Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

204 Billets

5 Éditions

Billet de blog 6 nov. 2017

Edouard Philippe va-t-il enfin accepter de fermer la centrale à charbon du Havre ?

Alors que des milliers de militants pour la justice climatique ont occupé la plus grande mine de charbon allemande à la veille de l'ouverture de la COP23, il est urgent de confirmer et planifier la fermeture des dernières centrales à charbon en France, y compris celle du Havre où l'ancien maire et actuel Premier ministre, Edouard Philippe, s'y est toujours opposé. Make our Planet Great Again ?

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Environ 4500 militants pour la justice climatique ont pris possession, ce dimanche 5 novembre, de ce qui est l'une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert en Allemagne. Par leurs corps et leur simple présence, les militant.e.s ont obligé RWE, l'opérateur de la mine, à stopper les opérations d'immenses excavatrices qui extraient le lignite en découpant le sol sur des dizaines de mètres de hauteur. Profonde de 370 mètres, dont une bonne partie se situe désormais sous le niveau de la mer, la mine de Hambach exploite un champs de lignite qui s'étend sur 85km2, soit l'équivalent de 80% de la surface de Paris.

Occupation de la mine de Garzweiler à la veille de l'ouverture de la COP23 à Bonn

Acte 2 des mobilisations citoyennes pour la transition énergétique en Allemagne, le mouvement Ende Gelaende vise à obtenir, après la sortie programmée du nucléaire, la programmation de la fermeture des centrales à charbon et des mines de charbon en Allemagne. Après le succès des actions de même nature organisées en août 2015, mai 2016 et août 2017, l'action de ce 4 novembre, à la veille de la COP23, visait notamment à montrer que l'Allemagne, et plus largement les pays européens, doivent arrêter de tergiverser en matière de transition énergétique. Il en va de l'avenir des îles du Pacifique – les îles Fidji président la COP23 – comme de la possibilité de réellement contenir le réchauffement climatique en deçà des 2°C tel que le prévoit l'article 2 de l'Accord de Paris.

Les militant.e.s pour la justice climatique arrivent dans la mine

Charbon ou Accord de Paris, il faut choisir !

Dans son rapport qui a fait grand bruit la semaine dernière, le PNUE, qui montrait le fossé existant entre les politiques climatiques des Etats et ce qu'ils devraient faire pour respecter cet objectif des 2°C, appelle les Etats de la planète de planifier et organiser une fermeture aussi rapide que possible des 6 683 centrales à charbon en activité – l'équivalent de 1964 gigawatts. La combustion du charbon rejette en effet 45% des émissions mondiales de CO2 liées au secteur énergétique, auxquelles il faut ajouter d'autres gaz à effet de serre et une importante quantité de particules fines.

La consommation mondiale de charbon n'a jamais été aussi forte dans l'histoire

La consommation de charbon, loin de se réduire, continue à croître (4% par an entre 2000 et 2013 – moins depuis) et que l'équivalent de 840 gigawatts de capacités sont en construction à travers le monde. Jamais le système économique mondial n'a brûlé autant de charbon alors que ce sont 90% des réserves mondiales de charbon qui ne doivent pas être exploitées si l'on veut réellement rester en deçà des 2°C de réchauffement. D'où l'importance de cette mobilisation citoyenne qui prend à témoin l'ensemble de la communauté internationale : il est urgent de sortir du charbon.

Message envoyé par les militant.e.s pour la justice climatique au monde entier : il est temps de sortir du charbon !

Et en France ?

Utilisées en cas de pic de consommation, les cinq centrales à charbon en France ne représentent plus que 2,3 % de la capacité de production électrique installée (3000 MW) et à peine 1,4 % de l’énergie produite selon les données de RTE. L'allemand Uniper (Ex-E. on) est propriétaire des centrales de Gardanne (Bouches-du-Rhône) et d’Emile-Huchet (Moselle) tandis qu'EDF possède celle de Cordemais (Loire-Atlantique) (deux tranches) et du Havre (Seine-Maritime). Annoncée par Ségolène Royal en juillet 2016, la fermeture des centrales charbon françaises a été reportée quatre mois plus tard, notamment suite à la mobilisation du maire du Havre, Edouard Philippe.

La carte des 30 centrales à charon en Europe les plus émettrices de CO2

Reprise dans le plan climat que Nicolas Hulot a présenté en juillet 2017, la fermeture des centrales à charbon est désormais fixée à l'échéance 2022, promettant un accompagnement des salariés et régions impactés, assurant qu'il n'y aurait pas de « perdants » mais des « adaptations ». Si le Premier-ministre s'est bien gardé de réagir, Edouard Philippe avait toujours affirmé jusqu'ici que la centrale du Havre durerait au moins jusqu'à 2035 et il semble continuer à oeuvrer pour qu'il en soit ainsi (lire cet article de Reporterre). Depuis, aucune feuille de route et aucune précision n'ont été fournis par Nicolas Hulot sur les modalités de fermeture des centrales à charbon, préférant renvoyer à la présentation de la programmation pluriannuelle de l'énergie annoncée pour fin 2018.

Centrale à charbon du Havre

Emmanuel Macron, le gouvernement et tout particulièrement Nicolas Hulot seraient pourtant bien intentionnés d'annoncer sans plus tarder, comme réponse appropriée à la mise en garde rendue publique par le PNUE, un calendrier précis de fermeture des centrales à charbon en France. Histoire d'en sortir définitivement à l'échelon hexagonal et de se donner le temps d'offrir une reconversion et une sécurité professionnelles aux quelques dizaines de salariés que cela concerne. Sans doute symbolique au regard de la faible consommation de charbon en France, elle n'en reste pas moins importante : sortir du charbon ne supporte aucune exception.

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac, auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, Anthopocène, 2015)

@MaximCombes sur twitter

Occupation de la mine de Garzweiler à la veille de l'ouverture de la COP23 à Bonn

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Le fils du président du Congo est soupçonné d’avoir blanchi 19 millions d’euros en France
La justice anticorruption a saisi au début de l’été, à Neuilly-sur-Seine, un hôtel particulier suspecté d’appartenir à Denis Christel Sassou Nguesso, ministre et fils du président autocrate du Congo-Brazzaville. Pour justifier cet acte, les juges ont rédigé une ordonnance pénale, dont Mediapart a pris connaissance, qui détaille des années d’enquête sur un vertigineux train de vie.
par Fabrice Arfi
Journal
L’affaire des « biens mal acquis »
Les Bongo au Gabon, les Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville, les Obiang en Guinée équatoriale... Depuis 2007, la police et la justice enquêtent sur le patrimoine faramineux en France des familles de trois clans présidentiels africains qui règnent sans partage sur leur pays.
par La rédaction de Mediapart
Journal — Écologie
« L’urbanisation est un facteur aggravant des mégafeux en Gironde »
Si les dérèglements climatiques ont attisé les grands incendies qui ravagent les forêts des Landes cet été, l’urbanisation croissante de cette région de plus en plus attractive contribue aussi à l’intensification des mégafeux, alerte Christine Bouisset, géographe au CNRS.
par Mickaël Correia
Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin

La sélection du Club

Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme ? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·es, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
La sobriété, c'est maintenant ou jamais
Le bras de fer en cours avec la Russie autour des énergies fossiles est l’occasion d’entrer de plain-pied dans l’ère de la sobriété énergétique. Pourtant, nos gouvernants semblent lorgner vers une autre voie : celle qui consiste simplement à changer de fournisseur, au risque de perdre toute crédibilité morale et de manquer une occasion historique en faveur du climat.
par Sylvain BERMOND
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart