Lors de ses voeux, François Hollande a affirmé vouloir une « déclaration sur les droits de l'humanité pour préserver la planète » à l'occasion de la Conférence climat 2015. En plus d'être un non sens sur le fond, cette proposition est une tentative de diversion malvenue. Hollande ferait mieux de réfléchir à introduire les « droits de la nature » dans la Constitution française.

En septembre 2013, Laurent Fabius avait indiqué qu'il s'agissait d'aboutir en décembre 2015 à « un accord applicable à tous, juridiquement contraignant et ambitieux, c’est-à-dire permettant de respecter la limite des 2 °C ». Lors de la conférence environnementale, François Hollande espérait « laisser sa trace » dans l'histoire en obtenant un « accord historique » en 2015. Depuis la conférence de Lima, dont les résultats ont douché des espérances peu fondées (voir ce bilan de Lima), François Hollande, Laurent Fabius et les négociateurs français tentent de tempérer les attentes vis-à-vis de la conférence de fin 2015. Dans une interview au Monde, Laurent Fabius n'a pas caché que « beaucoup restait à faire » tandis que Laurence Tubiana, négociatrice française, est revenue de Lima en disant que l'accord (éventuel) à Paris ne serait pas « en capacité d’être dans un scénario de limitation du réchauffement à 2 °C ».

Les vœux 2015 de François Hollande ne mentionnent donc aucune des ambitions affichées il y a encore peu. Le chef de l'Etat s'est contenté d'annoncer vouloir une « déclaration sur les droits de l'humanité pour préserver la planète ». Difficile d'y voir autre chose qu'une diversion : puisque la conférence de Paris n'aboutira pas à un accord historique et à la hauteur des enjeux, puisqu'une majorité de chefs d'Etat et de gouvernement de la planète ne veulent pas résoudre la crise climatique, François Hollande fait le choix de sortir une proposition du chapeau. Une proposition qui n'a été discutée nulle part et qui n'a guère de consistance. Tant du point de vue des négociations – n'importe quel observateur sait que l'on introduit pas de nouveaux sujets de négociations en claquant des doigts – que ... sur le fond.

En effet, sur le fond, la préservation de la planète n'exige pas de « nouveaux droits de l'humanité » mais au contraire une série de « devoirs », de « normes » et « d'engagements » s'appliquant aux responsables de la crise écologique et climatique. Ces devoirs, normes et engagements viendraient justement réduire, contraindre et sanctionner les « droits à détruire la planète » que s'est octroyée une partie, relativement limitée, de l'humanité. Si nous sommes entrés dans l’anthropocène, nous ne sommes pas tous coupables. Plutôt que d’entretenir le mythe d’une communauté d’intérêt et de destin qui abolirait les catégories de responsables et de victimes, ne faudrait-il pas au contraire nommer les acteurs qui font partie du problème ? Le secteur de l’énergie fossile, cette industrie voyou, n'est-elle pas devenue, avec l'appui d'une majorité de gouvernements, l’ennemi numéro un de la survie de notre civilisation ?

Par ailleurs, la proposition de François Hollande reflète une vision anthropocentrée (=> des droits pour l'humanité) incapable de penser la nature et la planète comme autre chose qu'un objet que les Hommes et les Femmes pourraient modeler à leur convenance (=> préserver la nature). Pourtant, c'est sans doute l'ensemble des rapports entre les êtres humains et le reste du monde naturel qu'il faudrait repenser. Quitte à vouloir innover, François Hollande aurait pu proposer que la France s'inspire des dernières innovations en la matière. Ainsi les nouvelles Constitutions de l'Equateur, et à un degré moindre, de la Bolivie, reconnaissent des « droits de la nature » et tentent de rompre avec l'anthropocentrisme des régimes constitutionnels classiques.

La Constitution équatorienne reconnaît ainsi que la nature « a droit à ce que soient pleinement respectés son existence, ainsi que le maintien et la régénération de ses cycles vitaux, sa structure, ses fonctions et ses processus évolutifs ». Articulée aux notion de « buen-vivir », de « vivir-bien », ou de « saumak kawsay », la référence aux droits de la nature permet de sortir de la dualité culture-nature, là où la civilisation occidentale et son bagage techno-scientifique se sont construits en opposition à la nature. Dans nos pays, l'émancipation et le progrès ont été pensés avec l'injonction du détachement, de l'éloignement de la nature, avec l'illusion d'une maîtrise absolue des lois naturelles. Le capitalisme a campé sur cet imaginaire, faisant de la nature et de ses éléments – l'eau, la terre, le génome, la biodiversité – de simples marchandises à exploiter ou les soubassements de nouveaux actifs financiers.

Dans le cadre des droits de la nature et du buen-vivir, l'environnement n'est pas seulement une entité biologique ou physique, mais un espace social. Les individus n'y sont pas isolées mais parties prenantes de communautés sociales et écologiques, elles-mêmes reliées à leur environnement et à leur territoire, parties prenantes des cycles naturels qu'il faut reconnaître et respecter. A travers les droits de la nature et le buen-vivir, il y a cette idée que les humains et la nature partagent des liens de réciprocité, de complémentarité et d'interdépendance qui rendent les notions de contrôle et de domination de la nature totalement inappropriées. L'anthropocentrisme des philosophies modernes est donc questionné en son cœur.

Il ne s'agit pas de nier les limites de ces approches. A commencer par le fait qu'il serait tout à fait inutile et improductif de vouloir importer et plaquer des concepts sud-américains sur des réalités européennes bien éloignées, et ce alors que les promoteurs contemporains de ces approches rejettent toute prétention universaliste et homogénéisatrice. Par contre, de telles approches nous aident à réinterroger notre propre histoire, revisiter nos imaginaires, comprendre pourquoi le capitalisme et le productivisme détruisent la planète.

Plutôt que d'improviser des propositions hasardeuses et sans fondement, François Hollande aurait pu, en s'appuyant sur les propositions les plus innovantes en la matière, ouvrir un vaste débat sur ce qui pourrait nous permettre de construire un autre futur que celui des promoteurs du business as usual – dont il fait manifestement partie – et de la Vème République as usual. Pour que la petite phrase selon laquelle « le climat sera une grande cause nationale en 2015 » ne reste pas sans suite.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Pour aller plus loin sur ce qu'il faut attendre et faire d'ici Paris2015 :

Pour aller plus loin sur les droits de la nature :

  • A Lima s'est tenu les 5 et 6 décembre 2014 un Tribunal des Droits de la Nature qui a examiné douze cas de violations manifestes de ces droits - voir cette conférence de presse organisée au sein de la Conférence sur le climat ;

 

 

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