Climat : des négociations déconnectées de la réalité ?

Les négociations de l'ONU sur le changement climatique reprennent ce lundi 1er juin à Bonn. Sur la base d'un texte qui élude quelques-uns des nœuds fondamentaux de la crise climatique, notamment la gestion des réserves prouvées d'énergies fossiles et l'avenir de la libéralisation du commerce mondial.

Les négociations de l'ONU sur le changement climatique reprennent ce lundi 1er juin à Bonn. Sur la base d'un texte qui élude quelques-uns des nœuds fondamentaux de la crise climatique, notamment la gestion des réserves prouvées d'énergies fossiles et l'avenir de la libéralisation du commerce mondial.

Les négociations, qui doivent aboutir lors de la conférence qui se tiendra à Paris-Le Bourget en décembre prochain, reprennent à Bonn (1-10 juin) sur la base d'un texte regroupant les propositions de chacun des 193 pays membres de l'ONU. Pourtant, ce texte illustre parfaitement le décalage existant entre la réalité des négociations et la réalité du dérèglement climatique. En vingt ans de négociations, les émissions mondiales ont cru de 60 % et devraient s'accroître encore très sensiblement au cours des cinq ou dix prochaines années, là où les experts du climat préconisent une réduction drastique et rapide.

Dans leur bulle, les négociations sont organisées de telle façon qu'elles font croire qu'il serait possible de juguler le réchauffement climatique sans débattre de la poursuite de la globalisation économique et financière et sans discuter des mécanismes qui permettraient de ne pas exploiter les réserves d'énergie fossile excédentaires au regard du budget carbone disponible. Pourtant deux des principaux nœuds de la crise climatique :

  • Vingt ans de négociations et pourtant aucun Etat, aucune institution internationale, ne propose de limiter la production de charbon, de gaz et de pétrole ! Voir la tribune que Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org, et moi-même, avons publiée dans Libération le vendredi 29 mai 2015. Sur cette base, le gouvernement français devrait par exemple arrêter de délivrer ou de prolonger des permis d'hydrocarbures liquides ou gazeux sur le territoire national, ce qui n'est toujours pas le cas. Ces dernières semaines, et malgré l'imminence de la COP21, le gouvernement a décidé de prolonger les permis de recherche d'hydrocarbures de Permis de Saint-Just-en-Brie (Seine-et-Marne), ainsi que la Concession de Poissonnière (Nord et Pas-de-Calais) et la Concession de Désirée (Nord).

  • Le décalage entre d'un côté la réalité de la globalisation économique et financière qui concourt à une exploitation sans limite des ressources d’énergies fossiles et, de l'autre, des politiques et négociations climatiques qui esquivent toute discussion sur les règles du commerce mondial et des investissements à l'étranger, est absolument intenable. Les faits sont formels : la libéralisation des échanges et de l'investissement contribue fortement aux dérèglements climatiques et elle devrait être stoppée pour que les Etats et les collectivités territoriales puissent mettre en oeuvre des politiques climatiques appropriées et efficaces. Pour aller plus loin : lire la note rédigée pour Attac France et l'Aitec Tafta ou climat, il faut choisir ainsi que l'intervention délivrée lors de la conférence de Naomi Klein à Paris.

Un des enjeux majeurs des mois qui nous séparent de la COP21 est de contribuer à réduire le fossé qui se creuse entre la réalité des négociations et la réalité du dérèglement climatique. Dit autrement, il s'agit de faire en sorte que les causes profondes du dérèglement climatique ne soient pas éludées du débat public par des commentateurs trop focalisés sur la technicité des négociations et/ou sur les déclarations – souvent sans effets – des décideurs politiques et économiques de la planète. Les mobilisations citoyennes, dont le niveau monte, devraient être des appuis pour toutes celles et ceux qui veulent contribuer sincèrement à ce défi majeur qui nous attend. A l'intérieur des négociations, comme à l'extérieur.

Maxime Combes

Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec,

@MaximCombes sur Twitter

 © Olivier Tétard, licence Creative Commons BY-SA. © Olivier Tétard, licence Creative Commons BY-SA.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.