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 Lettre ouverte à Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du Parti socialiste (et aux autres).

cambadelis

 

« Exercer le pouvoir pour Léon Blum c'est affronter le réel, ce qui cogne ».

Vous avez osé (à nouveau) mobiliser ce pauvre Léon Blum, qui a bon dos, pour justifier les politiques injustifiables de François Hollande et du gouvernement.

Ce n'est pas très glorieux.

 

Mais laissez-nous, Jean-Christophe Camabadélis (et les autres) vous expliquer ce qui cogne en 2016.

Laissez-nous vous montrer ce qu'est affronter le réel, en 2016.

Sous la présidence de François Hollande. Sous un gouvernement « socialiste ».

 

En 2016, affronter le réel, c'est en fait se cogner à la dure réalité de vos politiques, quand vous n'hésitez pas à :

  • cogner le/la manifestant.e qui a décidé de se lever contre une loi (de plus) qui instaure la régression sociale comme horizon indépassable des politique publiques en France ;

  • cogner les lanceurs d'alerte en laissant approuver la directive sur le secret des affaires au lendemain des révélations des Panama Papers et à la veille du procès LuxLeaks ;

  • cogner la sincérité du débat public sur le Tafta en brandissant de bien pâles menaces tout en exigeant que les Etats-Unis libéralisent leurs marchés publics locaux et leurs marchés financiers au nom de la libre-concurrence ;

  • cogner les engagements pris lors de la COP21 en maintenant, envers et contre tout, l'aéroport de Notre-Dame des Landes et les mille autres projets inutiles planifiés aux quatre coins du pays plutôt que d'entamer la transition écologique et sociale ;

  • cogner la démocratie – sans même parler de la République – en étendant l'Etat d'urgence au détriment des libertés publiques et en cherchant de nouveaux boucs-émissaires par cette inepte et infecte déchéance de nationalité ;

 

Croyez-nous, Jean-Christophe Cambadélis (et les autres), affronter le réel, nous le faisons chaque jour qui passe. Chaque jour qui passe, affronter le réel c'est se cogner au pouvoir socialiste et à ses politiques, aussi injustes qu'injustifiées, aussi désolantes qu'inqualifiables, aussi autoritaires qu'outrancières.

Voilà ce qu'est affronter le réel.

En 2016. En France. Sous la présidence de François Hollande.

 

Il vous serait pourtant si facile d'arrêter de cogner la jeunesse, la démocratie, l'égalité, la justice, la solidarité, l'écologie.

Pour enfin vous décider à cogner le monde de la finance et des multinationales, ceux-là mêmes qui bousillent nos vies, notre avenir et la planète.

 

Vous avez malheureusement fait le mauvais choix.

Ce 1er mai illustre parfaitement votre politique : cogner la jeunesse ; cogner les syndicalistes ; cogner les salarié.e.s ; cogner le peuple de gauche ; cogner cette partie de la population qui est prête à se mobiliser pour de véritables politiques de transformation sociale et écologique.

Vous avez choisi.

 

Vous avez préféré cogner les manifestant.e.s d'une journée qui incarne deux siècles de luttes sociales qui ont fait progresser les libertés, l'égalité, la justice, la solidarité, la démocratie.

 

Comme vous le savez, Jean-Christophe Cambadélis (et les autres), un pouvoir qui matraque la jeunesse est faible et méprisable. Il est rarement durable.

Il est d'usage d'attribuer à Gandhi la phrase qui dit que « d'abord ils vous ignorent, ensuite ils vous raillent, puis ils vous combattent et enfin, vous gagnez. »

 

Ignoré.e.s nous l'avons été.

Raillé.e.s aussi. Plus que de raison.

Cogné.e.s, nous le sommes aujourd'hui. Par vous, qui êtes aux manettes. Vous cognez, et vous cognez fort.

Peut-être cela signifie-t-il que nous approchons, nous, du moment où nous allons gagner.

Ce sera sans vous. Ce sera contre vous.

En 2016, gagner, c'est nécessairement gagner contre vous.

Contre la présidence de François Hollande. Contre le pouvoir socialiste.

 

Vous faites désormais irrémédiablement partie d'un passé qu'il nous faut apprendre à dépasser.

Aujourd'hui, le réel c'est vous.

Affronter le réel, c'est toujours difficile.

Pas besoin de Léon Blum pour le savoir.

Affronter le réel, c'est ce que nous faisons en nous opposant à vos politiques, en occupant des banques, en mettant à l'index des multinationales, en défendant les terres agricoles, en expérimentant l'alternative, ici et là : ça innove, ça foisonne, c'est le printemps. Sans vous. Contre vous. Vous préférez l'hiver froid néolibéral.

Dépasser le réel, c'est ce à quoi nous travaillons. A Nuit Debout, et ailleurs. Sans vous. Contre vous.

Y arriver, c'est ce que nous espérons.

Vous, c'est tout cela que vous combattez, c'est ce que vous cognez. Toujours plus fort.

Vous avez choisi. Nous aussi.

 

Merci d'avoir clarifié la situation, cher Jean-Christophe Cambadélis (et les autres).

 

Au lendemain du premier mai, parce que nous nous coltinons le réel et qu'il cogne fort, nous citerons également Léon Blum. Car il parle de vous, Jean-Christophe Cambadélis (et les autres) :

« Toute classe dirigeante qui ne peut maintenir sa cohésion qu’à la condition de ne pas agir, qui ne peut durer qu’à la condition de ne pas changer, qui n’est capable ni de s’adapter au cours des événements ni d’employer la force fraîche des générations montantes, est condamnée à disparaître de l’histoire. »

(« À l'échelle humaine » (1941), dans L'Œuvre de Léon Blum, éd. Albin Michel)

Le plus vite sera le mieux.

 

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène. Octobre 2015

@MaximCombes sur twitter

 

 

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