Onfray, le penseur qui ne pense rien.

Michel Onfray a encore frappé. Son dernier texte, abondamment partagé par de nombreux sites d’extrême droite, appellerait des pages et des pages de critiques – j’avais commencé à écrire dans ce sens, avant de décider que c’était une perte de temps – trop de choses à dire.

Je ne me suis intéressé en détails qu’une seule fois au travail d’Onfray : quand celui-ci avait sorti un livre bourré d’inepties sur la Guyane [1]. Il reprend, ici, le même genre de méthodes : sexisme, essentialisation, approximations, raccourcis, mensonge, insulte.

L’objet de sa colère : le fait qu’en banlieues, l’État soit (supposément) moins regardant sur le confinement. Pour lui, c’est la grande injustice du moment qu’on vit : pendant que nous sommes forcés de rester chez nous, les habitants de ces « territoires perdus de la République » (en Guyane, il parlait des « quartiers dangereux » et des « couteaux sous la gorge ») sont libres de leurs mouvements – « le chef de l’Etat autorise les banlieues à contaminer à tout va qui elle voudra! Le message est on ne peut plus clair. Le jour venu, il faudra s’en souvenir », nous éclaire le penseur « radical ». Voilà. Pour Onfray, ce dont « il faudra se souvenir » au moment de solder les comptes de la pandémie qu’on vit, c’est ça : le fait « qu’en banlieue », on aurait laissé les gens sortir de chez eux. Il y a un vide sidérant dans cette « pensée » qui ne pense rien (ni les faits : depuis le début du confinement, on a vu une surreprésentation des contraventions en Seine-Saint-Denis, des vidéos de violences policières continuent de sortir ; ni le contexte social, celui par exemple de familles nombreuses vivant dans des petites surfaces), et qui pense en distordant la réalité. Ainsi, quand Le Canard écrit que Laurent Nunez a affirmé : « ce n’est pas une priorité que de faire respecter dans les quartiers les fermetures de commerce et de faire cesser les rassemblements », Onfray entend que Nunez a « interdit de "mettre le feu aux banlieues en essayant d’instaurer un strict confinement"! ». Quand le préfet du Nord affirme que les « commerces de nuit » « exercent une forme de médiation sociale », Onfray comprend qu’il s’agit des « commerces illégaux (drogue, mais probablement aussi marché noir des masques de protection…) ».

Et ce ramassis d’idioties se retrouve emballé dans un très long texte… qui dénonce précisément la « logorrhée » du président. 

 

Ceci dit ce qui me gêne le plus, et de très loin, ce ne sont pas les kilomètres d’idioties qu’Onfray est capable de pondre : il en a donné la preuve depuis longtemps (30 livres en 30 ans de carrière, il me semble). Ce qui me gêne, c’est que cet homme puisse encore être considéré comme un penseur, un philosophe, un intellectuel : quelqu’un qui participe au débat public. Que notre société le considère comme quelqu’un d’intelligent, ça, c’est franchement flippant.

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