Fang Fang « Wuhan, ville close » (Stock)

Fang Fang est une écrivaine chinoise contemporaine qui passa son adolescence sous le régime de la Révolution culturelle de triste mémoire. Wuhanaise de longue date, romancière reconnue, elle a tenu un journal de confinement, du 25 janvier 2020 jusqu’au 24 mars.

Elle postait son journal sur le réseau Weibo, souvent fermé, puis ré ouvert au gré des censeurs. Ce journal suivi par des milliers de chinois a réussi à paraître en détournant la censure et c’est donc la vie quotidienne d’une ville confinée qui nous est offerte.
On en apprend plus sur la Chine contemporaine qu’au travers des reportages qui nous sont envoyés par nos reporters. Et puis, on accède à la mentalité des Wuhanais et des wuhanaises ce qui ne manque pas d’être assez étonnant.

Compassion, courage, endurance, critique des administrations, des « responsables » locaux aussi irresponsables que les nôtres, négation de l’épidémie avec cette déclaration solennelle d’un « expert », tout au début : « le virus ne se transmet pas entre humains ». (sic)
Nous autres français, avons eu droit à : « le port du masque est inutile et même dangereux ! » Ne l’oublions jamais !

Et Fang Fang de réclamer que les « irresponsables » qui sont à l’origine de la pandémie, car si elle avait été arrêtée plus rapidement, elle aurait fait moins de morts, soient poursuivis et condamnés, ou au moins qu’ils aient la décence de démissionner de leur fonction.
Revendication qui pourrait être reprise chez nous. Peu probable que nous assistions à cette preuve de courage et d’honnêteté intellectuelle.

Or, nul doute que l’on racontera une histoire où le maximum aurait été fait et que les familles des victimes n’ont qu’à sécher leurs larmes en étant bien contentes d’être encore de ce monde.

Fang Fang fait partie, apparemment des gens qui croient en une vie au-delà de la vie. Soit ! L’athéisme d’une société communiste, marxiste, et ultra-capitaliste n’a pas effacé les superstitions. On le savait, on en a confirmation.
J’y ai appris que les chinois ont la larme facile, comme l’avait mon grand-père maternelle.
Certes, on a affaire à une privilégiée du système, ancienne présidente de la société des écrivains de Wuhan à la retraite, logée dans une résidence d’artistes et d’écrivains, tous respectueux des consignes gouvernementales et solidaires des travailleurs qui continuent à entretenir les rues, à apporter la nourriture, à combattre l’épidémie dans les hôpitaux, en en construisant plusieurs en quelques semaines au péril de leur vie. Bel élan de solidarité de la part des autres provinces qui ont envoyé des renforts.

Jusqu’au jour on l’on apprend qu’il n’y a plus de wuhanais contaminés et plus un mort du Coronavirus à déplorer.
C’est à partir de ce jour-là que le déconfinement peut doucement commencer.

Nous devons nous inspirer de ce vécu, vu par une wuhanaise enfermée dans son appartement avec son vieux chien et ses journées, commençant à midi, passées à surfer sur le net, puis à écrire son journal, inlassablement, quotidiennement, jusque’au-delà de minuit.

Lecture indispensable pour comprendre pourquoi, depuis des mois, la Chine a vaincu le fléau et n’a pas eu de seconde vague.
Et puis, une belle description de l’emprise des administrations qui rejoint ce que David Graeber décrivait dans son livre « Bureaucratie » et qui nous concerne directement.

Ah ! Fang Fang n’a jamais appartenu au PCC… Ce qui explique qu’elle est surveillée par les Anastasie de weibo, et parfois sérieusement conspuées et critiquées par les ultra-nationalistes, qui eux, semblent tolérés.

 

PS : lors du premier confinement, j’ai, moi aussi tenu un Journal de confinement, qui a intéressé quelques médiapartiens et n’a jamais fait la une du fil des blogs.
Ne chinoisons pas Médiapart. Je ne fais pas partie de l’élite de la Nation. Comme Fang Fang, je l’ai écrit « pour que nos descendants sachent ce qu’il s’est passé ». Toujours lisible sur mon blog et paru chez THEBOOKEDITION sous le titre « Journal de confinement de Max Angel » vendu à prix coutant.

 

 

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