L'un des pères de la géographie française, mondialement connu et reconnu, sauf en France où, on ne lui pardonna guère d'être anarchiste à une époque où l'on avait la bombe facile, l'assassinat tranquille et le nihilisme à portée de pétoire, mérite qu'on le connaisse un peu mieux.
Et puis, ce fut un "communeux" en 1871, impardonnable, cela !
Vient de paraître, en 2014, collection Champs "Les grands textes" d'Elisée Reclus présentés par Christophe Brun.
Je ne peux m'empêcher de recopier les pages 26 et 27 de l'introduction qui nous obligent à la fois à demeurer modestes, et à désirer mieux connaître l'œuvre de ce géographe.
"Outre ceux présentés par les textes retenus dans ce livre, voici, en vrac quelques-uns des sujets disséminés dans l'œuvre gigantesque d'Elisée Reclus et qui retrempent notre fraîcheur d'âme. Les contaminations végétales et animales intercontinentales modifient les écosystèmes locaux dans le monde entier (1869, 1890) ; les ouragans destructeurs ravagent les côtes peuplées (1869) ; l'instruction et l'ouverture sur le monde par les médias prennent une ampleur inédite (1869, 1905) ; le sort fait aux travailleurs migrants est révoltant ( 1882, 1891, 1892,1893) ; de vastes régions agricoles du Brésil s'exposent sans sourciller à tous les dangers de la monoculture (1894) ; l'élection présidentielle à deux degrés est aux Etats-Unis un barnum coûteux qui peut inverser l'artithmétique du vote des citoyens (1892) ; les villes américaines sont parfois désertées avec une facilité déconcertante (1892) ; la Chine se développe à grande vitesse tout en conservant de solides traditions familiales (1882) ; les Afghans sont rebelles à toute soumission interne ou extérieure (1884) ; le chiisme est en Iran une forme de nationalisme, et les Iraniens savent en accomoder les dogmes avec une virtuosité confondante (1884) ; le fondamentalisme wahhabite donne un nouvel élan aux peuples d'Arabie (1884) ; les Somaliens pratiquent allègrement la fragmentation politique et la piraterie (1888) ; les conditions de l'exploitation minière en Afrique du Sud reflètent la structure socio-ethnique de la contrée (1888) ; l'Espagne se modernise grâce aux capitaux venus du nord de l'Europe (1876) ; les Grecs se font honneur d'une culture nationale de la dissimulation, et leur dette insoutenable n'attire que la confiance des gogos (1876) ; les régions pauvres de l'Europe se livrent avec profit au trafic des humains (1876) ; la haine des Romanichels nomades grandit dans l'Europe sédentaire et industrialisée (1905) ; l'organisation du territoire français conduit au rejet hors de ses frontières orientales des flux nord-sud qui traversent l'ouest de l'Europe (1877, 1885, 1905) ; le maillage administratif français est décidément inadapté à la réduction des temps de parcours grâce aux moyens techniques modernes (1869, 1877) ; le niveau atteint par la dette française en fait l'une des merveilles du monde (1905) ; des milliards sont dépensés en aménagements du territoire ruineux, faute de plan d'ensemble et d'évaluation globale des situations (1877) ; en France, l'empilement législatif invite à la "simplification", les économistes sont impuissants à estimer la "richesse réelle" (quelle est la valeur commerciale du "soleil qui mûrit les oranges et dore les raisins muscats ?"), le poids de la population inactive sur la richesse nationales est considérable, les coûts de revient des lits d'hôpitaux sont exorbitants (1869) ; le célibat des prêtres catholiques, efficace piège à mouche pour les sexualités audacieuses, conduit aux scandales de pédophilie à répétition (1869) "
Alors ? Rien de nouveau sous le soleil ? Eh bien... hum ! La fée électricité, l'atome, la révolution numérique, les progrès de la médecine, de la science en générale, quand même, si, un peu... Mais reconnaissons qu'il existe des constantes, des entêtements, et une belle propension à demeurer aveugle à certains problèmes.
Les français ont la fâcheuse réputation d'être mauvais en géographie. Quoiqu'en dise à juste raison, M. Yves Lacoste, admirateur d'Elisée Reclus, la géographie ne devrait pas seulement "servir à faire la guerre". Il faudrait que les citoyens et leurs représentants fassent quelques efforts pour s'y intéresser.
La médiocrité de ceux qui nous gouvernent n'est pas d'hier. A preuve, les problèmes auxquels nous sommes confrontés, étaient déjà connus, répertoriés, décrits et possédaient quelques débuts de solution, il y a plus d'un siècle.
A condition, bien sûr, que l'on tînt compte des bons observateurs. Aujourd'hui, c'est à qui brocardera Emmanuel Todd, lui aussi observateur quelque peu en marge, et de la doxa, et des milieux politiques. Et combien sont-ils d'autres qui "gênent" le ronronnement des "zélites" et des gens ?