Grand débat ou grande illusion ric rac ?

«Emmu-roi» notre cher président ne sachant comment se sortir d’une situation conflictuelle que sa politique a mis en branle, croit que le «Grande Débat» va permettre aux pleupleus de se défouler, et d’arrêter d’aller à la rue tous les samedis, comme, jadis, on allait à la messe le dimanche ou à la mosquée le vendredi.

La partie du peuple qui gagne moins de 2000 €/mois et par foyer fiscal avait déjà acheté un parapluie à phynance, puisque les rééééforrrmes du marcheur en chef allaient déclencher un ruissellement, que dis-je, une mousson d’emplois nouveaux, d’investissements réels, de créations d’entreprises, une ré-industrialisation de la France, de moins en moins éternelle.

Que nenni ! Certes, les actionnaires du CAC 40 ont eu droit à des augmentations de leurs placements financiers à deux chiffres, tandis que les retraités, les fonctionnaires, les salariés voyaient leurs revenus non seulement stagner mais aussi régresser.

Saperlipopette ! Il y a de quoi être en rogne. D’autant que nous vivons, sauf preuve du contraire dans un pays, dans une république qui a pour devise : «Liberté, Egalité, Fraternité».

Le devoir d’un Président de la République et de tout gouvernement, c’est de donner réalité à cette devise, inscrite au fronton de nos mairies.
Celui qui, pour le plus grand bonheur des nantis qui l’ont propulsé là, à charge d’augmenter leurs privilèges en s’essuyant les escarpins sur cette devise, doit s’attendre à ce que le «peuple souverain» exige un changement de cap, voire de capitaine.

On me dira que le «peuple souverain» ne serait qu’une formule pour faire accroire aux masses qu’elles sont le vrai pouvoir par le truchement de leurs représentants.
Et puis, qu’est-ce que le peuple ? Il est plus facile de déclarer : «Je suis Charlie» que «Je suis le peuple».
Le peuple, c’est aussi bien l’ouvrier, le petit commerçant, l’agriculteur que les cadres et autres responsables de management.
Le plus bouleversant c’est de voir face à face des gens appartenant à la même catégorie sociale, l’un habillé d’un gilet jaune ou rouge et l’autre en robocop bien dressé pour défendre la politique qui l’oblige à aider ses vieux parents et à matraquer sa fratrie, ses copains ou ses oncles et tantes.

On comprend que ces beaux messieurs sortis de la même matrice de l’ENA, ait le caleçon légèrement brenneux ces temps-ci. «Pourvu que les forces de notre ordre tiennent le coup !» Primes et félicitations à la clef. Compréhension des excès commis par les plus violents. Enquêtes en cours et sanctions remises à plus tard. Jamais de comparution immédiate.
D’où la nécessité de monter en violence, de ne montrer que ce qui fait du buzz, de distiller de la peur, et de dénoncer avec véhémence cette violence spectaculaire bien en deçà de la violence cachée de cette honte des gens en situation de précarité, de cette angoisse perpétuelle pour boucler les fins de mois, de cette hantise de perdre son emploi, de cette perpétuelle adaptation à des changements technologiques, qui se font dans le cadre d’une mondialisation haïe, à la fois mal comprise, et trop bien ressentie.

A l’heure du grand déballage médiatique, à l’heure de l’information en continu, à l’heure des réseaux sociaux, à l’heure de la surveillance étroite des citoyens, on veut nous faire croire que l’actuel gouvernement serait à l’écoute des gens et attendrait impatiemment des propositions pour satisfaire leurs revendications qui leur seraient inconnues ?

On a surtout constaté que les macroniens, gens appartenant aux couches supérieures de la société et désirant le demeurer, se sont, jusqu’à aujourd’hui montrer absolument sourds à ce que les élus municipaux leur disaient, eux qui sont au contact direct de la population, d’une façon inversement proportionnelle à la grandeur de la commune qu’ils dirigent. Idem aux propositions et amendements de leurs collègues de l’opposition.

Qui va oser participer à cette mascarade ?

En effet, l’on sait déjà, que ce qui sera écrit ne fera pas force de loi, et parfois, heureusement. Non pas que le peuple soit nécessairement imbécile et indigne de se diriger, mais parce qu’il est divers et que, parmi les citoyens qui le composent, il en est qui constituent des dangers et des menaces pour la cohésion de la nation : nationalistes étriqués, égoïstes TPMG, «Tout Pour Ma Gueule», pétochards partisans de la peine de mort, haineux de la liberté et de la République désirant un maître, anti-laïques notoires, empêcheurs de s’aimer et de s’unir librement, anti-tout...

C’est pourquoi le RIC est une mauvaise solution à un vrai problème.
Partager le pouvoir, définir ce pouvoir, cela exige une conscience de l’intérêt général, sachant que les intérêts personnels doivent parfois s’effacer devant cet intérêt général.

Substituer le coup d’Etat permanent que constitue la Ve République à un régime des partis n’est pas non plus la solution.

Par contre, est-il normal qu’aucun élu n’appartienne à la classe ouvrière ou aux petits salariés du tertiaire ? La représentation nationale ne représente que la bourgeoisie haute et moyenne. La classe populaire en a été éliminée avec l’effondrement des partis de gauche qui l’ont trahie. Comment lui redonner sa place ?

Si M. Macron voulait laisser à la postérité une image différente de celle de Président des riches, il n’a qu’à mettre en place une Assemblée Constituante pour construire la VIe République AVEC tous ceux qui sont prêts à cogiter pour que notre pays recouvre sa place, en étant adaptée à la réalité de notre époque.

D’aucuns diront qu’ils n’en ont rien à cirer. «Comment est-ce que je vais finir le mois ?»
Il est vrai qu’une augmentation plus que substantielle du SMIC serait plus apaisante que le grand bavardage du grand débat.

Les marcheurs aveugles la main sur l’épaule du précédent et tous suivant le «premier de cordée» qui les mène vers le gouffre, (merci Breughel) feraient bien de se réveiller et de se déciller en se révélant de vrais représentants du peuple.
Puis-je leur rappeler que dans la Constitution à laquelle ils appartiennent, c’est au gouvernement de mener la politique de la Nation et au pouvoir législatif de le contrôler, soit en lui donnant quitus, soit en le sanctionnant.
Pour le moment, ce sont les godillots qui sont responsables de l’usure des grolles des gilets jaunes. Il est temps que cela cesse.

Et puis, il y a l’Europe. «Ah ! L’Europe ! l’Europe ! L’Europe ! crient-ils en sautant comme des cabris !» (Mongénéral)

Est-elle prévue dans le Grand Débat ? Un RIC ? On a vu ce que cela donnait, jadis, quand les français ont osé répondre «non» au referendum sur le traité de Lisbonne.
Et ils en redemandent ?
Naïfs.

 

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