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Le Club de Mediapart lun. 26 sept. 2016 26/9/2016 Édition de la mi-journée

L'inertie du G7 prépare de nouveaux crimes climatiques ! Décryptage

L'analyse de la déclaration du G7 est sans appel : le G7 fait du surplace par rapport au G8 de 2009, accentuant le fossé entre les discours et la réalité du chaos climatique. Loin de la décarbonation de l'économie mondiale, le G7 défend le business as usual et des politiques climaticides.

 

Les pays du G7 étaient attendus au tournant. Mis à l'index par des ONG (Oxfam, Greenpeace, Amis de la Terre etc) demandant aux pays du G7 (États-Unis, Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Canada) de stopper leur soutien aux centrales au charbon, et invités par Angela Merkel, hôte du G7, à s'engager sur des objectifs ambitieux de réduction d'émission de gaz à effet de serre (GES), les pays du G7 ont envoyé un message clair au reste du monde : la lutte contre les dérèglements climatiques n'est pas une priorité absolue ! La recherche de la croissance et la défense du business as usual restent leur priorité. Au final, dans le meilleur des cas, le G8 fait du surplace en matière d'engagements pour le climat, tandis qu'il renouvelle son soutien à des politiques économiques et financières qui sont à l'origine de la crise climatique.

La déclaration finale du G7 fait dix-neuf pages en anglais (ici en anglais et ici en français). Voilà une première analyse qui porte principalement sur les parties consacrées au climat, mises en rapport avec les parties portant sur l'économie mondiale (commerce, finance, etc).

1. En matière de climat, le G7 fait du surplace.

Certains vont sans doute se féliciter que les pays du G7 annoncent vouloir rester en deçà des 2°C de réchauffement climatique global et qu'ils reconnaissent la nécessité de réduire les émissions globales de 40 à 70 % d'ici à 2050 par rapport à 2010. Soit le strict minimum au regard des recommandations du GIEC. Ce serait oublier un peu vite que les pays du G8 (G7 + Russie) s'étaient déjà engagés en 2009 (G8 de L'Aquila – Italie) à ne pas dépasser les 2°C et à atteindre une réduction d'au moins 50 % des émissions mondiales d'ici à 2050 (voir la déclaration de l'époque). Rien de neuf donc dans la déclaration de 2015. Sauf qu'à l'époque, ils s'étaient également engagés à réduire de 80 %, ou plus, leurs propres émissions d'ici 2050. Aucune mention de cet objectif n'est présent dans la déclaration de cette année. Les pays du G7 ne se sont tout simplement pas fixés d'objectifs de réduction d'émissions pour 2050. Ni pour aucune autre date intermédiaire (2020, 2030, etc). C'est une régression par rapport à 2009.

Dans cette déclaration, le G7 se félicite des engagements pris par ses pays-membres pour la période post-2020. Ce que l'on appelle les contributions nationales, les INDC, dans le jargon des négociations. Etonnant quand on sait que les engagements des Etats-Unis sont très largement insuffisants (voir ici), tout comme ceux que le Japon et le Canada viennent de rendre public. De son côté, la copie rendue par l'Union européenne, bien que meilleure, est loin d'être à la hauteur des enjeux (voir ici). Bref, le G7 se félicite des contributions de ses membres qui conduisent la planète sur une tendance de réchauffement de 3 à 4°C. Pour être à la hauteur de l'objectif des 2°C que les pays du G7 disent vouloir respecter, chacune de leurs contributions nationales devrait être très largement revue à la hausse. Ce n'est pas le cas. Aucun ne le souhaite, ni pour la période prè-2020 ni pour celle qui suit. Le fossé entre les bonnes intentions et la réalité des émissions ne peut que s'accroître.

2. Big Oil et Big Coal peuvent se frotter les mains

Les observateurs vont également se féliciter que la déclaration finale du G7 parle de décarbonation de l'économie. Certains le font déjà avec emphase puisque l'European Climate Foundation décrit cette déclaration comme « historique », signalant « la fin de l'âge des fossiles ». Un peu de sérieux est sans doute nécessaire. Les pays du G7 soulignent effectivement la nécessité d'une « décarbonation de l'économie mondiale au cours du siècle ». Est-ce un progrès ? Cela aurait pu en être un si une date limite et des objectifs intermédiaires avaient été fixés et si les pays du G7 s'étaient donné une feuille de route. Pour respecter les 2°C et atteindre la décarbonation de l'économie mondiale, cela suppose que les pays du G7 réduisent leurs émissions de près de 95% d'ici à 2050. Comme nous l'avons vu, les pays du G7 ne se sont pas fixés d'objectifs pour 2050. Pas plus qu'il n'y a d'objectifs intermédiaires. Quand ils parlent d'eux-mêmes, les pays du G7 n'évoquent plus la décarbonation, mais affirment qu'ils feront leur part pour aller vers « une économie mondiale sobre en carbone à long terme ». Difficile de faire plus vague et imprécis. La décarbonation (terme mentionné une seule fois) est donc un objectif sans calendrier de mise en œuvre : c'est un objectif qui flotte dans l'air et qui n'est rattaché à aucune feuille de route. Pendant les quatre-vingt cinq ans à venir, d'ici à la fin du siècle, Big Oil peut dormir tranquille et continuer à profiter de la bombe climatique sur laquelle il est assis.

Les ONG en sont pour leurs frais. Le G7 ne s'est bien-entendu pas engagé à sortir de l'ère du charbon, pas plus que de l'ère des fossiles. Mieux, le charbon n'est pas un problème pour les pays du G7 puisqu'ils ne l'évoquent même pas. Aucune mention dans la déclaration. Les énergies fossiles ? Guère mieux. Elles sont évoquées une fois pour annoncer que les subventions aux énergies fossiles doivent être supprimées. Un progrès ? Pas vraiment, puisque seules les subventions jugées « inefficaces » doivent l'être. C'est-à-dire les subventions qui gênent la bonne marche de l'économie mondiale. Que des subventions « efficaces » (la majeure partie sans doute) contribuent au réchauffement climatique ne pose aucun problème aux pays du G7. Rappel : les subventions aux énergies fossiles représentent près de 100 milliards de dollars pour les pays de l'OCDE. Le FMI les évalue lui à 10 millions d'euros par minute, pour l'ensemble des pays de la planète.

Avec les pays du G7, « l'ère des énergies fossiles » a de beaux jours devant elle et les multinationales pétrolières, gazières et charbonnières peuvent se frotter les mains : le G7 n'a pas prévu de réguler leurs activités climaticides (elles ne sont pas mentionnées de la déclaration). Bien-entendu, aucune mention n'est faite du processus de désinvestissement que connaît le secteur des énergies fossiles – sans doute l'une des initiatives les plus pertinentes et appropriées que l'on connaisse à l'heure actuelle – alors que des pays réellement convaincus de l'urgence climatique devraient promouvoir et renforcer cette dynamique. Pas les pays du G7.

3. Les pays du G7 ne veulent pas payer ! Ils confient la tâche au secteur financier

Les pays du G7 sont responsables de plus de 50 % des émissions mondiales depuis la révolution industrielle. Ce qui revient à dire qu'ils sont largement responsables des dérèglements climatiques actuels (typhons, sécheresses, inondations, fonte des glaces etc) qui font déjà des milliers et des milliers de morts et dévastent des territoires entiers. Il était attendu qu'ils trouvent des solutions pour accroître les financements internationaux en matière de climat (mitigation, adaptation, pertes et dommages, etc). Résultat : aucun nouvel engagement en la matière. Ils sont d'ailleurs contents d'eux-mêmes, déclarant que « les financements climat se déploient déjà à des niveaux supérieurs ».

Si l'objectif des 100 milliards de dollars est mentionné, aucune feuille de route n'est fixée. Personne ne sait quand et comment ils seront disponibles alors qu'à peine 10 milliards, sur plusieurs années, ont été récoltés jusqu'à présent. Les pays du G7 appellent les banques de développement (Banque mondiale, etc) à « débloquer des financements climat ». Ces banques ont pourtant toujours financé des infrastructures et des programmes contraire à la lutte contre les dérèglements climatiques (centrales à charbon, etc). Ils en appellent également à la mobilisation du secteur privé, dont on sait qu'il ne finance pas ce qui n'est pas rentable : ceux qui n'ont pas les moyens de se protéger des conséquences du dérèglement climatique devront donc se débrouiller tous seuls. Non, pas tout à fait. Les pays du G7 ont aussi pensé à eux. Les pays du G7 s'engagent à ce que « 400 millions de personnes supplémentaires des pays les plus vulnérables aient accès à une assurance pour faire face aux conséquences des risques liés au changement climatique d'ici à 2020 ». Les assurances se frottent les mains. C'est à elles que les pays du G7 confient la survie des populations les plus vulnérables de la planète !

4. La croissance à tout prix, et le business as usual, voilà l'objectif du G7

La déclaration fait dix-neuf pages (en anglais). La lutte contre les dérèglements climatiques est une priorité des pays du G7. La preuve ? Après un petit mot en introduction, le chapitre qui y est consacré, se trouve en page quatorze. Soit à la fin de la déclaration. Très loin des chapitres consacrés à l'économie mondiale, au commerce international, au système financier, etc. qui eux se trouvent en tête de déclaration. L'occurrence des termes est également frappante. La « croissance », dont on sait qu'elle est (souvent ? toujours ?) contradictoire à la lutte contre les dérèglements climatiques, est mentionnée à 20 reprises en moins de vingt pages, dans presque tous les chapitres. Le commerce international à une quinzaine de reprises. La crise climatique n'est réellement évoquée que dans le seul chapitre qui lui est consacré. Preuve que la crise climatique est une priorité secondaire pour les pays du G7.

Et sur le contenu ? L'ambition du pays du G7 est clairement de retrouver le chemin de la croissance économique. Pour ce faire, la déclaration expose en détail, par exemple, comment il faut généraliser les politiques de libéralisation du commerce et de l'investissement : les pays du G7 se félicitent du dernier accord au sein de l'OMC qui favorisent les multinationales au détriment des pays les plus faibles (voir ici) ; ils encouragent la poursuite des négociations sur le commerce des services (TISA) et sur le commerce des biens et services environnementaux ; sans oublier de mentionner les efforts menés pour finaliser les négociations du Ceta, du Tafta, du TPP, ou encore de l'EPA (UE-Japon). Tous les pays de la planète sont invités à faire de même. Plus de commerce international pour plus de croissance, voilà le message des pays du G7 au reste du monde. Il est hors de question de revenir sur les règles qui organisent le business as usual.

Or, comme nous l'avons expliqués dans d'autres papiers, la lutte contre les dérèglements climatiques est incompatible, si l'on souhaite être un peu sérieux sur la question, avec la poursuite de la libéralisation du commerce et de l'investissement. Les pays du G7 ne sont pas prêts à s'y résoudre. Ils s'engagent ainsi à poursuivre des politiques qui nous conduisent vers le chaos climatique.

Comme le dit Attac France dans son communiqué, « plutôt que de dépenser 200 millions d’euros pour se réunir dans un château surprotégé, il serait temps de créer un tribunal international pour juger les crimes climatiques. Nul doute que l’inaction irresponsable des dirigeants du G7 leur vaudrait une comparution immédiate ».

Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec,

@MaximCombes sur Twitter

 

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Tous les commentaires

G7, G8, G20 . . . . . peu importe.

La question de  « lutte contre le dérèglement climatique » répétée maintes fois par les médias de masse est-elle pertinente si nous occultons d’autres questions en amont.

Sans négliger et dédramatiser ces phénomènes climatiques parfois mortels pour l'humanité, le constat est pourtant simple et peut être résumé en deux pistes de réflexion.

* La surpopulation mondiale accentue et accentuera les conséquences des catastrophes climatiques.

Car des changements climatiques il y en a toujours eu. Mais il est plus facile de s'en protéger à 5 milliards d'humains qu'a 10 milliards, et sachant que 70 % de la population mondiale habite près des mers.

Les conséquences étant directes (cataclysmes terrestres et marins) et indirectes, (famines, habitats rendus insalubres, énormes mouvements de populations, pandémies...).

Une maitrise mondiale des natalités doit être entreprise, mais les intérêts économiques, religieux et géostratégiques de nombreux pays l’empêcheront.

 

* L'humain de tous temps, n'a jamais été investi de sagesse. Jamais une décision mondiale et unilatérale n'a été prise au nom du bon sens.

Et ce n'est pas demain la veille qu'il prendra conscience de son comportement destructeur, (cupidité, exploitation forcenée de toutes les ressources naturelles, dégradation de tous les milieux naturels, vie en désaccord avec les milieux naturels....).

 

La résistance ne viendra jamais des politiques censés nous représenter, nous diriger pour notre sécurité.

Seuls des ilots de résistance écologique, de groupuscules de même "conscience écologique" (écologie non économique) pourront préserver ce qu'il nous reste de naturel et de vivant, en aménageant des lieux d’indépendance écologique, et vitale.

Vivre en autarcie et en symbiose avec les éléments naturels, voilà ce à quoi nous devons accéder, au prix du confort moderne, du consumérisme, du matérialisme, d’une organisation sociale moderne abandonnés.

Car il faut raisonner différemment et prôner : « l’écologie d’abord » (et l’humain après) très peu même sur ce site osent le dire et pourtant . . . .

Oui, seuls des petits groupes de même obédience peuvent construire le futur écologique de l’humain.

Alors la question sera : comment se préserver des ex nantis qui très certainement voudront s'approprier par la force ce qu'ils n'ont pas ?

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L'auteur

Maxime Combes

Economiste et militant pour la justice climatique !
Ailleurs que Paris ! - France

Le blog

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Sortons de l'âge des fossiles !

À propos du blog
Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique. Prendre au sérieux le réchauffement climatique implique de laisser dans le sol la majorité des réserves d’énergies fossiles connues. Pour survivre, nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre sans brûler des énergies fossiles dangereusement surabondantes. Ceux qui tergiversent, ceux qui s’y refusent, ceux qui étendent la logique extractiviste en forant toujours plus loin et toujours plus sale, ceux qui professent que les marchés, la finance ou les technosciences vont sauver le climat nous détournent de l’essentiel. Ils gaspillent le temps et les ressources dont nous avons besoin pour enclencher la transition. Nous ne nous résignons pas au naufrage planétaire. Contre l’extractivisme, les hydrocarbures de schiste, les grands projets inutiles et la marchandisation de l’énergie et du climat, nous inventons aujourd’hui les contours d’un monde décarboné, soutenable et convivial de demain. Il est temps de sortir de l’âge des fossiles. La transition, c’est maintenant !