Le Lyon-Turin, une injure au bon sens et à la transition écologique et sociale !

Ce vendredi 11 juillet, les promoteurs du projet de nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin, aberrante, coûteuse et inutile, veulent réduire au silence un opposant au projet, Daniel Ibanez, et éviter que les critiques envers le projet ne gagnent une audience nationale.

Ce vendredi 11 juillet, les promoteurs du projet de nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin, aberrante, coûteuse et inutile, veulent réduire au silence un opposant au projet, Daniel Ibanez, et éviter que les critiques envers le projet ne gagnent une audience nationale.

Daniel Ibanez est cité à comparaître au tribunal Correctionnel de Chambéry ce vendredi 11 juillet 2014, pour « injures » envers M. Hubert Du Mesnil, président de Lyon Turin Ferroviaire. Alors que les critiques contre la nouvelle ligne ferroviaire Lyon-Turin se multiplient, la société Lyon Turin Ferroviaire, chargée de réaliser la partie commune franco-italienne entre Saint-Jean-de-Maurienne en France et Bruzolo en Italie, a décidé de poursuivre l'une des figures publiques des opposants français, sur la base de propos rapportés par le Dauphiné Libéré et contestés par Daniel Ibanez.

L'entreprise, qui appuie logistiquement les forces de l'ordre italiennes, tente de réduire au silence l'un des opposants les plus actifs (voir notamment ses tribunes dans Les Echos ou ce site d'information) face aux contrevérités assénées par les promoteurs d'un projet inutile, dispendieux et aberrant. Une entreprise dont le directeur général, Paolo Comastri, et le directeur des travaux, Walter Benedetto, ont été respectivement condamnés à 8 mois de prison et 1 an de prison par la justice italienne pour trucage d'appel d'offres. Sans que l'entreprise ne se porte partie civile.

Aux indignations variables, le président de Lyon Turin Ferroviaire ajoute une passion immodérée pour les partenariats publics privés (PPP), en tant que président de l’Institut de la Gestion Déléguée (IGD), une fondation d'entreprise qui œuvre pour que les services publics soient délégués au privé. Des PPP qui ont pour conséquence de brouiller la frontière entre l'intérêt public et l'intérêt privé et de générer les conditions de nombreux conflits d'intérêts. Des conflits d'intérêt dont le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin semble être l'objet, notamment autour de la commission d'enquête qui a délivré un avis favorable au projet.

Pourtant, la Cour des Comptes a multiplié les mises en gardes. Considérant que le projet « ne répondait pas aux exigences de rigueur nécessaires à une opération de cette ampleur et de cette complexité », la Cour des Comptes a dénoncé l'explosion de la facture du projet, passée de 12 Md€ en 2002 à 26,1 Md€, alors que « les prévisions de trafic établies dans les années 1990 ont été fortement remises en cause depuis ». Pointant l'absence de financements adéquats et une « faible rentabilité socio-économique », et se désolant que « des solutions techniques alternatives moins coûteuses aient été écartées sans avoir toutes été complètement explorées de façon approfondie » la Cour des comptes recommande « de ne pas fermer trop rapidement l’alternative consistant à améliorer la ligne existante ». Ce qui est peu ou prou le point de vue des opposants.

Des critiques si fortes que d'anciens promoteurs du projet ont aujourd'hui revu leurs positions. Ainsi, Dominique Dord, député UMP de la Savoie et Maire d’Aix-les-Bains, met sérieusement en doute un « projet des années quatre-vingt », dont les prévisions de rentabilité « se sont toutes révélées fausses ». En plus d'être discutable sur le plan juridique et politique, et d'être un non-sens économique, le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin est symptomatique de logiques de mal-développement ancrées dans le siècle passé.

Plutôt que de s'appuyer sur le réseau et le matériel existants, le réaménager, l'entretenir et l'utiliser pleinement – notamment afin d'opérer dès aujourd'hui un véritable transfert des camions sur la ligne existante sous utilisée – il est préféré investir dans un projet pharaonique qui ne satisfait pas les besoins de la majorité de la population. Là où les exigences de transition écologique et sociale imposeraient de renforcer les dessertes locales des transports collectifs, tout en réduisant les transports de marchandises sur longue distance, le projet de Lyon-Turin s'inspire d'un modèle, issu du siècle passé, qui s'appuie sur de longs tunnels de communication entre grands pôles urbains et un objectif du toujours plus vite – pour une part restreinte de la population.

Un tel projet ne répond donc pas aux besoins de la grande majorité des populations. Par ailleurs, de telles infrastructures, totalement démesurées au regard du nombre de services publics essentiels non assurés aux quatre coins du pays et de l'UE, contribuent à l'artificialisation des terres agricoles et à polluer des ressources hydrologiques essentielles au maintien des écosystèmes.

Pour toutes ces raisons, le projet de ligne ferroviaire Lyon-Turin est une injure au bon sens et à la transition écologique et sociale ! Marquer notre solidarité avec Daniel Ibanez aujourd'hui, c'est exiger la protection des lanceurs d'alerte et refuser la criminalisation des mouvements sociauxen Italie les opposants au Lyon-Turin sont devenus l’ennemi public n°1tout en contribuant à clarifier quels sont les investissements qui contribuent réellement à une véritable transition écologique et sociale, et ceux qui contribuent à la saborder. Le Lyon-Turin est définitivement du mauvais côté.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

@MaximCombes sur Twitter

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