Comme Sarkozy, Wauquiez et Vidalies sont dans le déni de l'urgence climatique!

Nicolas Sarkozy vient d'opérer un virage climatosceptique. Hallucinant et désolant. Stratégie minable pour refuser de s'attaquer à notre mal-développement. Mais il n'est pas seul. Plus discrètement, ministres et élus locaux valident des projets incompatibles avec l'impératif climatique. Exemple avec l'autoroute A45, entre Lyon et Saint-Etienne, que Laurent Wauquiez et Alain Vidalies ont entérinée.

Nous sommes le 20 avril 2016. A peine 48 heures avant que 175 pays de la planète ne signent l'Accord de Paris lors de ce « grand moment d'histoire », selon les propos de Ban Ki-Moon, qu'est la cérémonie de signature organisée à New York, au siège de l'ONU. L'espace public est alors saturé de commentaires élogieux sur la présidence française de la COP21, tandis que François Hollande et Ségolène Royal ne manquent aucune occasion pour insister sur l'exemplarité française en matière de lutte contre les dérèglements climatiques.

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Dans un salon de l'Hôtel de Roquelaure, Alain Vidalies, Secrétaire d’État auprès de la ministre de l’Environnement Ségolène Royal, reçoit Laurent Wauquiez, Gael Perdriau et Bernard Bonne, respectivement président de la région Auvergne Rhône-Alpes, maire de Saint-Etienne et président du conseil départemental de la Loire, tous membres du parti Les Républicains. Il leur annonce que l'Etat confirme la construction de l'autoroute A45 et que la concession (réalisation + exploitation) est confiée à Vinci. Les élus locaux se félicitent de la décision, et l'exécutif français poursuit son show médiatique new-yorkais comme si de rien n'était : « Il faut aller vite, encore plus vite, car le temps presse », exhorte François Hollande à la tribune de l'ONU.

« Aller plus vite » sur l'autoroute du chaos climatique

Aucun commentateur, aucun media ne relève la contradiction entre les discours prononcés à New-York et la décision prise à Paris. Pourtant, l'A45, cette deuxième autoroute (payante) parallèle à la première (gratuite) qui relierait les faubourgs de Lyon (Brignais) à ceux de Saint-Etienne (La Fouillouse) n'est pas compatible avec un engagement sincère en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. Ce ne sont pas les opposants à l'A45 qui l'affirment mais les études qui fondent la déclaration d'utilité publique, délivrée en juillet 2008. Soit un an avant la conférence climat de Copenhague et plus de 7 ans avant celle de Paris. Que disent ces études ? Sur le secteur considéré, la nouvelle autoroute ferait croître les kilomètres parcourus de 136 % et la quantité de CO2 rejetée dans l'atmosphère de 85 % d'ici à 2035, par rapport à la situation de 2004.

Tableau tiré de l'enquête préalable à la DUP, qui compare la situation en 2004, un scénario de référence en 2035 (basé sur une forte croissance du trafic) et la situation avec la construction de l'A45. Tableau tiré de l'enquête préalable à la DUP, qui compare la situation en 2004, un scénario de référence en 2035 (basé sur une forte croissance du trafic) et la situation avec la construction de l'A45.

« Nous devons aller plus loin, au-delà des promesses qui ont été faites, des engagements qui ont été pris, et faire que nos déclarations deviennent des actes » proclame François Hollande à New-York. Les engagements pris lors de la COP21, consistent par exemple à tout faire pour contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C – et idéalement en deçà de 1,5°C (article 2 de l'Accord de Paris). Un tel engagement, transformé en acte, devrait conduire les Etats à écarter les projets qui accroissent les émissions de gaz à effet de serre (GES). Pas à Paris, où le gouvernement de François Hollande décide de ne pas tenir compte de l'impératif climatique.

845 millions d'euros d'argent public pour financer le chaos climatique

Il y a mieux. Alors que tous les observateurs constatent le manque de financements publics dédiés à la lutte contre les dérèglements climatiques, la décision de construire l'A45 s'accompagne d'une subvention publique de 845 millions d'euros, dite subvention d'équilibre, qui doit permettre à Vinci de construire l'autoroute sans perdre d'argent : l'Etat alloue 422,5 millions d'euros d'argent public – à charge pour les collectivités locales d'en trouver autant. Vous avez bien lu : 845 millions d'euros pour 85% de C02 en plus relâchés dans l'atmosphère. Ce qui revient à 10 millions d'euros pour chaque point d'augmentation des émissions de C02. Qui dit mieux ?

Tracé de l'A45 entre les faubourgs de Lyon et Saint-Etienne, parallèle à l'autoroute existante Tracé de l'A45 entre les faubourgs de Lyon et Saint-Etienne, parallèle à l'autoroute existante

En ce mois de septembre 2016, c'est difficile à croire. Ne les a-t-on pas entendu se féliciter de voir la Chine et les Etats-Unis ratifier l'Accord de Paris ? N'a-t-on pas lu que Paris allait devenir « la capitale de la finance verte » suite à l'annonce d'une future « obligation verte » qui sera peut-être émise par Bercy en 2017 ? N'a-t-on pas vu le WWF annoncer que la transition énergétique était sur la bonne voie ? C'est difficile à croire, pourtant c'est vrai : le gouvernement français finance le chaos climatique en toute connaissance de cause.

A la balafre du bitume, opposons la transition écologique et sociale

Ce n'est pas un accident : fin juillet, François Hollande a annoncé un nouveau plan autoroutier. Cent projets sont annoncés. Ce sont autant de financements qui ne seront pas disponibles pour investir dans la transition énergétique et la mobilité durable. Avec les conséquences que l'on connait en terme de climat. Mais aussi en terme d'emplois : investir dans le réseau ferré, dans le matériel roulant, dans les tramways et les transports collectifs de qualité permettrait de créer des dizaines de milliers d'emplois. Pas uniquement pour Alstom. Le gouvernement préfère le bitume.

Avec l'A45, c'est une balafre au coeur des Monts du Lyonnais et des coteaux du Jarez que préparent Vidalies, Wauquiez, Perdriau et consorts. Des territoires pourtant bien souvent pionniers et exemplaires en matière de transition écologique et sociale. Le tracé de l'A45, parallèle à l'autoroute existante, découpe de nombreuses fermes paysannes, dont certaines ont été à l'origine du premier magasin de producteurs du pays, Uniferme, créée en 1978, et qui a servi d'exemple depuis.

Video réalisée par la mairie de la Talaudière © Mairie la talaudiere

Améliorer les infrastructures existantes, développer les transports collectifs adéquats, réduire l’empreinte écologique, relocaliser les activités économiques, créer des filières et des emplois de qualité sur le territoire c'est possible. Avec 840 millions d'argent public, nul doute qu'il serait possible de faire des Monts du Lyonnais et des coteaux du Jarez des territoires en transition innovants et exemplaires.

Ce dimanche 18 septembre, à tracteur ou à vélo, les opposants à l'A45 vont dont défiler contre la construction de cette autoroute incompatible avec l'impératif climatique.

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 Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène. Octobre 2015

@MaximCombes sur twitter

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