Si l’aviation était un pays, ce serait le septième plus gros émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES), polluant autant que les 129 pays les moins émetteurs de GES ! Les industriels, les compagnies aériennes et les Etats n'entendent pas s'arrêter là puisque plus de 2500 projets de nouveaux aéroports, agrandissements ou aménagements d’aéroports existants sont sur les rails, pour un montant d'investissements faramineux évalués à 441 milliards de dollars. L’Europe n’est pas en reste avec près de 50 nouveaux aéroports – dont celui de Notre-Dame des Landes. L’objectif ? Pouvoir accueillir le doublement de la flotte envisagée d’ici à 20 ans.

2016-1008-que-resonnent-les-chants-de-nos-batons2

 

Une croissance proprement insoutenable : à lui seul, le secteur de l'aviation serait capable d'engloutir près du quart du budget carbone disponible d'ici à 2050 pour conserver une chance raisonnable de maintenir le réchauffement climatique en deçà de 1,5°C, objectif assigné aux Etats par l'article 2 de l'Accord de Paris. Et pourtant, le secteur de l'aviation vient d'obtenir de la part des Etats de la planète la possibilité de croître sans tenir compte de cet impératif climatique. Prenant pour acquis la « croissance inévitable du secteur aérien », les ministres des transports des pays de la planète, réunis lors de l'Assemblée générale de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à Montréal, ont, de fait, accepté que l'aviation puisse faire croître ses émissions sans limite.

Croissance du secteur aérien et impact sur le climat Croissance du secteur aérien et impact sur le climat

 

Sous couvert du développement des agrocarburants, de l'amélioration technique des moteurs et de l'optimisation du tracé des vols, le tout étant agrémenté d'un dispositif de compensation carbone, les Etats ont annoncé que l'aviation civile s'engageait à « une croissance neutre en carbone » permettant de « à limiter le volume des émissions de GES ». Dans la réalité, il n'en est rien. Aucun objectif n'est assigné au secteur d’ici à 2020, puis, un dispositif volontaire de compensation carbone sera mis en oeuvre entre 2021 et 2026, et ce n’est qu’après 2027 qu’il s’appliquerait à tous, avec un certain nombre d’exemptions et de dérogations persistantes. En pratique, la compensation (voir ces explications) permet au mieux un résultat nul pour le climat : les réductions d’émissions liées aux projets de compensation sont au mieux équivalentes aux émissions supplémentaires de la compagnie. Résultat, les émissions du secteur ne sont pas limitées et elles pourront augmenter sans limite.

Video qiu explique les enjeux de la rencontre de l'OACI © Fern NGO

 

Mieux ! Le texte final de la décision de l'OACI ne fait plus aucune référence à des objectifs de long terme cohérents avec l'article 2 de l'Accord de Paris qui stipule que les Etats doivent tout mettre en œuvre pour contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C, et idéalement en-deçà de 1,5°C. Résultat, les compagnies aériennes n'ont aucun objectif de long terme à respecter et ceux mentionnés par l'Accord de Paris, aussi limités soient-ils, sont mis de côté. A la demande des lobbies de l'aviation, les ministres des transports des Etats, dont Alain Vidalies pour la France, ont donc accepté de saborder l'article 2 de l'Accord de Paris au moment même où l'Union européenne ratifiait l'accord. Au moment même où l'ensemble des journalistes et commentateurs saluaient l'entrée en vigueur prochaine de l'Accord de Paris scellé au forceps lors de la COP21.

Le principe de la compensation carbone Le principe de la compensation carbone

 A l'OACI, les lobbies de l'aviation ont donc obtenu que l'impératif climatique soit jaugé moins important que les perspectives de croissance insoutenable du secteur. Des prévisions de croissance qui sont à la base des investissements massifs dans le secteur planifiés pour les années à venir. C'est notamment le cas pour ce qui concerne le projet de construction de l'aéroport de Notre-Dame des Landes. L'enquête préalable à la déclaration d'utilité publique se base ainsi sur une croissance annuelle moyenne de plus de 4% du trafic passager sur la région de Nantes, raison pour laquelle le projet de nouvel aéroport a été initialement présenté comme pouvant accueillir 9 millions de passagers en 2050. Ce faisant, de telles études justifiant la construction d'un nouvel aéroport contreviennent aux engagements climatiques pour au moins trois raisons (mieux détaillées ici) : 1) la croissance du trafic aérien prévu, 2) l'utilisation de financements publics et privés qui ne seront pas disponibles pour financer la transition énergétique, 3) la destruction de zones humides et de terres agricoles nécessaires à la résilience alimentaire des centres urbains.

Notre-Dame des Landes n'est d'ailleurs pas le seul endroit de la planète où des habitant.e.s, paysann.e.s, écologistes, citoyen.ne.s se mobilisent contre la construction de nouveaux aéroports ou l'agrandissement d'aéroports existants. Être sérieux en matière de lutte contre les dérèglements climatiques nécessite d'abandonner un certain nombre de nouveaux projets aéroportuaires. C'est nécessairement une bataille internationale car ni l'aviation, ni le changement climatique ne se limitent aux frontières nationales. Plusieurs mobilisations sont d'ailleurs prévues dans les jours à venir à proximité de plusieurs projets de construction d'aéroports (plus d'information ici).

Des mobilisations contre de nouveaux aéroports aux quatre coins de la planète © System Change, not Climate Change!

 

Contre la croissance infinie du secteur de l'aviation

Pour le climat

Mobilisons-nous contre la construction de nouveaux aéroports !

 

 

Détails de la plateforme : https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/compenser-les-emissions-de-l-aviation-n-est-pas-a-la-hauteur-du-defi-climatique Détails de la plateforme : https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/compenser-les-emissions-de-l-aviation-n-est-pas-a-la-hauteur-du-defi-climatique

Signez la pétition : https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/petition-le-secteur-aeronautique-doit-reduire-ses-emissions-pas-les-compenser Signez la pétition : https://france.attac.org/se-mobiliser/changeons-systeme-pas-climat/article/petition-le-secteur-aeronautique-doit-reduire-ses-emissions-pas-les-compenser

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène. Octobre 2015

@MaximCombes sur twitter

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires
  • 15/10/2016 23:18
  • Par Ano

Les avions ont toujours été CO2-taxfree et c'est pas pour les pauvres. Le summum de l'hypocrisie a été la COP21, et tous ceux/celles la portant aux nues, où il était totalement exclu de remettre ce passe-droit en cause. Les prolos déjà sont taxés pour chauffer leur gosses pendant que les huiles du GIEC sillonnent les airs en Boeings et Airbus CO2-taxfree (ici). A force d'y être l'un d'entre eux est mort en avion.

L’aviation militaire et civile est l'un des gros apports financiers de gros labos du GIEC. Évidemment qu'il ne va pas couper la branche sur laquelle il est assis

Le lobby de l'aviation le GIEC et la COP21 sont plus ou moins une même chose