Lampedusa : l'Europe s'y noie aussi !

 


 


 

On estime qu'environ 25000 personnes se sont noyées en Méditerranée depuis le milieu des années 1990. Chiffres approximatifs, bien entendu. Alors, on verse une petite larme et la plupart, charitablement, se disent : "25000 de moins, toujours ça de fait." On passe à autre chose. Vite. Avec un petit rot de honte qui titille l'estomac. Qu'est-ce que 25000 inconnus ? Pour imaginer ce que cela signifie, il faut faire preuve d'imagination. Considérer la ville, le village, le quartier dans lequel on vit et se dire que tous les habitants se sont noyés dans les eaux froides de la mer. Car l'eau de mer est presque toujours froide au large de nos côtes.

Et puis, qui peut mettre un visage sur 25000 disparus ? Hein ? Les habitants de Lampedusa ou de Malte, ou de Tarifa. Et encore, pas tous.

Ce qui prouve aux démagogues du FN, de l'UMP et du PS, suivez mon regard, que les frontières européennes sont loin d'être une passoire et que, venir tenter sa chance dans les pays riches n'est pas une promenade de santé, comme certains voudraient le laisser croire.

Frontex (agence européenne de gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des Etats membres) veille. Satellites de surveillance, navires garde-côtes, police des frontières...

Certes, il paraîtrait que "nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde". Sauf que nous sommes, tous, collectivement responsables de cette misère.

Qui encourage les guerres tribales en vendant des armes aux belligérants ? Qui profite de l'instabilité de certains pays pour faire son marché en matières premières, en diamants, en métaux rares ? Qui pille les réserves halieutiques des côtes africaines ? Qui soutient les dictatures amies et tolèrent plus ou moins les autres ? Qui a besoin de main d'œuvre pas chère, corvéable à merci ? Qui institue la peur comme moyen de gouverner en dénonçant des boucs émissaires pour détourner l'attention du peuple des vrais responsables de la crise permanente du système en place ? Qui joue avec les craintes, les tripes, les foies des petites gens pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes et l'FN pour un parti normal alors qu'il ne fait que copier l'un des fondements du nazisme, la désignation d'une minorité ethnique responsable de tous les malheurs de la majorité du peuple ?

 

Entre l'assassinat d'une enfant par un adulte fou et le jeu pervers des boursicoteurs avec la valeur des denrées alimentaires qui sont à l'origine de famines dans le monde, sur qui s'apitoient les médias ? La dénonciation des camps de roms, avec des accents parfois vengeurs ou hypocritement sanitaires ("On ne peut pas laisser des gens vivre dans un tel cloaque !") débouche sur le renvoi de ces populations dans leur cloaque d'origine. On oublie que ce sont dans de telles conditions de vie que la main d'oeuvre immigrée importée d'Italie, d'Espagne, du Portugal et d'Algérie vivait pour nous aider à reconstruire la France dans les années cinquante et soixante.

Depuis, ils sont devenus citoyens français. Ils ont payé cher ce droit que certains continuent de leur contester avec cette bêtise indécrottable de la notion de "français de souche" qui est en soi une stupidité phénoménale puisqu'elle nie d'un trait d'ignorance toute la longue histoire du peuple français.

Enfin, bientôt deux générations après la barbarie de l'Eurasie, de Brest jusqu'à Vladivostok, la honte s'est estompée. Pour un peu, elle aurait changé de camp. Les bourreaux de jadis, fascistes et nazis seraient bientôt les résistants d'aujourd'hui. Quant aux communistes, tous nés après la mort de Staline, ils sont condamnés à se taire puisqu'ils ne peuvent être que staliniens.

Comme on a oublié les causes de la montée des totalitarismes, on peut à nouveau mettre en place un totalitarisme "doux", celui du "capitalisme de la séduction", du consumérisme roi et du Dieu Fric comme seul salut et raison de vivre de l'Humanité.

Malheur aux gens sans mémoire !

Honte aux humains sans cœur !

Ce sont des somaliens, des érythréens qui ont trouvé la mort, cette fois-ci. Ils viennent de l'Est de l'Afrique. Comme nous tous. ( Ne jamais oublier que l'Est du rift africain est le berceau de l'Humanité)

Si nous ne bouleversons pas notre manière de vivre, de faire de l'économie, d'agir, nous allons à notre perte.

La solution à ces problèmes migratoires passe par une profonde reconsidération de notre façon de vivre dont le respect de la Nature, la solidarité entre les humains, le paiement du juste prix pour les marchandises, l'arrêt des agricultures productivistes, l'embargo sur les armes, la confiscation des fortunes de l'argent sale dans les paradis fiscaux, la nationalisation des avoirs des dictateurs investis en Europe, l'augmentation des aides au développement des pays du Sud avec contrôle de ces aides par les citoyens eux-mêmes...

Rien d'exhaustif dans ces propositions. Mais on commence à toucher à l'essentiel.

Par peur d'accueillir des hommes, des femmes, des enfants que notre égoïsme a contraint de fuir leurs pays d'origine au risque de leurs vies, c'est nous, c'est l'Europe qui se noie aussi dans les eaux d'azur de la Méditerranée, cette "mare nostrum" des romains qui, en réalité, appartient à tous les terriens.

Quoique le veuille la propagande de nos médias bien en mains, notre avenir, notre honneur, le rayonnement de nos valeurs les meilleures ne peuvent s'épanouir que si nous savons affronter les réalités de notre passé et si nous savons assumer nos responsabilités.

 

 

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