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Billet de blog 8 nov. 2015

PreCOP : l'écart entre 2°C et 3°C s'appelle un crime climatique

A trois semaines de l'ouverture de la COP21, Laurent Fabius organise du 8 au 10 novembre une pre-COP, dernière réunion avec des ministres d'une centaine de pays pour débattre du contenu d'un (éventuel) accord à Paris. A cette occasion, une rencontre avec les représentants de la société civile a été organisée ce dimanche matin. Voici l'intervention faite au nom d'Attac France en tant que membre de la coalition Climate Justice Now.

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A trois semaines de l'ouverture de la COP21, Laurent Fabius organise du 8 au 10 novembre une pre-COP, dernière réunion avec des ministres d'une centaine de pays pour débattre du contenu d'un (éventuel) accord à Paris. A cette occasion, une rencontre avec les représentants de la société civile a été organisée ce dimanche matin. Voici l'intervention faite au nom d'Attac France en tant que membre de la coalition Climate Justice Now.

Mesdames et Messieurs les Ministres, chefs de délégation

Mon nom est Maxime Combes et je m'exprime au nom d'Attac France, en tant que membre de de la coalition internationale Climate Justice Now. Je vous remercie de nous donner l'opportunité de partager avec vous ce qui devrait être obtenu lors de la COP21 à Paris. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que nous ne sommes pas satisfaits par l'état des négociations et des engagements des Etats jusqu'ici.

Trois semaines avant Paris, nous faisons face face à une situation relativement claire :

  • le mandat que les Etats se sont donnés pour la COP21 est de tout faire pour maintenir le réchauffement climatique mondial sous les 2°C (ou encore moins, en dessous de 1,5°C selon nous) ;
  • les contributions nationales (INDCs) nous conduisent sur une trajectoire de 3°C (ou plus), selon les derniers rapports des Nations-Unis et du PNUE.

Le niveau d'ambition des contributions nationales ne sont donc pas en adéquation avec le mandat dont les Etats disposent pour la COP21, et ne sont pas en adéquation avec ce que les populations du monde entier attendent de vous.

L'écart entre le réel (les 3°C ou plus) et le souhaitable (les 2°C ou moins) n'est pas un bon point de départ pour aller plus loin, plus tard, comme il est souvent dit.

L'écart entre le réel (les 3°C ou plus) et le souhaitable (les 2°C ou moins) est le point de départ pour de nouveaux et plus nombreux crimes climatiques dans le futur, aux quatre coins de la planète. Des crimes climatiques, qu'aucun d'entre vous autour de la table ne peut accepter, j'espère, et qui vont être supportés par les populations les plus démunies qui sont celles qui supportent les plus fortes conséquences du dérèglement climatique.

Ministres, scientifiques, journalistes, activistes, membres des ONG et syndicats, populations, nous savons tous qu'une trajectoire de 3°C n'est pas le moyen d'obtenir un accord équitable et ambitieux à Paris. Ce n'est pas acceptable.

Nous savons tous que les efforts de réduction d'émissions qui permettraient de ne pas dépasser les 2°C (ou mieux 1,5°C) de réchauffement climatique seront d'autant plus coûteux et plus difficiles s'il n'y a pas de réduction effective et absolue des émissions dès 2020. Or les contributions nationales nous conduisent à un augmentation des émissions mondiales d'au moins 10% d'ici à 2030 par rapport à aujourd'hui, selon l'évaluation de l'ONU, et ce alors que les émissions globales doivent être réduites de 40 à 70% d'ici à 2050 selon le GIEC.

Si l'accord de Paris devait accueillir et valider avec bienveillance les actuelles contributions nationales à la fin de la COP21, sans un processus juste et contraignant pour relever le niveau d'ambition, ici à Paris, l'accord de Paris ne serait pas au niveau de l'ambition que les populations attendent de lui.

Nous exigeons donc que cet écart entre le réel (3°C ou plus) et le souhaitable (2°C ou moins) soit refermé, sans utiliser de dangereuses stratégies et technologies, mais en tenant compte des résultats de l'évaluation réalisée par les ONG et syndicats (CSO equity review) qui montrent que la totalité des engagements des pays développés ne sont pas à la hauteur de leur juste part.

Permettez-nous également de nous inquiéter que des entreprises pétrolières et gazières soient désormais intégrées dans l'Agenda de l'Action Lima-Paris, que les gouvernements français et péruviens promeuvent, tout comme l'ONU et l'UNFCCC, ce qui conduit à décrédibiliser l'ensemble du processus de l'Agenda de l'Action Lima-Paris.

Je conclurais en exigeant que le processus de négociations jusqu'à la fin de la COP21 soit juste, ouvert et transparent : allons-nous être cantonnés, comme nous l'avons été lors de la dernière session de négociations à Bonn, à la cafétéria du Bourget et à un rôle de spectateur ? Ou allez-vous rouvrir les portes des groupes de négociation de façon à ce que nous jouions pleinement notre rôle d'observateurs afin d'intervenir, dans les couloirs bien-entendu, dans le processus de négociations ?

Je vous remercie de votre attention.

(la version en anglais de cette déclaration est disponible ici)

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(nous avions trois minutes pour cette intervention, qui ne couvre donc pas tous les sujets de la négociation – avec les autres ONG (CAN, populations indigènes, groupe femmes et genre, groupe des jeunes, syndicats) nous nous étions partagés les sujets d'intervention et j'étais chargé de dire clairement que les INDCs nous plaçaient sur une trajectoire absolument inacceptable).

A noter : parmi les réponses apportées par les ministres présents, nous n'avons rien entendu qui permettent de savoir si les gouvernements des Etats comptent, et comment, revoir leurs engagements de réduction d'émission de manière à revenir sur une trajectoire de 2°C.

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Il publie Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène et il a co-coordonné Crime Climatique Stop ! L'appel de la société civile, Seuil, Anthropocène.

@MaximCombes sur twitter

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