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Billet de blog 16 avr. 2013

Énergie, climat, schiste, l'Union européenne fait fausse route

Promotion des gaz et pétrole de schiste, préconisation de politiques climatiques au rabais pour 2030, relance de l'inefficace et dangereux marché carbone, les instances de l'Union européenne multiplient les initiatives qui font fausse route. Etat des lieux.

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Promotion des gaz et pétrole de schiste, préconisation de politiques climatiques au rabais pour 2030, relance de l'inefficace et dangereux marché carbone, les instances de l'Union européenne multiplient les initiatives qui font fausse route. Etat des lieux.

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Ce mardi, le Parlement européen est amené à se prononcer sur les mesures cosmétiques de la Commission européenne visant à « corriger » le marché carbone européen. Inefficace, aubaine financière pour les industriels, sujet à la fraude et alibi de l'UE pour ne rien faire d'ambitieux, le marché carbone européen est un véritable échec, comme le détaille ce communiqué de presse d'Attac France, la Confédération paysanne, les Amis de la Terre et l'Aitec. La tonne carbone se négocie à quelques pauvres euros, n'incitant aucunement la réduction des émissions de gaz à effets de serre industriels. Avec un tel bilan, n'importe quel dispositif devrait être supprimé et enterré. Pas le marché carbone européen. La Commission européenne lui voue un attachement idéologique sans faille, déterminée à maintenir cet instrument comme le pilier central de ses politiques climatiques.

Partant du principe que ce marché peut être réformé, la Commission européenne propose de retarder la mise aux enchères de quelques 900 millions de permis d'émissions, là où l'on sait que les permis surnuméraires se comptent en milliards. Il n'y a pas un seul spécialiste pour considérer que ces mesures sont de nature à changer la donne. Soutenue notamment par le gouvernement français (voir notre précédent post), la proposition de la Commission européenne conforte une vision marchande et financière de la « gestion de l'environnement ». Un rapport récemment publié démontre pourtant point par point comment les justifications avancées pour maintenir le marché carbone ne sont pas justifiés et constituent autant de « mythes à déconstruire ». Par contre, de telles politiques minent toute mise en oeuvre de politiques ambitieuses qui puissent opérer une transition énergétique réduisant drastiquement la très forte dépendance de l'UE aux énergies fossiles.

Ainsi, la Commission européenne vient de publier le livre vert « cadre 2030 pour les politiques climatiques et énergétiques » qui préfigure les futurs objectifs climatiques que pourrait adopter l'Union européenne (UE). En restant bloquée sur son objectif de 20 % de réduction d'ici 2020 alors que le GIEC préconisait 25 à 40 %, l'Union européenne délaisse tout objectif ambitieux pour se tourner vers l'échéance de 2030. Elle reprend ainsi l'exigence de Business Europe, lobby industriel, qui fut le premier à proposer de passer directement à 2030 et de ne plus parler de 2020. Par ailleurs, les 20 % de réduction d'émissions d'ici 2020 ne seront atteints qu'en raison de l'absence de prise en compte des émissions importées. En tenant compte de celles-ci, les émissions n'ont baissé que 4% entre 1990 et 2012, et non 17,5 % comme le claironne l'UE.

Le livre vert évoque également ouvertement l'abandon d'un objectif global au profit d'objectifs sectoriels. La crise économique, les finances publiques exsangues, ou encore la précarité énergétique seraient autant de justifications pour réduire les objectifs globaux de l'UE. Par ailleurs, tout objectif contraignant d'efficacité énergétique est mis de côté. Il est même envisagé d'abandonner l'approche basée sur la consommation d'énergie primaire au profit d'indicateurs d'intensité énergétique, minorant les objectifs absolus au profit d'objectifs relatifs, bien moins contraignants. Si les orientations de ce livre vert ne sont pas définitives puisqu'une consultation publique est ouverte jusqu'au 26 juin, elles n'en restent pas moins alarmantes et très éloignées des objectifs à atteindre.

Manifestation à Durban lors de la 17 © Crédit : Alter-Echos (www.alter-echos.org)

Ce d'autant plus que, dans le même temps, l'UE cherche à tout prix à préserver un modèle de consommation et de production insoutenable. Ainsi, sous couvert d'avoir consulter la population européenne et les organisations de la société civile sur « les combustibles fossiles non conventionnels (par ex. le gaz de schiste) en Europe », la Commission européenne considère pour acquis « le développement des combustibles fossiles non conventionnels » et elle cherche à « l'accompagner de garanties sanitaires, climatiques et environnementales adéquates et d'un maximum de sécurité et de prévisibilité juridiques ». De son côté Attac France a exprimé « son opposition totale à l'exploration et l'exploitation de nouveaux combustibles fossiles en France, en Europe et ailleurs sur la planète ». Le tout en exigeant que les instances européennes « prennent la seule décision possible, fondée sur le respect des objectifs que se sont fixé l'Union européenne et ses Etats membres, consistant à décréter un moratoire général sur toute nouvelle exploration d'hydrocarbures sur le sol européen ». De quoi fixer le cap d'une politique énergétique et climatique clairement alternative aux initiatives actuelles des instances de l'Union européenne.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

Twitter : @MaximCombes

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