Journal d'un amoureux de la vie au temps du Corona Virus

13e jour de confinement Samedi 28 mars Et la pire semaine commença.

 Dans la nuit qui vient, une heure de moins.
Dans la journée qui s’écoule encore quelques milliers de terriens qui disparaissent prématurément. Le pourcentage de décès par rapport aux contaminés fluctue mais se maintient dans une zone relativement basse autour de 3%, ce qui demeure supportable même si des moins de 65 ans y passent, et si quelques pays ont une mortalité supérieure.


David Z. Lutte contre le Conar Virus, il est très fatigué, parle difficilement, le moral un peu atteint malgré le soutien de ses copains et amis qui ont organisé un apéritif en visioconférence, pour tenter de lui donner du tonus. Mon fils aîné va aller lui rendre visite s’il ne va pas mieux demain. Je lui fais confiance, il va se protéger, mais…


Ce matin, je suis descendu chercher la presse. Quasiment personne dans le magasin. Puis visite chez le boucher. Tout le monde se méfie de tout le monde. Après des poussages de porte, des rendu de monnaie, je me passe les mains à la solution hydro-alcoolique que j’ai dans ma poche. Cela devient un réflexe. Tout comme le port du masque « inutile » mais dont on nous apprend que l’on vient d’en commander 1 milliard d’exemplaires acheminés depuis la Chine par un « pont aérien » (sic). Dans le vocabulaire macronien ou Hadès supplante Zeus, le terme évoque le fameux « pont aérien » qui ravitailla Berlin au pire moment de la Guerre Froide.

Attendons-nous, éventuellement, à un « new-deal », pour remettre l’économie mondiale en lambeaux. D’autant que les « agences de notation » continuent comme devant à noter les pays comme si de rien n’était.


Après l’histoire de la « grippe chinoise » pas pire qu’une grippe saisonnière, on « bachelotte » avec les masques et les kits de détection. On se souvient du vaccin obligatoire et des réserves de masques commandés par Mme Bachelot, les tombereaux de lazzis qu’elle reçut. Aujourd’hui, c’est une réhabilitation, une « résilience ». Mot à la mode. Grâce lui est rendue. Et l’on se demande où sont partis les millions de masques non utilisés. Périmés car l’élastique serait devenu faiblard. Jetés ? Consommés ? Expédiés dans les pays pauvres ? Je n’en sais rien. Et personne encore pour nous donner des explications.

Cette après-midi, toujours ensoleillée mais ça ne va pas durer, je suis allé aider mon maraîcher à tenir le coup.Habituellement, je lui achète sa production sur le marché de St Jacques. Là, je suis allé dans son hangar. Dispositions anti-Corona impeccables, étal éloigné de la clientèle, surtout des femmes, respectueuses des distances de sécurité, et produits pas plus chers que d’habitude.
Payé en liquide, donc, lavage des mains à l’hydro-alcoolique. Un petit aller et retour par la campagne printanière, peu de circulation, pas de gendarmes. Une invitation au voyage en camping-car, absolument impossible à réaliser.
Je suis revenu par Darnétal où j’ai fait le plein de la voiture à la station automatique. D’où relavage des mains à la solution miracle. C’est que j’avais touché la surface à choisir le carburant et à marquer le code de la carte bleue, plus la lance à main nue. Un samedi après-midi avec des rues de dimanche matin, lendemain de réveillon. Presque personne. Bizarre ! « Vous avez dit bizarre, mon cher cousin ? Comme c’est bizarre !"

Vous avouerai-je que ce que je crains le plus, c’est l’après Corona, avec toutes les petites et grosses crapuleries qui vont nous tomber sur le râble. Cette surveillance, cette obéissance généralisée, cette soumission au pouvoir en place, cette suppression des libertés pour que nous demeurions libres. Cela ressemble tellement à « 1984 » : la guerre, c’est la paix ; l’enfermement, c’est la liberté ; le confinement, c’est la santé.
Pourvu que je me trompe !
Mais quand, tous régimes politiques confondus, on arrive à confiner plus de trois milliards d’êtres humains, on se dit que l’Histoire de l’humanité est en train de vivre un moment important, inouï, parce qu’inédit. Un tournant ? Un tête à queue ? Une révolution ? Ou tout bêtement, un évènement.
Il faut garder la tête froide, le regard tourné vers l’avenir, et continuer « à bien faire son métier ».

J’ai réussi, non sans mal, à jumeler mon nouvel iPhone avec la voiture, et mon Bose qui me permet d’écouter la radio sans oreillettes. J’ai été aidé par Dante qui a vécu récemment le même problème. Donc, le bluetooth fonctionne correctement, ouf !
Preuve que nous sommes très dépendants de nos jouets électroniques, de nos moyens de communication.
Cela me remet en mémoire, notre étonnement, dans les années 80 quand nous avions vu les norvégiens et les suédois, tous marchant en ville avec un smartphone collé à l’oreille. Ils sont complètement fous ! Non ! Ils étaient seulement en avance, et nous avons tous succombé.
Le summum étant en Malaisie, où, dans les marais où vivent les horangs aslis, tribus autochtones vivant dans des huttes sur pilotis et se déplaçant en pirogue, nous avons vu un piroguier en pagne, le smartphone à l’oreille. Bonjour le dépaysement et le folklore, l’aventure. Pour un peu on se serait pris pour Joseph Conrad, alors que nous n’étions que des touristes européens à la merci de cette « modernité » que nous avons imposée aux passagers du satellite. Vive la mondialisation dont cette épidémie est le couronnement.


Mais ça flotte dans les têtes, les gouvernements, les institutions. C’est quoi ce repli sur soi, ce nationalisme ferme-frontières, en même temps que ce besoin de gouvernement quasi mondial avec entraide obligatoire.
A suivre ! Je sens qu’il devrait y avoir sous peu un rapatriement d’usines essentielles à la vie du pays, si l’on veut bien prendre conscience que des dividendes à deux chiffres ne sont plus d’actualité et que des investissements en Europe, en France sont indispensables si l’on veut croire que nous sommes un peu un pays souverain. Parce que notre dépendance vis à vis de l’Empire du Milieu, nous revient en pleine figure. Merci, le capitalisme de la concurrence et de la croissance infinie ! Ce n’est pas faute d’avoir râlé contre cette horreur charmante, ce "capitalisme de la séduction", qui a transformé les citoyens en consommateurs, les hommes politiques en marionnettes de la finance et qui conduit l’humanité à son extinction accélérée.

Monsieur le Premier Ministre avec son Ministre de la Santé nous ont joué un numéro de duettistes pour justifier tout ce qui a été fait jusqu’à présent et nous annoncer un avenir délicat. Les semaines qui viennent vont, en effet, être endeuillées et ceux qui sont en première ligne, personnel hospitalier public et privé, comme ceux qui travaillent dans les EHPAD vont s’épuiser à sauver ceux qu’ils pourront sauver, et leur tomber dessus comme une déferlante. C’est de la médecine de catastrophe, de l’urgence, où il va falloir prendre des décisions rapidement, faire des choix, trier, et préférer.


Certes, il est plus facile de critiquer depuis son ordi que d’assumer des responsabilités de « haut niveau ». M’enfin, Édouard, est-ce que oui ou non, cela ne fait-il pas des mois que le monde hospitalier crie « Au secours ! » ? Et les rapports des comités Théodule de la santé que signale le « Canard Enchaîné » de cette semaine et qui mettaient en garde le gouvernement sur les flux tendus intenables à l’hôpital, sur le manque de moyens, à commencer par nos réserves de masques de protection trop faibles, et donc qu’en cas d’épidémie nous ne saurions faire face, à qui, à quoi ont-ils servi ?
Je n’ai rien dit ! OK, OK ! « Tout va très bien Madame la Marquise ». Au fait ! De quand date cette chanson ? Juste d’avant guerre, mon chéri ! Juste avant la grande débâcle. Cette « Étrange défaite » si bien décrite par Marc Bloch. Or, le Conar-virus sert de révélateur au système globalisé qui a été imposé à l’humanité. Et ce n’est pas joli, joli.


On a beau se dire que ce n’est pas le moment de se déchirer et de faire les comptes mais de se serrer les coudes et de faire face, commenter au jour le jour, c’est tout ce que je peux faire. Et ce n’est pas toujours de gaieté de cœur.
A chacun de prendre ses responsabilités.


Comme chaque jour, voici les tendances de l’évolution de l’épidémie au niveau mondial offert par « La Tribune de Genève ». Les USA caracolent en tête, la mortalité en Italie tourne autour des 10%, et l’Afrique du Sud est en croissance de victimes.


Assez de rogne et de morts, vive la vie, vive l’amour ! Tiré de poèmes à Madeleine d’Apollinaire :

 

LE NEUVIÈME POÈME SECRET


J’adore ta toison qui est le parfait triangle
De la divinité
Je suis le bûcheron de l’unique forêt vierge
O mon Eldorado
Je suis le seul poisson de ton océan voluptueux
Toi ma belle sirène
Je suis l’alpiniste de tes montagnes neigeuses
O mon alpe très blanche
Je suis l’archer divin de babouche si belle
O mon cher carquois
Et je suis le haleur de tes cheveux nocturnes
O mon navire sur le canal de mes baisers
Et les lys de tes bras m’appellent par des signes
O mon jardin d’été
Les fruits de ta poitrine mûrissent pour moi leur douceur
O mon verger parfumé
Et je te dresse ô Madeleine ô ma beauté sur le monde
Comme la torche de toute lumière

 

 

 

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