jpeg" border="0" alt="Le livre 14-18 Souvenirs croisés">
Après avoir vécu cette boucherie où les officiers supérieurs montrèrent leur quasi-indifférence à la piétaille, où le soldat n'était qu'un soldat de plomb entre les mains de sales gosses issus pour la plupart de la bourgeoisie bien-pensante, mon Pépé était persuadé, comme tous ses copains qu'il avait fait "la DER des DER".
Vingt ans plus tard, ce fut "la drôle de guerre" qui précéda la IIe Guerre Mondiale, encore une réussite absolue de la Civilisation Occidentale, dont on put admirer les progrès technologiques et économiques : guerre de matériel, génocide industrialisé, et recours à l'arme atomique, jamais considérée comme faisant partie des crimes contre l'Humanité. Les japonais ne seraient donc pas des humains ?
Seuls, les vaincus et les petits dictateurs sont des "criminels de guerre". Les vainqueurs ? Jamais.
Je suis désolé, mais je ne me joindrai pas aux cérémonies du 11 novembre.
Entendre des "plus jamais ça !" ou "nos héros" et autres évocations avec des trémolos dans la voix avant d'aller boire un coup à la mairie aux frais du contribuable, non ! Pouce ! Je ne joue plus.
D'autant qu'il n'y a jamais eu autant de guerres un peu partout sur la planète. Que ce soit l'EI après Al Qaïda, et la Lutte contre le terrorisme" soit "la guerre perpétuelle" telle qu'imaginée par Orwell, que ce soient les bruits de bottes dans l'est de l'Ukraine et autres conflits en Afrique...
J'ai toujours admiré et aimé mon grand-père, mon héros d'enfant que l'adolescent découvrit "cocu magnifique" et chaque année "magnifié".
La sonnerie aux morts le faisait pleurer, car lui revenaient à la mémoire les visages de ses "frères d'armes", toutes ces jeunes vies sacrifiées sur l'autel des nationalismes, des profits, des intérêts supérieurs des Etats et des capitalistes.
"L'appel aux morts" n'était pas une abstraction. Les odeurs des cadavres en décomposition, des attaques aux gaz qu'il avait subies, les peurs, le bruit continuel de la canonnade, les rires et les angoisses, le déchirement de la chair, les cris des blessés et les corps que l'on balançait dans des bennes pour aller les enfouir dans des charniers.
Merci bien ! Mais, quand une civilisation vous bassine l'entendement avec son "devoir de mémoire" et se révèle incapable de tirer des leçons de sa propre Histoire, n'est-ce pas la preuve de son absurdité et de sa nocivité ?
J'ai parfois honte d'en faire pleinement partie.
Gérard Planterose