Neymar, le PSG et le Qatar, une bonne affaire pour les caisses de l'Etat ?

L'arrivée de Neymar au PSG ? "Une bonne nouvelle pour l'attractivité du pays" selon Emmanuel Macron. Le ministre des comptes publics s'est même réjoui qu'il paie ses impôts en France ! Au risque d'éluder les larges exonérations fiscales dont profitent les impatriés... et la très avantageuse convention fiscale que Sarkozy avait concoctée pour attirer les investisseurs du Qatar.

A en croire le gouvernement et la plupart des articles (ici, ici, ici ou encore ici) consacrées au transfert du joueur de football Neymar au Paris Saint-Germain, ce serait une excellente nouvelle pour les finances publiques ! Cotisations sociales et patronales, impôts sur le revenu, impôts indirects liés à la vente de maillots et autres objets promotionnels, le transfert de Neymar, rendu possible par les riches propriétaires qatari du PSG, ne serait pas loin de résoudre les défis budgétaires du pays. Le coup est bien joué et il en devient difficile d'apporter un peu de distance critique et de retenue, ne serait-ce que pour rappeler que Neymar va bénéficier d'un statut d'impatrié l'exonérant de nombreuses obligations liées à l'impôt dans son nouveau pays d'exercice.

Une telle présentation omet surtout de rappeler qu'il existe une convention fiscale Qatar-France que Nicolas Sarkozy avait rendue extrêmement favorable pour attirer les investisseurs du Qatar (y compris au PSG). Une convention qui ferait de la France un véritable paradis fiscal, selon les propres termes utilisés par le Sénat : aucune retenue à la source sur les dividendes (article 8), pas d'imposition en France sur les redevances (article 10) ni sur les revenus de créances (article 9), alors que l'imposition est faible, voire nulle sur ces objets au Qatar. Avec cette convention, les Quatari disposent d'une exemption du paiement de l'impôt sur la fortune lorsqu'ils résident en France. Tout est fait pour que toute la valeur ajoutée tirée de l'investissement puisse être rapatriée au Qatar sans être imposée.

A l'invitation de Raphael Pradeau, membre d'Attac France, nous avons mis en relation ces deux éléments à travers le tableau suivant. Un nouveau tableau vert et moche après celui publié sur les APL. Il ne faut pas y lire nécessairement une critique du transfert de Neymar : ce n'est pas le sujet de ce tableau qui met en parallèle deux infos. L'une qui est répétée partout : la signature de Neymar est une bonne nouvelle pour les finances publiques. Et l'autre qui est omise de la discussion : les investisseurs du Qatar bénéficient d'avantages qui leur permettent d'agir comme dans un véritable paradis fiscal.

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Ce tableau est donc une invitation à interpeller le gouvernement d'Edouard Philippe : plutôt que de vous réjouir de la signature de Neymar, ne serait-il pas judicieux, du point de vue des finances publiques, de l'égalité et de la justice de mettre fin à cette convention fiscale. C'est d'ailleurs l'engagement qu'avait pris Emmanuel Macron le 10 avril 2017 : « Je mettrai fin aux accords qui favorisent en France le Qatar. Je pense qu’il y a eu beaucoup de complaisance, durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy en particulier ». Et maintenant, malgré l'arrivée de Neymar, cet engagement est-il toujours valable Emmanuel Macron ? Alors que Neymar va devenir la tête de proue de la diplomatie qatarienne dans le monde, à peine 4 ans avant la Coup du Monde 2020 qui doit s'y dérouler, allez-vous, Emmanuel Macron, mettre fin à cette convention fiscale beaucoup trop "complaisante" ?

La question est en effet légitime : avec l'arrivée de Neymar au PSG, le Qatar achète-t-il le maintien du tapis rouge pour ses investisseurs et le maintien de ses avantages fiscaux actuels ? C'est la question fondamentale qui justifie de mettre en relation, dans un tableau nécessairement réducteur et imparfait, les "gains" supposés liés à l'arrivée de Neymar et les coûts de cette convention fiscale.

Maxime Combes, économiste et auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (éd. Du Seuil, coll. Anthropocène).

 

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