Lettre ouverte aux militant(e)s écologistes. Et aux autres

Devant le spectacle accablant d'une gauche socialiste et écologiste aux abois, j'ai hésité à m'exprimer. Il est plus commode de poursuivre son chemin et continuer à (essayer de) semer les graines du renouveau et de la transition en feignant de les ignorer. Déçu-e-s ou sans illusion, nous n'avons pourtant pas le droit de nous résigner : notre pouvoir d’agir est plus important qu’ils ne le croient.

Triste et atterré.

Triste et atterré de voir Emmanuelle Cosse rejoindre un gouvernement que Christiane Taubira avait fini par quitter et que Nicolas Hulot avait snobé.

Triste et atterré de voir que la lutte pour les places peut conduire la dirigeante d'un parti à se soustraire aux décisions collectives : quand devenir ministre devient une ligne politique, c'est la démocratie qu'on esquinte.

Triste et atterré de voir ainsi cautionnée l'orientation productiviste, liberticide et climaticide d'un pouvoir soumis aux milieux financiers. Un pouvoir dont l'impuissance et l'épuisement virent à la caricature.

Ces proclamés leaders politiques ne nous représentent plus.

Pas plus Emmanuelle Cosse que Jean-Luc Mélenchon d'ailleurs, dont la candidature solitaire devient dérisoire quand on la confronte à la gravité de la situation.

Nous valons mieux que ce qu'ils représentent.

Nous valons mieux que ce qu'ils incarnent.

Nous valons mieux que ce qu'ils font.

Ils ne nous représentent pas.

 

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« La gauche est en miettes. Elle n’a pris la mesure ni des défis posés par la mondialisation financière et la crise écologique ni par le discrédit du régime représentatif », écrivions-nous, début janvier, avec d'autres, pour conclure qu'il nous fallait « réinventer et refonder la politique, pas simplement dénicher un "sauveur" ».

Nous sommes au pied du mur.

Nous pouvons nous laisser gagner par la sidération et l'impuissance. Une solution de facilité, qui a pour elle la force de l'évidence et la joie des petits bonheurs de l'existence, si précieux.

Ou nous pouvons essayer de dépasser notre stupéfaction.

La tâche est titanesque, à n'en pas douter. Nous sommes condamné-e-s à faire du neuf.

Condamné-e-s à faire un pas de côté pour nous abstraire de la personnalisation des débats, de la dictature des sondages, des ego et manœuvres d’appareils.

Condamné-e-s à apprendre à conjuguer démocratie, égalité, écologie et justice d'un même mouvement.

Oui, d'un même mouvement !

D'un mouvement qui combine la diversité de nos combats à la richesse de nos alternatives.

D'un mouvement qui soit au service de son ambition et non pas au service de l'ambition de celles et ceux qui le conduisent.

D'un mouvement qui prenne au sérieux ses engagements et s'engage à prendre au sérieux la transition qu'il faut enclencher.

Enclencher la transition, voilà qui devrait nous réunir, nous, militant-e-s écologistes épris de justice sociale et de démocratie. Nous qui sommes aujourd'hui membres de partis à l'abandon, d'associations et collectifs citoyens courageux, de syndicats tenaces, ou pas. Nous qui sommes salarié-e-s, ouvrier-e-s (trop peu), paysan-ne-s, retraité-e-s, chômeurs-ses ou sans emploi, persuadé-e-s qu'un monde se meurt et qu'il nous faut enclencher la transition vers le monde qui vient.

Une transition écologique, sociale, démocratique, citoyenne et politique.

Une transition difficile : la France emprunte 180 milliards d’euros sur les marchés financiers pour assurer le service de sa dette publique. Vouloir mener une politique alternative, même modeste, sera coûteux. Coûteux en énergie et en détermination. Mais indispensable.

Celles et ceux qui sont prêt-e-s à s’affronter aux puissances financières, aux multinationales et aux institutions européennes ont donc une responsabilité majeure ! Celles et ceux qui désirent amplifier les milliers d’initiatives citoyennes déjà engagées dans la transition écologique et sociale, qui sont convaincus que Notre-Dame des Landes et son monde doivent être stoppés, qu'il est urgent de sortir de l'âge des fossiles, doivent se retrouver, se rejoindre, faire preuve d'inventivité, imposer un renouveau et une déprofessionnalisation de la représentation politique.

Il est temps de former une alliance populaire et écologiste sans précédent. Avant, pendant et après la présidentielle. A côté de la présidentielle aussi. Surtout à côté, peut-être.

Nos paroles, nos convictions, nos engagements, libres et insolents, vivants et dissidents, n'ont pas besoin d'eux pour être représentés.

C'est à nous de les représenter. De les incarner.

C'est à nous d'opérer un renouveau radical des formes de la politique et de l'engagement citoyen.

C'est à nous d'inventer de nouvelles façons d'exercer le pouvoir du peuple.

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Personne n'a de solution clef en main. Surtout pas moi. Mais ensemble, nous pouvons en trouver. Nous pouvons avancer.

Pour démocratiser la démocratie. Pour définanciariser l'économie. Pour déverrouiller la transition.

Ici et maintenant.

Notre pouvoir d’agir est plus important qu’on ne l’imagine.

« Si nous ne faisons pas l'impossible, nous devrons faire face à l'impensable », écrivait Murray Bookchin. C'était en 1982.

 Nous sommes en 2016. C'est à nous de jouer.

 

Maxime Combes, économiste et membre d'Attac France.

Auteur de Sortons de l'âge des fossiles ! Manifeste pour la transition,Seuil, coll. Anthropocène.

@MaximCombes sur twitter

 

 

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