Si l'on en croit l'article du Monde, ci-joint, les français seraient de plus en plus convaincus que la pauvreté est un choix et qu'en conséquence, il est urgent de réduire les aides, que l'aumône accordée à certains est amplement suffisante pour vivre et qu'il y en a marre de faire preuve de Fraternité.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/09/12/pauvrete-le-regard-des-francais-se-durcit-les-solidarites-s-affaiblissent_4486791_3224.html
D'abord, les sondages... bon ! Qui l'a commandé ? Quelles questions ont été posées ? A qui ? A quel moment ?
L'étrange retournement de solidarité aurait commencé en 2008. Ben voyons ! Normal !
M. Sarkozy, grand ami du Medef comme son prédécesseur et son successeur est au pouvoir. La presse est aux mains du patronat et pas des petits patrons. La mise en condition des esprits peut jouer à fond. Renversement de la raison cul par-dessus tête : ce ne sont pas les patrons qui licencient mais les salariés qui se déclarent chômeurs parce qu'ils ne veulent plus aller travailler et percevoir de copieuses indemnités.
D'où les usines de fabrication de "parachutes en or", pour ouvriers et ouvrières mis à la rue. On croit rêver !
Ce qui est formidable, c'est que ça marche ! De plus en plus d'exploités votent pour leurs exploiteurs, considèrent leurs frères de misère comme des ennemis et c'est ainsi que "les pauvres votent à droite". Lire le livre de Thomas Frank "Pourquoi les pauvres votent à droite ? " paru chez Agone.
Et dans le fond, Le Monde, avec sa distanciation distinguée, contribue peu ou prou à banaliser cette tendance qui fait le bonheur du Medef et de la Madone des Pétochards, Mme Marine, grande prêtresse du système et surtout alliée indéfectible du grand patronat, comme l'a toujours été l'extrême droite, tout en disant le contraire.
La tendance à la "désolidarité", c'est l'éclatement de la société, c'est la mise en concurrence permanente de tous contre un, et d'un contre tous, c'est diviser pour régner, c'est le règne de la loi du plus fort. Ceci explique le comportement mafieux des milieux d'affaires et des partis politiques qui les servent.
Le triomphe du libéralisme en transes est atteint lorsque l'on aura réussi à convaincre que chacun, chacune est une petite entreprise. L'auto-exploitation, voilà l'avenir. Après tout, le travail salarié a toujours été un peu, une prostitution de soi-même. "Savoir se vendre" n'est-il pas un des thèmes incontournables des ESC et autres stages de recrutement.
Alors, un être humain qui refuse de se vendre à n'importe quel prix, qui ne veut pas être bradé, qui fait la fine bouche et qui sombre dans la misère, devient, dans ce système-là, un "salaud de pauvre", l'âne de la fable des Animaux Malades de la Peste.
La bataille contre l'idéologie capitaliste, new-look et ringarde à la fois, est quotidiennement nécessaire.