Le procès-verbal rédigé par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), que Libération a consulté, est clair : « Renault SAS a trompé les consommateurs (…) et a utilisé une stratégie ayant pour objectif de fausser les résultats des tests antipollution » et « ces résultats permettent de soupçonner l’installation d’un dispositif frauduleux qui modifie spécifiquement le fonctionnement du moteur, pour en réduire les émissions de NOx dans des conditions spécifiques du test d’homologation, afin que les émissions respectent les limites réglementaires ».

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C’est un véritable RenaultGate. Il n’y a désormais pas de différence de nature entre les révélations qui ont touché Volkswagen avec celles qui concernent Renault. Alors que que les ONG dénoncent depuis plusieurs années l'écart entre les émissions théoriques et les émissions réelles des véhicules mis sur le marché européen, ces révélations prouveraient bien que la direction de Renault aurait délibérément cherché à tromper les consommateurs. Sa stratégie de défense est aujourd’hui mise en pièce par ce nouveau document.

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Depuis les perquisitions au siège de Renault en janvier 2016, les ministres Emmanuel Macron et Ségolène Royal ont toujours cherché à couvrir Renault. Ils ont ainsi contribué à tromper les citoyens sur la teneur véritable des agissements de Renault. Bercy et Ségolène Royal doivent arrêter instamment de couvrir et minimiser les agissements « frauduleux » de Renault : ils doivent tirer toutes les conséquences de ces nouvelles révélations. Le gouvernement pourrait par exemple exiger de Renault qu’il rembourse l’ensemble des aides délivrées par l’Etat pour encourager l’achat de véhicules supposés « peu polluants » et dont les acheteurs de véhicules Renault ont pu bénéficier.

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Au moment où le constructeur s’apprête à généreusement augmenter les dividendes versés aux actionnaires - ce qui serait une décision inacceptable et incompréhensible pour le grand public - la moindre des choses serait d’exiger un juste dédommagement des pratiques inacceptables du constructeur. Enfin, le lobbying des constructeurs automobiles contre des normes contraignantes puis, une fois adoptées, contre leur mise en oeuvre, doit cesser immédiatement. Il en va de notre santé et de notre avenir.

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Nous rappellerons également que Renault-Nissan était l'un des sponsors officiels de la COP21 choisis par François Hollande, Laurent Fabius et Ségolène Royal. Un sponsoring que nous avions dénoncé (voir aussi ce Lobby planet), pointant déjà les pressions du constructeur contre les limitations des émissions des véhicules. A l'époque, ni Laurent Fabius, ni Ségolène Royal (pas plus que Pierre-Henri Guignard, secrétaire général de la COP21) n'avaient daigné considérer avec sérieux nos plus vives réserves. Confirmation est donnée que le constructeur automobile s'est donc payé une belle opération de communication pour 1,7 million d'euros, alors qu'il tournait le dos à l'intérêt général au même moment.

Nous méritons mieux que les pratiques frauduleuses des constructeurs automobiles.

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition (Seuil, Antropocène, 2015).

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Arrêtons les Tartufferies ! Il est manifeste que la DGCCRF cherche à faire le procès de Ghosn, alors que ce sont les gouvernements nationaux, la tchnocratie européenne et les organes européens qui ont poussé au détournement des normes antipollutions avec l'adoption de tests dont il était évident qu'ils étaient destinés à tromper le consommateur. Il s'agissait de favoriser les constructeurs automobiles, en particulier allemands en faisant croire que le diesel pouvait ne pas être polluant. Les résultats miraculeux en matière de pollution, comme ceux d'ailleurs en matière de consommation, étaient permis par des tests dont il était évident qu'ils n'étaient pas significatifs.