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Billet de blog 17 janvier 2014

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Affaire Lambert : Qu'est-ce que vivre ?

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A l'occasion de l'Affaire Lambert où, d'un côté, une équipe médicale et l'épouse d'un homme qui connaissait bien le milieu médical et lui avait confié qu'en cas de "malheur", il ne fallait surtout pas s'acharner et le laisser mourir ; et de l'autre, des parents, catholiques rigoureux qui s'en remettent à Dieu et osent prétendre que leur fils n'est nullement mourant, "il est juste handicapé", il faut se poser la question : vivre, c'est quoi ?

http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/01/16/fin-de-vie-vincent-est-otage-d-un-mouvement-pour-la-vie-coute-que-coute_4349610_1651302.html

La réponse n'est pas facile. Et pourtant, chacun devrait se la poser.

Il me semble que si l'encéphalogramme d'un patient est plat, il est déclaré cliniquement mort. Même si, à l'aide de toute une machinerie, on peut continuer à l'alimenter, à maintenir "la machine humaine" en fonctionnement.

C'est donc qu'une des premières conditions pour reconnaître quelqu'un de vivant, c'est d'être sûr que le cerveau pourrait éventuellement refonctionner.

Or, on a vu des comateux revenir au réel après des mois et des mois d'absence.

Par ailleurs, reste le problème de ces personnes qui sont dans une situation d'extinction lente et inéluctable de leur corps. C'est le cas pour ce Monsieur Lambert, c'est le cas de certains cancéreux en phase terminale, c'est le cas des très grands vieillards qui n'ont plus qu'une envie, c'est de partir, terme qui remplace mourir. Toujours cette peur ancestrale de la Mort qui, pourtant est programmée dès l'instant de notre naissance.

Oui ! Mais tout en sachant bien que nous sommes mortels, nous vivons ou faisons semblant de vivre comme si nous étions éternels. Folie ordinaire des humains, seuls animaux conscients de leur finitude.

Or, s'ils désirent mourir, c'est qu'ils sont encore conscients, donc on leur refusera d'assouvir leur vœux puisque vouloir c'est vivre !

Quant à ceux qui sont dans l'incapacité d'exprimer ce vœux, alors, ils doivent être protégés contre la volonté de ceux qui osent s'exprimer à leur place. Les sophismes pleuvent drus. Surtout s'ils sont maniés par des fous de Dieu.

Derrière ces hésitations, il y a à la fois, un vieux relent de croyance en une divinité supérieure qui aurait seule compétence en la matière. Croyance qui peut être aussi, parfois, chez les plus fous, accompagnés de l'idée de "souffrance rédemptrice", que certains médecins modernes et compatissants condamnent en ayant recours à tous les antalgiques possibles.

Il y a aussi les dangers de vouloir hériter plus rapidement, de moins coûter à la société, d'abréger les souffrances morales de l'entourage.

Et puis, avouons-le, il y a cette part de non-connaissance des mystères de la vie que tout médecin et tout individu sensé admet volontiers. Nous ne savons pas tout. Nous apprenons chaque jour. Nous sommes continuellement étonnés. A commencer par la résistance de la carcasse humaine.

Mais, toutes ces bonnes ou mauvaises raisons ne répondent pas à la question : vivre, c'est quoi ?

Cela varie selon les individus. Très, très variable la conception que nous avons de la vie.

Pour certains, passionnés par leur métier, c'est travailler, marner et encore bosser. Vous leur supprimer le boulot, ils tombent en déprime. La retraite ? Une aberration ! Pourquoi pas ? Respectons leur philosophie, leur art de vivre, leur liberté de vivre selon leurs désirs. A condition qu'ils ne deviennent pas des gourous, des stakhanovistes voulant élargir leurs conceptions à l'ensemble de l'humanité.

Les artistes, les comédiens, les écrivains, les chercheurs font partie de cette catégorie de gens qui, à l'instar de Molière, ne désirent qu'une chose, mourir en scène ou le pinceau à la main. On ne saurait condamner quelqu'un à ne plus créer sous prétexte qu'il aurait atteint une limite d'âge. Absurde.

En un mot, il ne saurait y avoir de vraie vie sans création. C'est par ce que l'on a créé que l'on passe à l'éternité. C'est un peu ce qui explique notre propension à nous reproduire, création à la portée de tout le monde ou presque, et puis un livre, une sculpture, des photos, des tableaux, des agrandissements de maison, enfin tout et n'importe quoi sorti du cerveau et des mains de leur créateur.

Pour d'autres, c'est jouir du temps qui passe, c'est se promener, c'est rencontrer d'autres humains, c'est baiser, boire et manger sans excès mais avec art. C'est se sentir pleinement maître de soi-même, et satisfaire ses sens. Epicure n'est pas mort. Toujours bien vivant, mieux compris, laissons les chattemites et autres maudits puritains continuer de le conspuer. C'est qu'ils confondent goinfrerie et plaisir de manger, l'amour et la gymnastique, le bonheur d'un vin de qualité et l'ivrognerie. Epicure a toujours défendu la mesure en toutes choses.

Les fondamentalistes religieux, eux, sont excessifs en toutes choses à commencer par l'hypocrisie.

Pour d'autres, c'est accumuler des biens, du capital, faire de l'argent, de la tune et dépenser sans compter puisqu'un vrai riche ne sait pas combien il possède. Ce qu'il sait, c'est qu'il ne pourra jamais dépenser tout ce qu'il a et le pire qu'il puisse lui arriver c'est de ne plus avoire envie de faire de l'argent. Ces adorateurs de Mammon n'ont qu'un défaut et de taille, c'est qu'à partir d'un certain moment, ils ne peuvent accumuler des capitaux qu'au détriment du plus grand nombre.

D'aucuns ne se sentent vraiment heureux qu'au sein de leur famille et de leurs amis qu'ils régalent des légumes de leur potager. Un bon livre, un film, une sortie au théâtre, des musées, et la Nature ou ce qu'il en reste. des modestes. Des humbles. Des Candide. Oui, mais heureux !

A partir du moment où un individu, pour des raisons physiques, ne peut plus jouir de tout ce que nous venons de décrire, on peut considérer qu'il est déjà mort, qu'il n'est plus qu'une machine humaine dépendante d'autres machines.

Alors que faire ? Les gens raisonnables, les spécialistes, les médecins appliquant à la fois, le Serment d'Hippocrate et la loi Leonetti, après mure réflexion, après bien des réunions, après avoir considéré ce qui est le mieux pour le patient en arrivent à conclure qu'il est temps de mettre un terme à l'agonie. Cette vie-là n'est plus une vie. C'est une caricature de vie. C'est une souffrance inutile. Une torture infligée à la fois au malade et à ceux qui l'aiment. Ils agissent dans le cadre christique de l'amour que nous devons à nos prochains qu'ils soient croyants ou athées.

On pourrait croire qu'il est bien plus facile pour un croyant de laisser la Nature ou Dieu accomplir  son œuvre qu'à un athée qui sait, lui, qu'après la mort, c'est le retour au néant d'où nous venons tous.

Dieu ne nous ayant point fait dépendants des machines, je ne vois même pas ce qu'un croyant plus ou moins fondamentaliste va faire chez un médecin. La maladie étant une volonté de Dieu, la guérison en est une autre. Nulle intervention des hommes de sciences là-dedans, sauf si l'on a affaire à des hypocrites de première grandeur. La preuve ! Il n'y a aucun verset, aucun hadith, aucune sourate dans la Bible, Le Nouveau-Testament, le Coran qui ont fait avancer la connaissance scientifique d'un iota. En conséquence, la foi n'a rien à voir avec la médecine, le respect de la vie et tutti quanti même si certains médecins sont croyants et de plus, parfois, excellents en leur art.

Et puis, en ce centenaire de la Guerre de 14-18, on se souvient du rôle des religions qui s'arrogent le droit exclusif de lever le tabou : "Tu ne tueras pas "! Aux anglais avec "Dieu est mon Droit" s'opposaient les allemands avec "Gott mit uns" sur leur ceinturon. Que viennent faire ces pourvoyeurs de massacres, ces complices de l'horreur guerrière, ces prêcheurs de la Guerre Sainte dans les comités d'éthique ?

Et puis, pourquoi cet acharnement à maintenir en vie une machine à forme humaine ? Que deviennent les prônes que nous assènent les prêtres sur la Vie Eternelle, sur la Vraie Vie, cette vie terrestre n'étant qu'un passage obligatoire pour aller vers ce Ciel où règnerait donc la perversion en maîtresse absolue ?

Il y a là une contradiction qui me fait douter de la sincérité de la foi de ces gens-là.

Je ne saurais trop recommander d'avoir sur soi, dans son porte-feuilles, un petit texte signé et daté, où, "en pleine possession de mes moyens intellectuels, je demande qu'en cas d'accident très grave, il n'y ait nul acharnement thérapeutique et que j'autorise le corps médical, après bilan concerté, à mettre fin à mes jours si je suis dans l'incapacité de le faire moi-même."

Cela permettrait à l'équipe médicale et aux proches de faire leur travail en toute sérénité sans que le cas ne vienne devant des tribunaux, où des hommes investis du pouvoir sacré de décider, n'en demeurent pas moins des êtres faillibles et que d'éloquents avocats peuvent influencer et conduire à prendre des décisions pour le plus grand malheur de l'humanité.

Car la première condition pour vivre vraiment, c'est de le vouloir. Et pour le vouloir, il faut ou être conscient, ou avoir pris ses précautions. Et le tout en toute liberté si tant est que nous puissions être vraiment libres.

Décidément, il est urgent qu'une loi définisse clairement les conditions pour que l'euthanasie soit rendue possible.

http://www.lemonde.fr/sante/article/2014/01/17/bernard-lebeau-l-affaire-lambert-demontre-la-necessite-d-une-legalisation-de-l-euthanasie_4349684_1651302.html

Vivre, c'est aussi, pouvoir mourir dans la dignité. Et choisir de mourir peut, dans certains cas, être le summum de l'exercice de la liberté.

PS : Je vis avec une épouse atteinte d'une maladie génétique qui lui détruit lentement les poumons et qui subit avec constance et amour le lent supplice du garrot. Les médecins font ce qu'il peuvent et nous sommes encore très heureux d'être ensemble. Mais...

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