Benallaland

Le feuilleton de l’été 2018 va se poursuivre avec ses rebondissements, ses révélations, ses analyses. Le poison va corroder le «macronisme» en marche. L’élu de 15% des français va descendre dans les sondages. L’opposition se frotte les mains et oublie ses propres turpitudes passées ou en cours.

 Cela passe le temps et l’on oublie que la démocratie, si ce n’est la République, s’écroulent un peu plus sur elles-mêmes; rongées par le système dominateur de l’ultra-libéralisme, pour ne pas dire par le capitalisme, vieux «gros mot» relevant du vocabulaire des vieilles barbes.

Or, si cet «incident», deux manifestants malmenés par un excité en mal de violence, sous le regard désabusé des forces de l’ordre dont c’est le quotidien et trop souvent la manière, va entacher à jamais le jeune Jupiter et sa bande de députés dévoués au chef qui les a faits, il faut le replacer dans le «temps long» si cher à mon maître Fernand Braudel.

Des «bavures», des scandales, secouent l’Histoire régulièrement, sans que pour autant, tout s’effondre à chaque fois.
Or, il arrive parfois, qu’un fait divers devienne, l’on ne sait pourquoi, le commencement d’un cycle évènementiel avec des conséquences plus ou moins longues. Exemple, un suicide de vendeur de fruits en Tunisie, molesté par la police, comme d’habitude, et c’est le début de ce qu’on a appelé «le printemps arabe», qui s’est terminé en été torride en Égypte, et en hiver dévastateur en Syrie.

Coup de chance pour le pouvoir en place, les français sont en vacances, sont accablés par la canicule, sont écœurés par les mœurs politiques, par les grands partis traditionnels qui se sont déconsidérés eux-mêmes, en trahissant avec constance leurs électeurs de droite comme de gauche depuis quelques décennies.

Inlassablement, il faut se demander pourquoi et comment on en est arrivé à tant de turpitudes.
L’ami Vingtras, dans son blog, nous rappelle que la réaction thermidorienne, a mis un terme à la gouvernance de la République dans l’intérêt du peuple. On retrouvera l’écho de cette volonté d’agir dans l’intérêt du plus grand nombre, en 1848, en 1871 sous la Commune, et un peu, en 1945 sous l’impulsion du CNR que les gouvernements ultérieurs vont dans un premier temps consolider puis, à partir des années 1970, éroder systématiquement sous les pressions d’une bourgeoisie insatiable, d’une mondialisation du système de libre-échange, cet ultra-libéralisme théorisé par l’école de Chicago et mis en pratique avec le couple Thatcher-Reagan, auxquels devront se soumettre tous les autres pays.
L’implosion de l’URSS accélèrera le processus, d’autant que les «Chicago-boys» prendront les choses en mains, invités par Boris Eltsine.
Même course au capitalisme «surveillé» en Chine, alliance d’un pouvoir omnipotent et d’une bourgeoisie à la fois internationalisée mais tenue en main par le PCC. Corruption assurée et pérennisée.
L’arrivée de la cotation des valeurs boursières par ordinateurs va financiariser plus vite et plus intensément l’économie dite moderne, en créant des «bulles» qui exploseront au grand dam de quelques «joueurs» et dont les pertes seront remboursées par «collectivisation». La privatisation des gains, la socialisation des pertes, tels sont les deux piliers qui assurent l’enrichissement des 1% les plus riches de la planète.

A partir de là, on peut considérer que le summum du capitalisme contemporain se trouve dans le système mafieux moderne. A l’origine, la mafia, cosa nostra, pour la sicilienne, c’est d’abord une organisation d’une région EN MARGE de l’État, si ce n’est contre l’État. C’est ce que nous a décrit l’historien anglais Hobsbawn. Un individu, nécessairement intelligent, rude en affaires, violent, va oser prendre la défense des humbles contre les excès du pouvoir politique en place, en se créant une «clientèle» reposant sur une parentèle. Il y a substitution de tyrannie. Dans leur malheur, les misérables au sens hugolien du terme, vont préférer la tyrannie «locale», d’un «padrone» connu de tous, aimé et craint à la fois, à celle d’un prince haï, rarement présent, appartenant à un pays étranger, ne parlant même pas la langue du pays.

Or, le «padrone», chef craint et respecté, ayant droit de vie et de mort sur tous, ne peut survivre que s’il est entouré, protégé par des sbires que des rites, des us, des coutumes lient en une fidélité absolue. Toute trahison se paie par la mort, non seulement du félon mais aussi du rejet de sa famille par la communauté.

L’évolution de notre société mondialisée repose sur des allégeances, des violences, semblables à celles qui existent dans le milieu mafioso. Alliances. Soumissions. Fidélité. Partage de carnets d’adresses. Mariages ou concubinages. Distractions prises en commun. Le monde des très riches est petit, restreint, même si, chaque année il voit arriver des «nouveaux riches», ces «premiers de cordée» dans le vocabulaire macronien. Lire les ouvrages des Pinçon-Charlot.

Dans le Benallaland, on est bien obligé de reconnaître, que notre président de la République, a préféré s’entourer d’une garde prétorienne «privée», montrant ainsi son manque total de confiance envers la police et la gendarmerie. Peut-être a-t-il ses raisons que le commun ignore... Mais quand un pays, un chef d’État en arrive à ce point, n’est-ce pas parce qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume ?

Qu’on ne me dise pas que le général De Gaulle qu’il est devenu séant d’admirer et de donner en exemple, ignorait le rôle joué par le SAC, dirigé par un certain Pasqua, soit une barbouzerie agissant en toute illégalité contre l’OAS et parfois les syndicats, afin que police et gendarmerie conservent une certaine forme de «pureté républicaine».
Il est vrai que ces hommes là avaient connu la Résistance dans leur jeunesse et que les coups foireux, les éliminations morales et physiques ne les effrayaient pas. Une certaine fraternité, un certain respect, une complicité existaient entre Pasqua et les responsables du PCF de l’époque.

Il est de bon ton, aujourd’hui, de béchaméliser à la moraline «drwadelomiste» nos interventions armées in the world.
Et puis, on ne couche pas impunément avec TINA. D’où, ces hommes politiques sans politique si ce n’est leur soumission aux puissances du capital qui nous conduisent au suicide collectif. Des fondés de pouvoir. Avec comme objectif premier, leur réélection prochaine. L’avenir de leurs enfants, de leurs petits-enfants, ils n’en ont rien à cirer. Ou si peu. Dans le discours, oui ! Et même avec des trémolos dans la voix. Mais dans les faits ! Vive le nucléaire ! Vive la croissance infinie ! Après nous le déluge ! Enrichissons-nous !

Attention ! Pas tous quand même ! Ce sont les pauvres qui font les riches et réciproquement. Pendant que l’on benallalise à longueur de pages, on passe gentiment à côté de l’essentiel. Toutes les cinq secondes, sur cette planète, un enfant meurt de faim. Les milliards consacrés aux armes létales pourraient permettre la disparition de la misère de milliards d’êtres humains. Mais le secteur militaro-industriel a toujours eu la priorité sur le bonheur des terriens.
Quant à la dernière décision du gouvernement Netanyahou de transformer Israël en «état juif», ce qui instaure d’office un régime d’apartheid pour les citoyens israéliens qui ne seraient pas de cette religion, cela n’émeut guère. Le tout s’est fait avec l’aval de l’empereur orange Trump. Donc, silence dans les rangs de l’Occident judéo-chrétien. Et comme la télévision d’État préfère l’Histoire vue par le royaliste Bern, la presse des milliardaires préfère commenter le benallagate.

Quand allons-nous devenir des humains modernes, conscients que nos moyens techniques exigent une remise en question de nos comportements, de nos croyances, de nos affects ?
Quand allons-nous reconstruire des structures politiques s’appuyant sur des idéologies où comme le déclarait Saint Just «le bonheur est une idée neuve en Europe», soit tout mettre en œuvre pour la satisfaction du plus grand nombre.

Il semblerait qu’il faille attendre encore longtemps. Le système dominant s’est donné les moyens de persuader les consommateurs que la citoyenneté était dépassée, l’avenir individualiste, et que la concurrence de chacun contre tous permettait «la réussite» soit l’enrichissement personnel. Une seule croyance unirait les humains, le Veau d’Or. «In dollar we trust»

La disparition inéluctable de l’humanité semble s’accélérer et passer du long au court terme, par la logique absurde et criminelle du système capitaliste mondialisé. Mais, c’est une vieille lune, à roussir au fer rouge de la sottise populaire si ce n’est populiste. Une horreur !
Vive l’exploitation de l’homme par l’homme ! L’union des esclaves et de leurs maîtres. De l’exploiteur et de ses «collaborateurs», tous solidaires dans l’enrichissement d’une minorité «heureuse». Et ça marche... au pas !
La lutte des classes aurait disparu. Il n’y a qu’à voir la composition sociale des grandes écoles. Les classes sociales se délitent. Pfuitt ! D’ailleurs, tout va bien sur la planète. Et l’on a découvert de l’eau sur Mars. Alors...

Donc, «l’affaire Benalla», juste une cuillerée de farine pour épaissir la sauce. Gare au dosage ! Un petit excès peut parfois faire tout rater.
Mais, derrière Manu, il y a les «monstres» qui l’ont propulsé. Pas de panique à bord. Juste une question de com’ et un peu de patience. La rentrée sera juste fraîche.

Quant à la révision constitutionnelle envisagée, reportée à la satisfaction de tous. Y compris chez les «marcheurs». Si, si !

 

 

 

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