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Billet de blog 13 avr. 2015

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Gaz de schiste : de dangereux climato-sceptiques sortent du bois !

Il y avait Claude Allègre (and co) qui niaient le réchauffement climatique ou son origine anthropique. Il y a dorénavant des climato-sceptiques bien plus dangereux : ceux qui ne prennent pas au sérieux les exigences climatiques et qui soutiennent l'exploitation des énergies fossiles, comme l'illustre le débat autour du rapport commandé par Arnaud Montebourg.

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Il y avait Claude Allègre (and co) qui niaient le réchauffement climatique ou son origine anthropique. Il y a dorénavant des climato-sceptiques bien plus dangereux : ceux qui ne prennent pas au sérieux les exigences climatiques et qui soutiennent l'exploitation des énergies fossiles, comme l'illustre le débat autour du rapport commandé par Arnaud Montebourg.

Mardi 7 avril, Le Figaro annonce dévoiler les contours d'un rapport inédit commandé par Arnaud Montebourg en 2012. Un rapport « enterré par François Hollande » qui pourtant mettrait en lumière la possibilité d'utiliser une technologie « propre » pour exploiter les hydrocarbures de schiste, permettant de ne pas se priver de la rente que leur production pourrait générer. La machine médiatique s'emballe : alors que le rapport est déjà connu et qu'il n'apporte rien de nouveau sur le fond du dossier, il n'y a pas un média qui ne relaie pas l'information, de façon plus ou moins distanciée ou critique.

Le résultat est double, pour le bonheur des industriels et promoteurs des hydrocarbures de schiste :

  • le débat sur les hydrocarbures de schiste est rouvert. De nouvelles émissions TV et radio sont programmées (comme le Téléphone sonne de ce lundi 13 mars) et l'on invite à nouveau d'ardents promoteurs de l'exploitation des hydrocarbures de schiste ;
  • le débat se focalise sur la seule méthode d'extraction, la fracturation hydraulique et d'éventuelles hypothétiques technologiques alternatives.

De ce fait, les exigences climatiques sont évincées alors que les prendre au sérieux imposent d'écarter définitivement toute exploration et exploitation d'hydrocarbures non conventionnels. Industriels, faiseurs d'opinion, leaders politiques, journalistes, commentateurs, ils sont nombreux à escamoter le cœur du sujet : il ne s'agit pas de savoir s'il est envisageable de réduire les impacts de la fracturation hydraulique – ce qui est à ce jour une hypothèse jamais vérifiée – mais de savoir si l'exploitation de nouvelles sources d'hydrocarbures est conforme et cohérente avec les recommandations des scientifiques du climat.

La réponse est non. Selon une étude publiée le 7 janvier dans la revue Nature, un tiers des réserves actuelles de pétrole, la moitié des réserves de gaz et plus de 80% des réserves de charbon doivent rester sous terre pour avoir une chance raisonnable de rester en deçà des 2°C de réchauffement climatique d'ici à la fin du siècle. La conclusion de l'étude est claire : « Nos résultats montrent que les instincts des responsables politiques d’exploiter rapidement et complètement leurs combustibles fossiles territoriaux sont, dans l’ensemble, en contradiction avec leurs engagements à l’égard d’une limite de la hausse de la température à 2°C ».

Comme le dit Naomi Klein, prendre au sérieux le changement climatique « change tout » (nom du titre du livre en anglais, This changes everything) et implique de remettre en cause les logiques mêmes qui ont conduit à générer le changement climatique. L'exploitation sans limite des hydrocarbures en fait bien-entendu parti.

De Jacques Attali (« Le gaz de schiste est une promesse immense ») à Jean-Louis Schilansky (président du Centre Hydrocarbures Non Conventionnels (CHNC)), en passant par les innombrables porte-paroles (officiels et officieux) des industriels français désireux d'exploiter les hydrocarbures de schiste en France et en Europe, il n'y en a pas un seul qui accepte de discuter sérieusement l'opportunité de laisser les hydrocarbures de schiste dans le sol sur la base des exigences climatiques et des recommandations des scientifiques du climat.

Au contraire, en multipliant les actions de lobbying et en faisant la promotion de l'exploration d'hydrocarbures de schiste, ils vont à l'encontre de ces recommandations. Ils font comme si elles n'existaient pas, comme si elles n'étaient pas sérieuses. Au sens propre du terme, ils nient les recommandations des scientifiques du climat et les implications qu'il faudrait en tirer.

En faisant la promotion de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures de schiste, les Jacques Attali, Jean-Louis Schilansky, et plus généralement les industriels français impliqués favorables aux hydrocarbures de schiste (Total, Vallourec, GDF-Suez, Solvay, Air Liquide, Vinci, Arkema, Technip, Bureau Veritas, Suez Environnement et bien d'autres), agissent comme de véritables climato-sceptiques. Et ils sont bien plus dangereux pour le climat, et la possibilité de lutter contre les dérèglements climatiques, que Claude Allègre and co.

A quelques mois de la conférence des Nations-Unies sur le changement climatique qui se tiendra à Paris, il est plus que temps de prendre au sérieux les défis climatiques auxquels nous faisons face et de ne pas laisser entendre que l'on pourrait poursuivre la recherche de nouvelles sources d'hydrocarbures, comme si de rien n'était.

Il revient donc aux citoyen-ne-s et aux médias désireux de poser clairement les contours des défis climatiques dans le débat public, de débusquer cette entourloupe.

Hydrocarbures de schiste et lutte contre les dérèglements climatiques ne sont pas compatibles. Nier cette évidence relève du déni. Au sens fort du terme.

Maxime Combes, Economiste, membre d'Attac France et de l'Aitec,

@MaximCombes sur Twitter

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