La France va-t-elle vraiment mettre fin aux financements du charbon et des gaz de schiste?

Interpellé, le gouvernement refusait jusqu'ici de s'exprimer clairement sur les politiques énergétiques des banques publiques européennes (BEI et BERD) qui veulent continuer à financer le charbon et débuter celui des gaz et pétrole de schiste.

Interpellé, le gouvernement refusait jusqu'ici de s'exprimer clairement sur les politiques énergétiques des banques publiques européennes (BEI et BERD) qui veulent continuer à financer le charbon et débuter celui des gaz et pétrole de schiste.

La Banque européenne d’investissements (BEI)1 et la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), deux banques publiques dont la France est l’un des actionnaires principaux, vont prochainement adopter leurs nouvelles politiques énergétiques. Respectivement le 24 juillet et à l'automne. Ces décisions guideront leurs investissements dans le secteur énergétique pour les cinq ou six années à venir. Ces deux banques, parmi les plus importantes banques publiques d'investissement au monde, envisagent de maintenir leurs financements aux énergies fossiles, pourtant si décriés, et notamment d'ouvrir leur porte-feuille de prêts à des projets d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures non conventionnels (gaz et pétrole de schiste, gaz de houille...).

Depuis des années, la société civile fait pression pour que ces banques arrêtent de financer les énergies fossiles, notamment le charbon, et privilégient le financement des énergies renouvelables et des politiques de transition énergétique. Jusqu'ici en vain, hormis quelques projets bloqués, ou non financés, ici et là. Avec de telles politiques, la BEI et la BERD renforceraient la dépendance aux énergies fossiles des pays dans lesquelles elles interviennent. Une aberration économique alors que des politiques d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique sont bien plus créatrices d’emplois et d’activités. Une aberration climatique alors que les concentrations de CO2 dans l’atmosphère viennent de dépasser les 400 ppm. Enfin, une aberration sanitaire et écologique tant les effets de l'extraction et de la combustion de ces énergies fossiles sur les écosystèmes et les populations sont forts.

De par son poids dans chacune de ces institutions, la France, et par son intermédiaire l'Union européenne, peut oeuvrer pour mettre un terme à ces financements. Récemment interpellé publiquement par Attac France, les Amis de la Terre, Bankwatch et d'autres, (voir cette lettre, cette tribune ou encore cette pétition), le gouvernement refusait jusqu'ici de s'exprimer clairement sur ses intentions. Se réfugiant le plus souvent derrière l'absence de volonté de changement des autres pays actionnaires, les cabinets ministériels concernés plaidaient leur bonne foi avec un classique « le problème c'est pas nous, c'est les autres ». C'est donc avec surprise et un certain intérêt, que ces mêmes organisations ont pris note de la clarification apportée par Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, ce mercredi après-midi sur Twitter :

Indiquer aussi clairement que « la France défend le non financement du charbon et des gaz de schiste par la BEI » est une évolution notable et encourageante des positions du gouvernement français en la matière. On peut regretter que la BERD ne soit pas mentionnée, alors que les enjeux sont tout aussi importants, si ce n'est plus. Espérons que ce ne soit que partie remise, le vote pour la BERD n'ayant lieu qu'à l'automne. Adressé nommément à des organisations, un tel tweet provenant d'un ministre en exercice doit-être lu comme retranscrivant le contenu des arbitrages gouvernementaux en la matière. Néanmoins, le gouverneur français de la BEI n'étant autre que Pierre Moscovici, et compte-tenu des volte-face courants du ministre des finances (voir icipar exemple), une déclaration publique de sa part, ou une réponse écrite aux interpellations parvenues à Berçy, serait la bienvenue et de nature à lever toute ambiguité et confirmer l'heureux tweet de Pascal Canfin. Et un appui certain pour réellement peser sur les autres pays.

Maxime Combes, membre d'Attac France et de l'Aitec, engagé dans le projet Echo des Alternatives (www.alter-echos.org)

1Avec 61 milliards d'euros de prêt en 2011 pour 450 projets, la BEI est la première institution financière multilatérale au monde par le volume de ses prêts et de ses emprunts.

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